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Economie

Secteur du sel : les députés réclament plus de transparence et une refonte du cadre législatif

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  • 29 juin 2026
  • 4 min de lecture
Secteur du sel : les députés réclament plus de transparence et une refonte du cadre législatif

Ce lundi 29 juin 2026, plusieurs experts et acteurs locaux ont tiré la sonnette d’alarme quant à la gestion des ressources salines en Tunisie. Entre manque à gagner fiscal, opacité des volumes produits et impacts environnementaux, les appels se multiplient pour une reprise en main nationale de ce secteur hautement stratégique.

Un cadre législatif obsolète et un déficit de transparence

Invité  sur les ondes de la Radio Nationale, l’expert international en énergie, Ridha Mâmoun, a vigoureusement plaidé pour l’élaboration de nouvelles législations afin de protéger les richesses nationales, à commencer par le sel.

L’expert a pointé du doigt de profonds dysfonctionnements liés à la gouvernance et à la transparence dans ce dossier, exigeant une gestion totalement transparente des ressources naturelles du pays. Il a notamment cité le cas de la société Cotusal, principal producteur de sel en Tunisie, qui exploite pas moins de 12 800 hectares de salines, affirmant que

les volumes de production officiellement déclarés ne reflètent en rien la réalité de la production sur le terrain.

L’expert a également déploré le fait que la part revenant à la Tunisie sur le sel extrait de son propre sol ne génère ni revenus financiers directs, ni taxes, ni compensations réelles à la hauteur de cette richesse, l’État devant se contenter d’une simple quote-part en nature.

Le constat est tout aussi amer à l’échelle locale. Thameur Miladi, membre du conseil local de Zarzis (gouvernorat de Médenine), a précisé que la superficie exploitée pour la production de sel dans sa région s’élève à 13 000 hectares, pour une capacité de production annuelle avoisinant les 750 000 tonnes.

L’expert a dénoncé l’absence de retombées en matière de développement social et économique de la part de la Cotusal, qui exploite environ 75 % des sebkhas productrices de sel en Tunisie. Au-delà du volet économique, l’élu local a mis en garde contre les lourds préjudices environnementaux et agricoles causés par l’activité de l’entreprise, évoquant des impacts nocifs sur les ressources halieutiques  et les terres agricoles environnantes en raison de la salinisation des sols.

De son côté, Houcine Rhili, expert en développement et en ressources hydrauliques, a rappelé le poids économique de cette ressource : la Tunisie produit chaque année entre 1,4 et 2 millions de tonnes de sel, dont 90 % sont destinés à l’exportation, principalement vers l’Europe.

Rhili a insisté sur l’urgence d’ouvrir ce dossier et d’en publier les conclusions en toute transparence. Il a rappelé que 14 entreprises, pour la plupart étrangères, opèrent actuellement dans le secteur en Tunisie, soulignant la nécessité absolue de vérifier leur situation fiscale. L’expert a ainsi appelé à encourager l’investissement public et les capitaux nationaux à investir dans l’extraction et la valorisation des richesses nationales, qualifiant le secteur de « hautement rentable ».

La brigade d’investigation fiscale passe à l’offensive

Face à ces soupçons, l’État a d’ores et déjà engagé des procédures. Depuis le début de l’année 2026, la brigade de recherche et de lutte contre l’évasion fiscale (communément appelée « police fiscale ») a ouvert des enquêtes sur des soupçons de manipulation des prix dans le secteur de la production de sel. Selon les premières estimations, le manque à gagner pour la Tunisie se chiffrerait en millions d’euros.

Ces investigations s’inscrivent dans le cadre d’une série d’enquêtes plus larges portant sur la gouvernance des ressources naturelles nationales, avec en ligne de mire les secteurs du pétrole et du sel.

Une source de haut niveau au sein du ministère des Finances a d’ailleurs confirmé que la police fiscale a déployé, depuis le début de l’année, de vastes opérations de contrôle sur le terrain. Ces inspections s’accompagnent d’analyses approfondies et d’audits ciblant plusieurs acteurs clés de la production et de l’exportation de sel en Tunisie.

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Auteur

La Presse

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