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Rage animale : Retour d’un fléau qui menace la santé publique

  • 14 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Rage animale : Retour d’un fléau qui menace la santé publique

Les drames se succèdent et rappellent que la rage est loin d’avoir disparu du paysage sanitaire tunisien. Après les décès tragiques de plusieurs enfants ces trois dernières années, notamment à Bouhajla, dans le gouvernorat de Kairouan, et plus récemment à Kasserine, où une fillette de six ans a succombé après avoir été mordue par un chien errant, l’émotion est immense. Ces tragédies remettent au-devant de la scène un problème de santé publique qui exige une mobilisation de tous les acteurs, de la prévention à la gestion des animaux errants.

La Presse — C’est un simple incident qui a viré au drame et ébranlé toute une région. C’est ce qui s’est passé la semaine dernière à Kasserine. Une morsure de chien est souvent perçue comme un accident banal. Pourtant, lorsqu’elle est provoquée par un animal infecté par le virus de la rage, elle peut avoir des conséquences irréversibles. Une fois les premiers symptômes apparus, la maladie est pratiquement toujours mortelle.

Les récents drames survenus en Tunisie illustrent cette réalité avec une brutalité insoutenable. Des familles ont perdu un enfant en quelques semaines seulement, alors qu’une prise en charge rapide et un traitement post-exposition permettent, dans la majorité des cas, d’éviter le pire.

Des chiffres qui appellent à la vigilance

La Tunisie fait face à une recrudescence de la rage animale. En 2024, 466 cas ont été recensés à travers le pays, provoquant dix décès humains. Les campagnes intensifiées en 2025 ont permis de réduire ce nombre à deux décès, mais les autorités sanitaires restent en état d’alerte.

Les chiens demeurent les principaux réservoirs du virus, représentant près de 67% des cas enregistrés. Les chats, les ruminants et les équidés figurent également parmi les espèces touchées, ce qui confirme que la circulation du virus reste active dans plusieurs régions.

Des campagnes de terrain pour contenir le danger

Face à cette situation, les services vétérinaires renforcent leurs interventions. À El Msaadine, dans le gouvernorat de La Manouba, une importante campagne de vaccination gratuite a été menée dès la confirmation d’un foyer de rage animale.

Quatre équipes vétérinaires se sont déployées dans les quartiers et les exploitations agricoles afin de vacciner directement les animaux domestiques. En une journée, 176 chiens et 169 chats ont reçu leur vaccin. Une clinique vétérinaire mobile a également été installée pour accueillir les habitants, répondre à leurs questions et donner les consignes de prévention.

Dans le même esprit, des campagnes de proximité ont été organisées dans les gouvernorats de Kasserine, du Kef et de Siliana. Elles visent à rappeler les gestes qui sauvent, l’importance de la vaccination annuelle et les réflexes à adopter immédiatement après une morsure.

Une stratégie nationale mise en place

La Direction générale des services vétérinaires s’apprête à franchir une nouvelle étape avec l’adoption du premier guide national des procédures de lutte contre la rage animale. Ce document permettra d’unifier les méthodes d’intervention dans l’ensemble des gouvernorats et d’améliorer la coordination entre les différents intervenants.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’approche internationale « Une seule santé » (One Health), qui repose sur une coopération étroite entre les services vétérinaires, les structures de santé, les collectivités locales et les citoyens pour protéger à la fois la santé humaine, animale et l’environnement.

Agir à la source du problème

Les spécialistes sont unanimes : la lutte contre la rage ne peut se limiter aux campagnes de vaccination déclenchées après l’apparition d’un foyer. Elle doit s’inscrire dans une politique permanente.

La vaccination antirabique des animaux domestiques doit être systématique et rigoureusement respectée. En parallèle, la stérilisation des chiens et des chats errants apparaît aujourd’hui comme l’une des solutions les plus efficaces pour maîtriser leur prolifération de manière durable, tout en respectant le bien-être animal.

La gestion des déchets constitue également un enjeu majeur. Les dépôts sauvages d’ordures et les déchets alimentaires abandonnés favorisent la présence de meutes de chiens errants à proximité des habitations, des écoles et des espaces publics. Améliorer la propreté des villes aide aussi à prévenir la propagation de la rage.

Informer pour sauver des vies

La prévention passe enfin par une meilleure sensibilisation des citoyens. Toute morsure, même légère, doit être prise au sérieux. Un lavage immédiat de la plaie à l’eau et au savon, suivi d’une consultation médicale sans délai, peut faire toute la différence.

Les propriétaires d’animaux ont, eux aussi, un rôle essentiel à jouer. Faire vacciner son chien ou son chat chaque année n’est pas une simple formalité administrative : c’est un geste de responsabilité qui protège toute la collectivité.

Ne plus attendre un nouveau drame

Les décès d’enfants enregistrés ces dernières années ont profondément marqué les Tunisiens. Ils rappellent que la rage demeure un danger silencieux mais toujours présent. Pour éviter que de nouvelles familles ne soient confrontées à l’irréparable, la réponse doit être à la hauteur de l’enjeu : une vaccination massive des animaux, une gestion durable des populations de chiens errants fondée notamment sur la stérilisation, une amélioration de la salubrité publique et une sensibilisation permanente de la population.

La rage est l’une des rares maladies mortelles entièrement évitables grâce à la prévention. C’est pourquoi chaque campagne de vaccination, chaque animal stérilisé, chaque citoyen sensibilisé et chaque morsure prise en charge rapidement représentent autant de vies qui pourront être sauvées.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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