Avoir des valeurs tournées vers l’autonomie et le plaisir plutôt que vers la tradition augmente la probabilité de divorcer. C’est ce que montre une étude scientifique, sans pour autant établir de lien de cause à effet.
Publiée le 27 janvier 2025 dans la revue Communications Psychology, qui appartient au groupe Nature Portfolio, l’étude est menée par les chercheuses Sari Mentser et Lilach Sagiv, de l’École de commerce de l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle s’appuie sur trois analyses portant sur des données déjà collectées par d’autres organismes, à savoir le World Values Survey, l’European Social Survey et une base de données nationales sur les ratios divorce sur mariage.
Plus de 100 000 personnes originaires de plus de 55 pays sont concernées au total. Les chercheuses ont utilisé le cadre théorique du psychologue Shalom Schwartz, qui distingue dix valeurs personnelles universelles regroupées en deux grands axes opposés, l’ouverture au changement, qui recouvre l’autonomie de pensée, la recherche de stimulation et le plaisir, et la conservation, qui recouvre la tradition, le conformisme et la sécurité. Le même cadre existe à l’échelle des cultures nationales, opposant les sociétés à forte autonomie aux sociétés à forte intégration communautaire, aussi appelée embeddedness.
Premier résultat, au niveau des pays : l’accent culturel mis sur l’intégration communautaire plutôt que sur l’autonomie prédit un ratio divorce sur mariage plus faible. Cette seule variable explique 28 % de la variance observée entre 59 pays étudiés.
Deuxième résultat, au niveau individuel, dans un échantillon de 86 436 personnes issues de 46 pays : les personnes accordant de l’importance à l’autonomie de pensée, à la recherche de stimulation et au plaisir jugent le divorce plus justifiable et présentent une probabilité plus élevée d’être divorcées. À l’inverse, les personnes attachées à la tradition et au conformisme le jugent moins justifiable et présentent une probabilité plus faible d’être divorcées. Une troisième analyse, menée sur 32 588 personnes de 19 pays européens, confirme ce schéma.
Troisième résultat : l’effet des valeurs individuelles est plus marqué dans les pays à culture autonome que dans les pays à forte intégration communautaire, où il s’atténue, voire disparaît selon les valeurs considérées. Une exception notable : contrairement à l’hypothèse de départ des chercheuses, la valeur de sécurité ne prédit pas de façon cohérente un moindre recours au divorce.
L’étude ne contient pas d’analyse chiffrée de la similarité des valeurs entre conjoints comme facteur prédictif du divorce. Les autrices formulent cette idée uniquement dans leur conclusion, comme une déduction logique de leurs résultats et non comme une donnée mesurée. Puisque les valeurs prédisent l’attitude envers le divorce, deux conjoints partageant les mêmes valeurs partageraient aussi, en toute logique, la même vision du divorce.
Les autrices précisent plusieurs limites à leur travail. Les données sont corrélationnelles et mesurées à un instant donné, ce qui ne permet pas d’établir que les valeurs causent le divorce, seulement qu’elles y sont statistiquement associées. Le divorce est une décision prise par deux personnes, mais l’étude n’a mesuré les valeurs que d’un seul conjoint à la fois, jamais l’interaction entre les valeurs des deux membres d’un couple. Les analyses reposent sur l’exploitation secondaire de données collectées par d’autres organismes à d’autres fins, et elles n’ont pas été préenregistrées.
L’article situe enfin ses résultats parmi d’autres facteurs de divorce déjà documentés par la recherche antérieure, comme la qualité de la relation conjugale, la répartition des tâches, l’infidélité, les difficultés financières, l’âge, la présence d’enfants ou la stabilité émotionnelle. Les valeurs personnelles s’ajoutent à cette liste. Elles ne la remplacent pas.



