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Phosphate : la Tunisie vise une production de 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035

  • 18 juin 2026
  • 5 min de lecture
Phosphate : la Tunisie vise une production de 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035

La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe chimique tunisien (GCT) ont annoncé travailler sur une stratégie intégrée de développement visant à porter la production de phosphate marchand à 9,4 millions de tonnes d’ici 2035, grâce à des investissements estimés à 2,7 milliards de dinars. Cette ambition intervient alors que les deux entreprises publiques font face à d’importantes difficultés financières, logistiques et structurelles qui continuent de peser sur les performances de l’ensemble de la filière.

Présentant l’état du secteur lors d’une audition devant la Commission des finances et du budget du Conseil national des régions et des districts, le président-directeur général de la CPG et du GCT, Omar Bouzouada, a indiqué que les autorités travaillent, en coordination avec la Présidence du gouvernement, à l’élaboration d’un programme de réforme destiné à relancer un secteur considéré comme l’un des piliers de l’économie nationale.

Une production attendue à 4,5 millions de tonnes en 2026

Selon les données présentées à cette occasion, la production de phosphate devrait atteindre environ 4,5 millions de tonnes en 2026. La stratégie prévoit ensuite une montée progressive de la production, avec un objectif intermédiaire fixé à 5 millions de tonnes dès 2028, avant d’atteindre 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035.

Toutefois, plusieurs contraintes continuent de freiner la relance du secteur. Parmi les principaux obstacles figurent les difficultés de transport, la faiblesse du réseau ferroviaire, l’insuffisance des ressources en eau industrielle nécessaires au lavage du phosphate, les problèmes d’approvisionnement en ammonitrate ainsi que les tensions de trésorerie.

Les responsables ont également évoqué le vieillissement d’une partie des équipements industriels, l’augmentation des pannes techniques et l’inadéquation de certaines ressources humaines avec les besoins opérationnels des entreprises.

Un secteur confronté à de fortes pressions financières

La CPG et le GCT ont souligné que leur situation financière limite aujourd’hui leur capacité à remplir pleinement leur mission économique et sociale dans les régions minières.

Le Groupe chimique tunisien, principal client de la CPG, joue un rôle central dans la transformation du phosphate et l’approvisionnement du marché national en engrais. L’entreprise contribue également à l’entrée de devises grâce à ses exportations.

Le groupe dispose actuellement de sept unités de production spécialisées dans l’acide phosphorique, le triple superphosphate, le monoammonium phosphate et l’ammonitrate. Cependant, ses performances restent affectées par les difficultés d’approvisionnement en matières premières, le manque de liquidités et l’alourdissement des charges d’exploitation.

Afin de faire face à ces défis, les responsables de la filière ont proposé plusieurs mesures urgentes. Celles-ci incluent la mobilisation de nouvelles lignes de financement pour couvrir les besoins de trésorerie, le rééchelonnement des dettes, l’accélération des exportations, le renforcement du transport ferroviaire ainsi que la sécurisation de l’approvisionnement en ammonitrate à travers la constitution de stocks stratégiques.

La CPG prévoit également de recourir davantage au transport routier sur certains axes afin de réduire les contraintes logistiques qui affectent l’acheminement du phosphate.

Parallèlement, les deux entreprises misent sur l’amélioration de la gouvernance, la modernisation des équipements et l’accélération de projets structurants, notamment le projet « Mdhilla 2 », considéré comme un levier important pour accroître les capacités de transformation du phosphate.

Les responsables ont également insisté sur la nécessité de renforcer la compétitivité du secteur à travers le développement de produits à plus forte valeur ajoutée. Ils ont souligné que la croissance des exportations dépendra davantage de la transformation industrielle que de la simple augmentation des volumes extraits.

Dans cette perspective, la CPG travaille également sur des projets de valorisation du phosphogypse, sous-produit de l’activité phosphatière, en recherchant des financements dédiés.

Les questions environnementales ont également occupé une place importante lors des débats. Plusieurs membres de la commission ont plaidé pour une réduction de la consommation d’eau industrielle dans le lavage du phosphate et pour un recours accru aux eaux traitées afin de préserver les ressources hydriques.

Un secteur stratégique pour l’économie nationale

À l’issue de la séance, les membres de la Commission des finances et du budget ont appelé à l’adoption de mesures exceptionnelles et rapides afin d’améliorer la situation financière de la CPG et du GCT, restaurer la confiance des banques et des partenaires économiques, et garantir la mise en œuvre d’une stratégie réaliste de relance.

Considéré comme l’un des secteurs historiques de l’économie tunisienne et une source importante de recettes d’exportation, le phosphate demeure un levier stratégique pour la croissance, l’emploi et l’entrée de devises. Les autorités espèrent désormais que les réformes engagées permettront à la filière de retrouver progressivement son rôle moteur au sein de l’économie nationale.

R.I

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R. I

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