Avec 150 entreprises, 70.000 emplois et 3,5 milliards de dinars d’exportations, l’industrie électronique tunisienne figure aujourd’hui parmi les secteurs industriels les plus dynamiques du pays. Les autorités ambitionnent désormais de franchir un nouveau cap en faisant de la Tunisie un leader régional de l’électronique à l’horizon 2030.
Cette ambition est au cœur du Pacte pour la compétitivité des industries électroniques, signé le 10 avril 2026 entre le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie et le groupement ELENTICA, sous l’égide de l’UTICA.
Présentant les grandes lignes de cette stratégie lors d’une session de formation destinée aux journalistes, organisée par le ministère de l’Industrie en partenariat avec la GIZ, le directeur général des industries manufacturières, Fathi Sahlaoui, a plaidé pour un changement profond de la politique industrielle tunisienne.
“Aujourd’hui, les tendances mondiales sont avant tout des tendances technologiques. Nous devons nous concentrer sur quelques secteurs capables de représenter réellement le potentiel et les marges de progression de la Tunisie”, a-t-il déclaré.
Une industrie stratégique déjà bien implantée
Le secteur électronique tunisien couvre la fabrication de composants électroniques, l’assemblage de produits finis ainsi que la production destinée à plusieurs industries, notamment l’automobile, l’aéronautique, les dispositifs médicaux et les télécommunications.
Selon les données présentées par le ministère, le secteur compte environ 150 entreprises, principalement exportatrices, employant près de 70.000 personnes. Les exportations ont atteint 3,5 milliards de dinars en 2025, tandis que l’électronique représente près de 15 % des investissements industriels.
Pour Fathi Sahlaoui, l’un des principaux atouts de la Tunisie réside dans l’existence d’un tissu d’entreprises nationales maîtrisant certaines technologies avancées. “Contrairement à plusieurs pays, la Tunisie dispose d’entreprises nationales capables de fabriquer des cartes électroniques et des circuits imprimés. Ce n’est pas une technologie simple”, a-t-il souligné.
Par ailleurs, la vision portée par le pacte est particulièrement ambitieuse : faire de la Tunisie “un leader reconnu en électronique dans la région EMEA”, couvrant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Pour atteindre cet objectif, six orientations stratégiques ont été retenues à savoir : renforcer les performances à l’export, améliorer le positionnement international, stimuler l’investissement productif et technologique, développer l’emploi qualifié, renforcer l’intégration locale et faire de l’innovation un moteur de compétitivité.
Dans ce même cadre, le responsable a estimé que l’industrie électronique présente des perspectives importantes pour la Tunisie. “Ce secteur ne demande pas uniquement des investissements. Il exige surtout de l’intelligence, de l’innovation et des projets collaboratifs”, a-t-il expliqué.
Doubler les exportations d’ici 2030
Dans ce même cadre, Sahlaoui a précisé que le pacte fixe des objectifs chiffrés particulièrement ambitieux. Les exportations devraient atteindre 7 milliards de dinars d’ici 2030, soit le double du niveau enregistré en 2025. Par ailleurs, la part des investissements du secteur dans le PIB industriel devrait passer de 15 % à 20 %, tandis que 30.000 emplois directs supplémentaires devraient être créés.
Sur un autre plan, le taux d’intégration nationale doit également progresser de 35 % à 55 %, alors que les dépenses de recherche et développement devraient représenter 3 % du chiffre d’affaires du secteur contre environ 1 % actuellement.
Afin de concrétiser ces ambitions, le pacte prévoit la mobilisation de 350 millions d’euros d’investissements directs étrangers dans des activités à forte valeur ajoutée. Parmi les principaux projets annoncés figurent : deux unités de production de composants électroniques avancés, dont une unité de semi-conducteurs, quatre centres de recherche et développement spécialisés, un centre de recherche en électronique automobile, une plateforme de prototypage dédiée à l’Internet des objets, un centre national de conception des systèmes embarqués, une filière nationale de microprocesseurs, un parc industriel spécialisé et un programme national “Usines intelligentes”.
Le développement de l’électronique automobile figure également parmi les priorités. La Tunisie compte déjà près de 300 entreprises opérant dans l’industrie automobile, ce qui pourrait offrir des débouchés importants aux fabricants de composants électroniques.
Des faiblesses structurelles persistantes
Malgré ses performances, le secteur demeure confronté à plusieurs difficultés. Les autorités évoquent un déficit de visibilité internationale, une reconnaissance insuffisante des capacités technologiques nationales, des difficultés de recrutement ainsi qu’une inadéquation entre les formations et les besoins des entreprises.
Les chaînes logistiques constituent aussi un point faible, avec des retards, des congestions portuaires et des infrastructures numériques encore insuffisantes. Les zones industrielles existantes apparaissent peu spécialisées et faiblement connectées.
Pour remédier à ces difficultés, le pacte prévoit notamment une gouvernance dédiée formation-industrie, la modernisation des cursus, la création de centres technologiques, une réforme logistique, la digitalisation des procédures douanières et la mise en place d’incitations fiscales ciblées.
Par ailleurs, le ministère considère désormais le capital humain comme l’un des principaux leviers de compétitivité. Parmi les mesures prévues figurent la modernisation des formations spécialisées, le développement des infrastructures d’apprentissage pratique, le renforcement du financement de la formation continue et la création de bases de données nationales sur les compétences.
Le pacte prévoit également une mobilisation de la diaspora tunisienne afin de favoriser le transfert d’expertise, le mentorat et le rayonnement international du secteur.
“Notre problème, c’est l’exécution”
Au-delà des chiffres, Fathi Sahlaoui a insisté sur la nécessité de passer rapidement à l’action. “Notre problème en Tunisie n’est pas le manque d’études. Nous réalisons beaucoup d’études, mais la concrétisation demeure insuffisante”, a-t-il affirmé.
Selon lui, le pacte constitue avant tout un engagement réciproque entre l’État et le secteur privé, fondé sur des résultats mesurables et des projets concrets.
“Nous avons besoin de projets locomotives capables d’entraîner l’ensemble du secteur”, a-t-il expliqué.
Et pour le responsable, l’électronique est aujourd’hui devenue un enjeu industriel, économique mais également stratégique. “Les pays les plus puissants sont ceux qui maîtrisent les composants électroniques”, a-t-il conclu, soulignant que l’avenir industriel de la Tunisie passera inévitablement par les technologies de pointe.




