Espaces verts dans les zones urbaines : Une végétalisation qui tarde à voir le jour
Alors que les vagues de chaleur deviennent plus précoces, plus longues et plus intenses sous l’effet du changement climatique, plusieurs villes, notamment européennes, ont fait de la végétalisation un axe majeur de leur politique d’aménagement. Plantation d’arbres, toitures végétalisées et multiplication des espaces verts sont désormais considérées comme des solutions efficaces pour atténuer les îlots de chaleur urbains. En Tunisie, malgré une stratégie nationale en faveur des espaces verts, les réalisations tardent à suivre. Entre déficit chronique de végétation, manque d’entretien et controverses autour de l’abattage d’arbres, la transition vers des villes plus résilientes reste un défi à relever.
La Presse — De nombreux pays européens ont compris depuis longtemps qu’il faut végétaliser les cités pour faire face à une hausse des températures supérieures aux normales saisonnières et à des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents. Conscients de l’importance de la végétation qui sert de rempart naturel à la chaleur, des propriétaires et des promoteurs ont végétalisé les toits et les façades afin de rafraîchir les appartements grâce à cette végétation d’intérieur qui agit comme un véritable climatiseur et qui crée de l’ombre, tout en abaissant la température de l’air ambiant de 2 degrés et plus. Il n’y a pas que les immeubles qui ont été transformés en îlots végétaux.
En France, à Toulouse plus précisément, où il fait de plus en plus chaud, de plus en plus tôt, la ville a opté pour la mise en place d’un programme prévoyant le renforcement du couvert végétal dans les cités et les quartiers non seulement pour les embellir sur le plan esthétique mais surtout pour constituer un bouclier végétal contre les vagues de forte chaleur de plus en plus récurrentes au cours des dernières décennies.
Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, a mis l’accent sur l’importance d’adapter la ville aux changements climatiques et ce par l’adoption de deux mesures pérennes, dont l’une est axés notamment sur une débitumisation massive et sur la plantation d’arbres dans les parcs, l’aménagement de plates-bandes, d’espaces verts, de jardins publics et de parcs et la transformation des cours d’école en jardins. Depuis 2020, 270.000 m2 de bitume ont été enlevés et remplacés par de la végétation.
Une végétalisation des cités dortoirs qui a du mal à se mettre en place
En Tunisie, où le thermomètre frôle ou dépasse régulièrement les 35°C dès le début de l’été, la végétalisation urbaine ne semble pas encore figurer au cœur des priorités des municipalités. Faute d’entretien, de nombreux jardins publics et plates-bandes sont aujourd’hui envahis par les herbes folles et les déchets.
Pourtant, une stratégie nationale existe pour faire face au manque d’espaces verts dans les zones urbaines — actuellement inférieurs à 3 m² par habitant. Malheureusement, sa mise en œuvre se fait attendre : dans plusieurs villes, les terrains vagues, au lieu d’être convertis en espaces verts, se sont transformés en dépotoirs à ciel ouvert. Pis: récemment à Carthage, une opération d’abattage d’arbres a soulevé un vif tollé auprès des riverains qui n’ont pas du tout apprécié qu’on touche aux arbres de leur quartier.
Les habitants et des associations locales, à l’instar de l’Association des Amis de Carthage, se sont, d’ailleurs, mobilisés pour exprimer leur profonde inquiétude face à ce qu’ils ont qualifié de menace pour le patrimoine végétal de la ville. Une pétition a été lancée d’urgence pour réclamer des explications officielles et exiger l’arrêt immédiat de cette opération d’abattage.
Changements climatiques oblige, les communes gagneraient à mettre en place une politique de végétalisation des cités, en intensifiant la plantation d’arbres et de plantes tout au long de l’année au cœur même des quartiers, afin d’embellir le cadre de vie et d’atténuer les vagues de chaleur étouffantes en milieu urbain, tout en veillant à leur entretien périodique tout au long de l’année.
Mais au-delà de la mise en place de stratégies pour promouvoir la végétalisation des quartiers, la sensibilisation et l’éducation au respect et à l’importance des plantes doit commencer dès le jeune âge, par des cours de sensibilisation à l’école, des séances de jardinage dans les cours des établissements éducatifs. Il s’agit d’une mentalité et d’une culture qui doivent être inculquées dès l’enfance afin de former de futurs citoyens responsables, respectueux de leur environnement et conscients de l’importance des espaces verts pour contrer les effets négatifs du changement du climat.



