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Clôture du Tabarka jazz festival : Deux voix libres pour un final en apothéose

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  • 11 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Clôture du Tabarka jazz festival : Deux voix libres pour un final en apothéose

Clôture magistrale pour la 20e édition du Tabarka Jazz Festival. Entre la virtuosité éblouissante de Veronica Swift et la poésie engagée d’Akua Naru, le public a vécu une soirée d’une rare intensité. Un final à la hauteur des attentes, qui confirme une fois de plus qu’il est possible de  conjuguer exigence artistique, ouverture et émotion.

La Presse — Il fallait une artiste hors norme pour ouvrir cette soirée de clôture. Veronica Swift a offert une prestation d’une rare intensité, confirmant son statut de figure incontournable de la nouvelle scène jazz américaine. Dotée d’une technique vocale exceptionnelle, elle navigue avec une aisance déconcertante entre le jazz, le blues, la bossa nova, le rock, la soul ou encore des références à l’opéra. Héritière d’une solide tradition musicale, elle revendique une approche sans frontières du jazz qu’elle considère comme un langage en perpétuelle évolution.

À Tabarka, sa voix virtuose, ses improvisations en scat et son incroyable présence scénique ont captivé un public conquis. Les standards se réinventent sous son souffle, les influences se croisent sans jamais perdre de leur cohérence, dessinant un univers où la créativité s’impose comme une évidence. Bien plus qu’une démonstration de maîtrise technique, son concert fut une célébration de la liberté artistique : un jazz inventif, audacieux et intensément vivant.

Veronica Swift n’a pas seulement impressionné par sa virtuosité : elle a créé une véritable complicité avec le public. Entre deux morceaux, elle échangeait avec les spectateurs, confiant avec émotion qu’il s’agissait de sa toute première venue en Tunisie et à Tabarka. Vêtue de blanc, elle irradiait la scène d’une énergie communicative, portée par une formation resserrée, piano, contrebasse et batterie, dont la cohésion a fait merveille.

Chacun des musiciens a livré des solos d’une remarquable virtuosité, alliant précision, sensibilité et générosité. L’un des moments les plus touchants est survenu lorsqu’une petite fille s’est approchée de la scène pour esquisser quelques pas de danse. Visiblement émue, la chanteuse a accueilli ce geste avec un sourire radieux, faisant de cet échange spontané l’une des images les plus marquantes de la soirée.

Veronica Swift n’a pas omis de rendre hommage à la Tunisie en chantant avec de belles envolées lyriques “A Night in Tunisia”, un standard de jazz emblématique composé en 1942 par le trompettiste Dizzy Gillespie. La seconde partie de la soirée était portée par Akua Naru, figure majeure du hip-hop conscient contemporain. Autrice de poèmes depuis l’enfance, l’artiste originaire du Connecticut puise son inspiration dans les grandes traditions de la musique noire américaine qu’elle mêle aux rythmes africains, au jazz, au blues, à la soul et au hip-hop.

Ses nombreux voyages à travers l’Amérique, l’Afrique, l’Asie et l’Europe ont nourri une œuvre profondément humaniste, où la musique dialogue avec la littérature, l’histoire et les questions de société. Surnommée « la Toni Morrison du hip-hop américain », Akua Naru impose une présence magnétique. Sa voix douce, parfois presque murmurée, contraste avec la puissance de ses textes.

Magicienne du flow, elle captive par une interprétation tout en finesse et en retenue, loin des démonstrations tapageuses. Engagée, elle propose un hip-hop féministe et poétique où chaque morceau devient une invitation à l’écoute, à la réflexion et au voyage. Très vite, Akua Naru efface la frontière entre la scène et le public.

Elle descend de scène, s’avance au milieu des spectateurs, les interpelle, échange quelques mots, murmure ses textes comme des confidences. Plus qu’un concert, elle offre une expérience immersive où le slam, la poésie urbaine, le jazz et le hip-hop s’entrelacent avec une rare élégance.

Sans jamais céder à l’emphase, elle touche les âmes et invite à l’apaisement. Derrière elle, ses musiciens déploient un jeu d’une grande finesse, ponctué de solos vibrants qui prolongent avec éclat la force émotionnelle de ses textes. En cloturant cette 20e édition avec deux artistes qui repoussent chacune, à leur manière, les frontières de leur discipline, le Tabarka Jazz Festival réaffirme son identité : celle d’un rendez-vous où le jazz dialogue avec les musiques du monde, où les esthétiques se rencontrent et où l’exigence artistique demeure le fil conducteur.

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Auteur

Asma DRISSI

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