De la réforme des textes à la refondation des pratiques
Consacré à l’examen de plusieurs projets de loi et de décret, le Conseil des ministres, présidé ce jeudi au Palais de La Kasbah par la Cheffe du gouvernement sur délégation du Président de la République, a été placé sous le signe d’un mot d’ordre sans équivoque : «La réforme des textes ne peut, à elle seule, transformer l’action publique.
Elle doit s’accompagner d’un changement des mentalités et d’une modernisation en profondeur de l’administration». Sinon, ce sera comme si l’on versait de l’eau dans un panier percé. Tant que les mentalités ne suivent pas, aucune réforme, si bien rédigée soit-elle, ne saurait porter ses fruits. Rigueur et pleine assomption des responsabilités doivent devenir la norme dans tous les services de l’État, pour améliorer la qualité des prestations offertes aux citoyens.
Dans cette logique, l’accent a été mis sur l’urgence de renforcer la bonne gouvernance au sein des établissements publics, ce qui suppose l’instauration d’un principe simple mais rigoureux, selon lequel tout manquement doit désormais faire l’objet d’une évaluation et d’une reddition des comptes, à tous les échelons hiérarchiques.
Il s’agit, en somme, de rompre avec cette logique, bien ancrée dans nos administrations, du «pourvu que la faute retombe sur un autre», qui a longtemps permis à certains responsables de se soustraire à leurs obligations en reportant sur autrui le poids de leurs propres manquements.
En imposant une reddition des comptes systématique, l’objectif affiché est donc de mettre fin à cette culture de la déresponsabilisation, en rappelant que chaque échelon de la hiérarchie administrative demeure comptable de ses actes, sans possibilité d’échapper aux conséquences de ses propres défaillances.
Ce que l’on observe aujourd’hui, c’est précisément cette tendance récurrente de certaines administrations à se renvoyer mutuellement la responsabilité de leurs manquements respectifs, chacune reportant sur l’autre la charge d’une défaillance qu’elle se refuse à assumer. Il en résulte un véritable jeu de reports en cascade, où ce sont, en définitive, les intérêts du peuple qui se trouvent sacrifiés, tandis que nombre de projets demeurent en instance, bloqués entre plusieurs échelons administratifs incapables de s’accorder sur qui doit en assumer la charge.
Ainsi, faute d’un cadre clair de responsabilité, c’est tout un pan de l’action publique qui se retrouve paralysé, victime d’une irresponsabilité savamment diluée entre les institutions, au détriment de l’intérêt général et des attentes légitimes des citoyens.
Autre priorité affichée lors de ce Conseil : la mise en œuvre effective des projets publics à travers le pays, dont le suivi doit être assuré sans relâche par les responsables centraux, régionaux et locaux, pour mettre fin à cette logique de report des responsabilités qui a souvent retardé des projets vitaux pour les populations. En point de mire, la levée des freins à l’investissement, tant public que privé, alors que le lancement du Plan de développement 2026-2030 approche.
A l’aube de ce nouveau plan, la réussite ne dépendra plus de la clarté des textes, mais de la fin définitive de l’inertie administrative.



