La Tunisie a franchi une nouvelle étape dans le renforcement de son infrastructure numérique avec la mise en service du câble sous-marin ViaTunisia, reliant directement Bizerte à Marseille sur environ 1 050 kilomètres. Intégré au système régional Medusa, ce projet positionne le pays comme le premier point d’atterrissement africain du réseau, renforçant son intégration aux grandes routes mondiales de la donnée.
Selon les opérateurs impliqués et les sources techniques du projet, cette liaison est désormais opérationnelle après avoir atteint le stade dit de “Ready for Service” (RFS), marquant la transition entre la phase de déploiement et l’exploitation commerciale. L’infrastructure est cofinancée par l’Union européenne et s’inscrit dans la stratégie européenne de renforcement de la connectivité euro-méditerranéenne, visant à soutenir la transformation numérique et à réduire la fracture digitale entre les deux rives de la Méditerranée.
Développé par le consortium Medusa, porté par AFR-IX Telecom, le système global s’étend sur plus de 8 000 kilomètres et doit à terme relier 13 pays d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. La Tunisie, via la station d’atterrissement de Bizerte opérée par Orange Tunisie, occupe ainsi une position stratégique dans ce réseau régional, connecté directement à Marseille, l’un des principaux hubs d’interconnexion numérique en Europe.
D’une capacité pouvant atteindre 24 térabits par seconde, le câble ViaTunisia est conçu pour répondre à la croissance rapide des besoins en bande passante, alimentée par le développement du cloud, de l’intelligence artificielle et des services numériques. Les acteurs du secteur soulignent que les câbles sous-marins assurent aujourd’hui environ 95 % du trafic mondial de données, confirmant leur rôle central dans l’architecture de l’Internet mondial.
Au-delà de la performance technique, le projet est présenté comme un levier stratégique pour la Tunisie. Les experts estiment qu’il pourrait renforcer l’attractivité du pays pour les investissements dans les centres de données, les services numériques et l’économie de la donnée, notamment grâce à une connexion directe et à faible latence avec les infrastructures européennes, en particulier celles de Marseille.
Pour les entreprises tunisiennes opérant dans le numérique, le cloud ou le travail à distance, cette nouvelle liaison devrait améliorer la qualité de connexion avec les serveurs européens, réduire la latence et renforcer la compétitivité face à d’autres destinations émergentes du digital outsourcing. Cependant, les spécialistes rappellent que l’impact sur les utilisateurs finaux dépendra surtout des investissements dans les réseaux nationaux terrestres.
Sur le plan de la résilience, ViaTunisia ajoute une route supplémentaire au réseau international de la Tunisie, réduisant les risques liés à d’éventuelles pannes ou interruptions d’autres câbles sous-marins. Cette diversification contribue à renforcer la continuité des services numériques et la sécurité des flux de données.
Les expériences internationales montrent toutefois que la seule existence d’un câble sous-marin ne suffit pas à transformer un pays en hub numérique. Des exemples comme Singapour ou Lisbonne illustrent que la réussite dépend également des politiques publiques, de la capacité à attirer des data centers et de la qualité des infrastructures internes.
Dans ce contexte, trois principaux défis sont identifiés pour la Tunisie : le développement de pôles de centres de données, notamment à Bizerte et dans ses environs ; le positionnement du pays comme destination compétitive pour les services numériques européens ; et le renforcement du réseau terrestre afin d’assurer une diffusion homogène des bénéfices de cette infrastructure sur l’ensemble du territoire.
Ceci pour dire qu’avec ViaTunisia, la Tunisie consolide ainsi sa place dans la carte numérique méditerranéenne en se dotant d’une autoroute de données directe vers l’Europe. Les enjeux ne résident désormais plus dans la mise en place de l’infrastructure, mais dans sa valorisation économique et son intégration dans une stratégie numérique nationale cohérente.
R.I



