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Culture

Hamdi Jouini, réalisateur de « Sous l’eau » à la Presse : « Dans une fiction, on peut avoir davantage le contrôle sur le récit, l’histoire »

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  • 30 juin 2026
  • 5 min de lecture
Hamdi Jouini, réalisateur de « Sous l’eau » à la Presse : « Dans une fiction, on peut avoir davantage le contrôle sur le récit, l’histoire »

À travers son court métrage « Sous l’eau », Hamdi Jouini braque les projecteurs sur une urgence environnementale. Drame familial sur fond de catastrophe écologique liée à la pollution et l’érosion, « Sous l’eau » est le récit d’un effondrement familial, dans un environnement naturel délétère. Présenté au marché du film de la 79e édition du festival de Cannes, le film s’inscrit dans son époque.

La Presse — Pourquoi avoir choisi de traiter de cette thématique de nos jours ?

C’est totalement subjectif. J’ai grandi à Hammam Chatt, autrefois, un paradis sur terre. Nous avons grandi entre les montagnes et la mer. C’était un environnement féérique qui a profondément marqué mon enfance et adolescence. A un moment, j’ai été aspiré par les aléas de la vie, par les études, les voyages et le milieu professionnel et je m’étais éloigné de la région.

En 2020, je reviens, et la mer était interdite de baignade et d’accès, la pollution faisait des ravages, et la ville et la vie d’avant n’existaient plus. Je m’étais dit pourquoi ne pas faire une action qui pourrait sensibiliser à la pollution, attirer l’attention des citoyens, et des responsables.

Par la suite, j’ai organisé un évènement, qui s’appelle « Rajaa Lebhar », avec des activités sportives, de la musique, des ateliers d’arts pour le public large et les enfants et des débats et échanges autour de ce problème écologique inquiétant, présent même au-delà de la banlieue sud. Des actions qui ont finalement fédéré les gens de la région et attiré l’attention de hauts responsables.

Les solutions concrètes pour stopper ce fléau peinent néanmoins à se concrétiser. Ma fiction courte « Sous l’eau » a donc vu le jour suite à des actions accomplies afin de sensibiliser sur l’état environnemental des régions gravement impactées. Le film raconte l’état de santé d’une petite fille souffrante de graves problèmes respiratoires.

parents se démènent pour la sauver. Ils déménagent de Gabès, pour s’installer à Kerkennah, en espérant avoir une meilleure qualité de vie. Sur place, les membres de cette petite famille ne tardent pas à réaliser que leur nouveau terrain était défectueux, confronté à des éboulements et à une montée des eaux rapides. Le calvaire continue…

Vous aviez autant de matière pour créer un documentaire. Pourquoi avoir choisi de tout traiter dans une fiction ?

Dans une fiction, on peut avoir davantage le contrôle sur le récit, l’histoire. Créer son narratif à son aise. J’ai davantage d’expérience dans la fiction. Je m’inspire de la réalité pour raconter des histoires fictives. Quand on choisit de traiter de cette thématique sur l’écologie, beaucoup pensent systématiquement à un documentaire, alors que « Sous l’eau » est un drame court de 29 min, inspiré de faits réels, d’une petite fille qui vit à Gabès, et de l’érosion des plages de Kerkennah et de l’état de délabrement de quelques terres.

Deux problématiques que j’ai tissées dans le même drame. Je tiens aussi à attirer l’attention sur l’absence de lois claires censées protéger les citoyens, en Tunisie et par le monde. Des gens du monde fortement impactés par les changements climatiques.

Sans oublier l’absence des assurances qui préservent contre les catastrophes naturelles. Dans le monde entier, et au niveau juridique, très peu de tribunaux internationaux, spécialisés dans les questions climatiques, font le nécessaire et les assureurs ne font pas convenablement leur travail et ont du mal à agir à la racine, à être efficaces.

Tout cela est préoccupant pour moi.

Pourquoi ce titre « Sous l’eau » et comment avez-vous construit vos personnages ?   

L’histoire tourne autour de cette terre qui s’apprête à disparaitre totalement à cause de la montée rapide des eaux. Mon intérêt pour cette thématique a sans doute vu le jour dans ma région de Hammam Chatt, puis, je m’étais intéressé, plus largement.

Le personnage principal est un fonctionnaire lambda, père et époux soucieux, qui se bat pour protéger sa famille, lui assurer un confort de vie décent, et il n’a qu’un seul souhait, c’est de sauver sa petite fille. La guérir ! Lui permettre de vivre dans un environnement sain.

Fuir Gabès pour Kerkennah n’arrangera pas les choses. Lui – même devient victime, avec sa femme et sa fille. C’est l’histoire d’une famille broyée par cette nature agonisante. Sans trop en révéler davantage …

Votre postulat basique est posé autour de l’écologie. Il est bien perceptible et parvient au spectateur. Comment avez -vous tissé l’autre aspect humain dans « Sous l’eau » ?

J’ai réalisé des séries ramadanesques dramatiques auparavant, et je m’y connais dans ce type de productions tragiques. Mon but c’est de toucher l’audimat. D’éveiller les consciences, de bousculer.

Le noyau familial et la complexité des relations intra-familiales ont nourri mon scénario et mes précédentes réalisations. Je tenais à ce que le public, peu importe d’où il vient, se voie dans ce drame lié au délitement de la planète terre et de la nature.

D’ailleurs, les réactions au marché du Film à Cannes ont été pour la plupart positives, fructueuses et le film a même résonné chez un public large au festival de Cannes.

Beaucoup se sont exprimés sur des problématiques liées à l’écologie dans différents pays, les leurs. Le film fera la tournée d’autres festivals, je l’espère, et sortira prochainement en Tunisie.

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Auteur

Haithem Haouel

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