Yvette Ramos, présidente de l’ONG Womenvai, à La Presse : « Les femmes occupent environ 60 % de la chaîne agroalimentaire »
A l’occasion du salon de l’agroalimentaire en Afrique, IFSA Africa, qui s’est tenu du 9 au 11 juin au Palais des expositions du Kram, la Chambre du commerce et de l’industrie de Tunis (Ccit) a organisé, jeudi, un panel intitulé « Femmes entrepreneures, innovation et transition durables : entreprendre autrement ».
A cette occasion, La Presse a rencontré Mme Yvette Ramos, présidente de l’Organisation non-gouvernementale Womenvai, consultante internationale auprès de l’Organisation internationale de la météorologie et coorganisateur de l’événement avec la Ccit. Elle a bien voulu partager son approche sur les enjeux de l’agroalimentaire à l’orée des changements climatiques et la contribution des femmes, insistant sur l’importance de libérer les potentiels et aller de l’avant.
La Presse — Quel est l’objet de votre participation au salon ?
Tout le réseau de Womenvai, créé il y a bientôt une dizaine d’années, a pour finalité d’être au nœud de croisement de l’égalité femme-homme dans les domaines des sciences, ingénierie, mathématiques et les questions environnementales et climatiques. Aujourd’hui, notre table ronde porte sur les femmes entrepreneures dans la chaîne agroalimentaire en Afrique et, bien sûr, l’usage de toutes les nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle. L’objet de mon intervention était une intelligence artificielle responsable et quels sont les défis majeurs pour mieux inclure les femmes dans la chaîne agroalimentaire?.
Quel est l’enjeu de la focalisation sur la dimension genre ?
Que ce soit dans le monde, en Afrique ou en Tunisie, on a à peu près 60% de femmes dans la chaîne agroalimentaire. A tous les niveaux, dès la collecte de la matière première dans les champs par exemple — c’est là justement qu’on retrouve que 80-90% de la main-d’œuvre, c’est des femmes.
Et puis, plus on monte dans la hiérarchie de la chaîne alimentaire, plus il y a d’enjeux économiques, de technicité et de complexité, de projets socioéconomiques au niveau de l’appareil financier, et moins on retrouve les femmes. C’est en dessous de 50%.
C’était quoi votre message alors ?
C’est très clair ! Ça se passe en Tunisie qui est très avancée évidemment en Afrique par rapport à tout cela. C’est mon constat depuis des années. D’une part, les politiques publiques favorisent, avec tous les outils que vous avez comme la Ccit et d’autres associations et tout ce que vous avez fait depuis des années, l’inclusivité dans l’entrepreneuriat féminin. Bien sûr, il n’y a pas que du positif. Il y a aussi le fait que les politiques publiques ne sont pas encore assez inclusives, surtout au niveau de la recherche des fonds. C’est toujours difficile aux femmes entrepreneures d’accéder au financement de son entreprise…
Au fait, l’accès au financement est évoqué également par les hommes !
Cela ne concerne pas que les femmes, vous avez tout à fait raison. Et j’avoue que ce n’est pas que la Tunisie, on est bien d’accord. Toutefois, si on fait un focus sur la Tunisie, ce que j’ai vu, depuis mes premières visites en 2009 et même en 2007 dans le cadre professionnel et associatif, c’est qu’il y a pas mal d’évolution. Mais on arrive à ce qu’on dirait comme un plafond de verre.
Aujourd’hui, oui, vous avez des réseaux, oui vous avez des femmes formidables, des outils… Mais il faut laisser les femmes quitter le bateau et donc aller de l’avant, parce que tout est là. Vous avez la matière première à transformer, les outils technologiques, les filles éduquées. Elles sont ingénieurs les femmes tunisiennes, de plus en plus elles sont techniciennes, cheffes d’entreprises, mais il manque encore les leviers au niveau des politiques publiques pour les aider à développer encore plus leurs réseaux, il me semble…
Comment évaluez-vous le potentiel à ce niveau ?
Le potentiel est fabuleux. En termes d’économie, si on parle d’agroalimentaire dans le monde, eh bien aujourd’hui, comme vous le savez, avec le changement climatique et il y a encore El-Niño qui va arriver et qui va provoquer d’un côté de la planète des sécheresses, de l’autre beaucoup de montées des eaux et des températures très froides du côté de l’Amérique du Sud… C’est cyclique et ça revient de plus en plus souvent…
Les vagues de chaleur sont de plus en plus fortes et les inondations sont, dans certaines régions du monde, plus importantes, etc.
A cause de cela, il y a d’une part urgence à agir et d’autre part il faut lever tous ces leviers pour que les femmes trouvent aujourd’hui toutes les capacités à exporter énormément de produits vers les autres pays africains, l’Europe et le monde entier.



