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60e festival international de Hammamet – Dhafer Youssef : Le souffle de « Shiraz »

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  • 15 juillet 2026
  • 7 min de lecture
60e festival international de Hammamet – Dhafer Youssef : Le souffle de « Shiraz »

Les notes, entre autres, du magnifique « Street of Minaret », extrait de l’album éponyme, se sont élevées dans le ciel de Hammamet. Le morceau s’est ouvert sur les vocalises emblématiques de Dhafer Youssef, où le souffle semble défier les limites du corps. Des préludes suspendus qui annoncent les envolées jazz.

Peu à peu, elles ont laissé place aux premières couleurs de « Shiraz », offrant au public un avant-goût de ce dixième album, avec le morceau « Eyeblink and Eternity », décliné dans l’opus en deux parties. Après en avoir livré quelques mots au public, Dhafer Youssef a entamé les différentes escales de cette traversée musicale intime, où le oud, la voix et le jazz dessinent un territoire sans frontières.

La Presse — Une voix-instrument, habitée comme une prière. Elle traverse les octaves, s’élevant avec la légèreté d’une plume. Une voix envoûtante qui navigue avec aisance entre des graves veloutés et des aigus cristallins.

Une voix-affect qui flotte sur les instruments. Il suffit de s’y abandonner pour la suivre dans son ascension vers les cieux ou se laisser envelopper par elle jusqu’aux profondeurs de l’intime. Des vocalises qui se font souffles et prières, où la technique s’efface devant l’émotion.

Et puis il y a le oud. Tantôt méditatif, tantôt fougueux, il ne se contente pas d’accompagner. Il porte en lui une voix singulière, capable de répondre au chant, de le prolonger ou de s’en détacher pour raconter à son tour sa propre histoire.

Un dialogue instrumental où se rencontrent les traditions orientales, le souffle soufi, la liberté du jazz et une quête incessante de nouveaux horizons.

Cette voix et ce oud sont ceux du maître tunisien Dhafer Youssef. Deux instruments indissociables, deux voix d’un même langage musical. On les a retrouvés, le 12 juillet, après plusieurs années d’absence, sur une scène tunisienne.

C’est dans l’écrin du Théâtre de plein air de Hammamet, à l’occasion de la 60e édition du Festival international de Hammamet, qu’ils ont renoué avec le public tunisien.

Les retrouvailles étaient attendues. Le théâtre affichait complet pour accueillir l’artiste, onze ans après sa toute première participation au festival en 2015.  L’artiste y avait marqué les esprits en assurant la clôture de la 51e édition avec la création tunisienne de « Birds Requiem », un retour au pays qui avait alors pris des allures d’événement.

Cette fois encore, son apparition sur la scène hammamétoise avait le goût des grands rendez-vous, ceux où l’émotion des retrouvailles se mêle à l’admiration intacte d’un public fidèle venu découvrir son nouvel album « Shiraz ».

L’artiste ne s’est pas fait attendre. Accueilli par une ovation, il est apparu sur scène entouré d’une formation d’exception avec le brillant pianiste espagnol Daniel García, le trompettiste autrichien Mario Rom, le bassiste franco-camerounais Swaéli Mbappé et le jeune batteur français Tao Ehrlich. Une constellation de virtuoses réunis autour du maître du oud pour donner vie à « Shiraz ».

Ce concert s’inscrivait dans le « Shiraz Summer Tour », la tournée estivale accompagnant son dixième album. L’occasion pour l’artiste tunisien de présenter au public son nouveau quartet international, dont la complicité et la liberté d’improvisation donnent une nouvelle dimension à son univers musical, toujours à la croisée des traditions orientales, du jazz contemporain et des musiques du monde

L’album sorti en novembre 2025 sous le label ACT Music est le plus personnel de sa carrière. Il rend hommage à son épouse, Shiraz Fradi, en célébrant leur histoire commune tout en évoquant les épreuves qu’ils ont traversées ensemble face à la maladie et aux difficultés de la vie. Les treize morceaux qui le constituent retracent les émotions vécues par Dhafer Youssef et mettent en musique leur histoire, leur complicité et le chemin traversé ensemble.

Les notes, entre autres, du magnifique « Street of Minaret », extrait de l’album éponyme, se sont élevées dans le ciel de Hammamet. Le morceau s’est ouvert sur les vocalises emblématiques de Dhafer Youssef, où le souffle semble défier les limites du corps. Des préludes suspendus qui annoncent les envolées jazz. Peu à peu, elles ont laissé place aux premières couleurs de « Shiraz », offrant au public un avant-goût de ce dixième album, avec le morceau « Eyeblink and Eternity », décliné dans l’opus en deux parties. Après en avoir livré quelques mots au public, Dhafer Youssef a entamé les différentes escales de cette traversée musicale intime, où le oud, la voix et le jazz dessinent un territoire sans frontières.

Maqâms, musique de chambre, éclats rock et discrètes textures électroniques se rencontrent dans une remarquable fluidité pour donner corps à ce que « Shiraz pense et entend », selon les mots mêmes de Dhafer Youssef. Un album où les traditions dialoguent avec le jazz, les sonorités orientales se frottent aux harmonies contemporaines, sans jamais céder à l’effet de démonstration, où tout semble couler de source.

Et lorsque l’on découvre que le musicien écrivait, à propos de « Shiraz » : « Pour elle, je pourrais écrire des livres entiers, sur les portes qu’elle a ouvertes, sur la lumière qu’elle a apportée. Mais ici, je veux simplement la célébrer : son parcours, sa grâce », l’écoute prend une résonance nouvelle. L’émotion est alors double:  celle que suscite une musique qui, mieux que les mots, parvient à dire l’indicible. Et celle que révèle l’histoire intime qui irrigue chaque note de cet album, conçu comme un hommage à l’être aimé.

À Hammamet, Dhafer Youssef a habité la scène avec une élégance presque chorégraphique. Son oud, son partenaire de dialogue glissant entre ses doigts avec une légèreté telle qu’il paraissait flotter entre ses mains. Au fil des phrases musicales, il allait d’un musicien à l’autre, s’approchant tour à tour du pianiste, du trompettiste, du bassiste ou du batteur pour engager avec chacun un dialogue aussi virtuose que complice.

Puis, par moments, il reculait de quelques pas, abandonnait le devant de la scène et laissait chacun de ses partenaires déployer pleinement son univers. Les solos se succédaient, d’une maîtrise et d’une inventivité remarquables, sans jamais rompre l’équilibre de l’ensemble. Fier de cette nouvelle formation internationale, Dhafer Youssef lui a offert l’espace nécessaire pour respirer, improviser et affirmer sa propre voix.

Tel un passeur, il était attentif à faire émerger le talent de chacun tout en préservant cette écoute collective qui fait la force des grands ensembles. Cette voix-instrument, ce oud-confident, nous les avons retrouvés ce soir-là à Hammamet. Ils nous  ont raconté une histoire où la musique devient le refuge des émotions inexprimées. Autour d’eux, les instruments de ses compagnons de scène ont dessiné les contours d’un même langage, celui de « Shiraz » entre mémoire, amour et quête d’infini.

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Auteur

Meysem MARROUKI

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