Après six ans d’absence, le Festival international de jazz de Tabarka retrouve sa scène du 2 au 9 juillet 2026.
La Presse — Il y a des rendez-vous culturels dont l’absence se mesure autant dans les souvenirs qu’ils laissent que dans le vide qu’ils créent. Après six années d’interruption, le Festival international de jazz de Tabarka s’apprête à retrouver son public à l’occasion de sa 20e édition, prévue du 2 au 9 juillet 2026 au Théâtre de la Mer.
Pour ceux qui ont suivi son parcours depuis ses premières décennies, ce retour réveille le souvenir d’une aventure culturelle qui a largement dépassé le cadre du jazz. Fondé en 1973, le festival a connu des années particulièrement fécondes durant lesquelles Tabarka devenait, chaque été, un point de rencontre entre les grandes figures du jazz international, les musiques du monde et un public venu de toute la Tunisie et de nombreux pays étrangers.

A certaines périodes, l’événement avait même élargi son horizon artistique avec des rendez-vous dédiés aux musiques du monde et les célèbres « Week-ends Raï », qui avaient attiré à Tabarka plusieurs grandes voix maghrébines. Cette diversité musicale avait permis au festival de toucher différents publics tout en conservant son identité fondée sur la découverte, le métissage et l’ouverture culturelle.
Durant ses années les plus dynamiques, le Festival de Tabarka était devenu bien plus qu’une succession de concerts. Il incarnait un esprit, une expérience et une manière de vivre la culture dans un cadre exceptionnel, entre mer, montagne et forêt. La ville tout entière vivait alors au rythme des spectacles, des rencontres artistiques et des animations qui faisaient de la station balnéaire une destination incontournable de l’été.
Comme de nombreux grands festivals internationaux, le rendez-vous tabarkois a cependant traversé des périodes plus complexes. Les difficultés d’organisation, les contraintes financières et certaines orientations artistiques moins fédératrices ont progressivement affecté son rayonnement.
Au fil des années, une partie du public fidèle s’est éloignée, tandis que plusieurs éditions peinaient à retrouver l’ambition et la diversité qui avaient fait la réputation du festival. L’irrégularité de la programmation et la perte progressive de certains marqueurs historiques ont contribué à installer un sentiment de nostalgie chez les habitués.
L’interruption du festival pendant six années a renforcé cette impression d’une page qui se refermait. Pourtant, dans la mémoire collective, le nom de Tabarka est resté associé à ces grandes soirées où se côtoyaient jazz, blues, musiques africaines, sonorités méditerranéennes et rythmes du monde.

Selon le comité d’organisation, le ministère des Affaires culturelles entend aujourd’hui relancer le festival en s’appuyant sur cet héritage tout en l’inscrivant dans les réalités artistiques contemporaines.
La programmation annoncée réunira des artistes ayant marqué l’histoire de l’événement ainsi que de nouvelles propositions tunisiennes et internationales.
La ville accueillera également plusieurs spectacles gratuits de « Street Jazz » dans ses espaces publics, renouant ainsi avec cette volonté d’ouvrir la musique à tous et de faire du festival une expérience partagée au-delà des scènes officielles.
Cette 20e édition sera observée avec attention par les fidèles du festival. Plus qu’un simple retour au calendrier culturel, elle représente l’occasion de renouer avec l’esprit qui avait fait de Tabarka un lieu de découverte musicale et de dialogue entre les cultures. Au-delà de sa portée symbolique, cette édition se distingue également par une programmation internationale ambitieuse qui réunira, du 3 au 9 juillet au Théâtre de la Mer, quelques-unes des figures les plus marquantes de la scène jazz actuelle.
Le public pourra ainsi découvrir le pianiste et compositeur cubain Alfredo Rodríguez lors de la soirée d’ouverture, suivi de la voix du Gospel, l’Américaine Liz McComb, du projet Osool réunissant Yacine Boularès et Soufiane Saidi, du pianiste libanais Tarek Yamani, de l’icône du jazz Dee Dee Bridgewater avec son spectacle « We Exist », du collectif britannique KOKOROKO, avant une soirée de clôture exceptionnelle portée par Veronica Swift et Akua Naru. À travers cette diversité d’esthétiques, de générations et d’origines, le Tabarka Jazz Festival renoue avec sa vocation première : faire dialoguer les cultures et offrir au public tunisien une fenêtre ouverte sur les grandes expressions musicales du monde.



