Noirs, bleus, blancs… On les croise partout. Ils s’envolent au gré du vent, tournoient et interrompent leur valse hideuse en s’accrochant à tout ce qui se trouve sur leur chemin, arbres, clôtures, poteaux, atterrissant sur le sol où ils forment des monticules. Ils flottent à la surface des cours d’eau et finissent leur course en mer où ils étouffent tortues, poissons….Eux, ce sont les sacs en plastique qui, non
seulement enlaidissent le paysage, mais constituent une catastrophe écologique et une véritable bombe à retardement pour l’écosystème terrestre et marin et pour toutes les ressources naturelles, surtout lorsque l’on sait qu’il leur fait dix ans, voire plus pour se décomposer tandis que les microparticules qu’ils libèrent restent enfouis durablement dans les sols, contaminant les ressources naturelles et la chaîne alimentaire.
Selon les dernières estimations, la Tunisie figure parmi les pays qui consomment le plus de sacs en plastique, à raison de 400 sacs par habitant et par an. Aujourd’hui, le nombre impressionnant de sacs en plastique qui jonchent le sol interrogent sur l’efficacité des initiatives qui ont été adoptées jusqu’ici pour réduire la pollution en limitant l’usage du plastique. Rappelons que la principale mesure concerne l’adoption et l’entrée en vigueur du décret gouvernemental n°32 de 2020 qui interdit la production, l’importation, la distribution et l’utilisation des sacs en plastique à usage unique dans les espaces commerciaux et les pharmacies, les points de vente…. Pourtant, plus de cinq ans après sa publication dans le JORT officiel, cette réglementation n’est ni respectée ni appliquée et les sacs en plastique à usage unique sont toujours omniprésents dans les commerces, les marchés, les espaces commerciaux, les échoppes, les points de vente…
Au regard de l’impact calamiteux de la pollution plastique sur l’environnement et l’écosystème marin, une proposition de loi, soutenue par 23 députés, et similaire au décret gouvernemental n°32 de 2020 vient d’être déposée récemment à l’ARP. Elle vise, également, à interdire la production, l’importation, la distribution, la commercialisation et l’usage des sacs en plastique à usage unique, en prévoyant de lourdes sanctions financières pour les industries productrices et importatrices qui violent la loi et opèrent dans l’illégalité. Si ce projet de loi venait à être adopté, réussira-t-il là où le décret de 2020 a échoué?
L’espoir demeure, mais il reste ténu au regard de la réalité observée sur le terrain. Certes, les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour endiguer la pollution plastique mais ces efforts ne peuvent donner de résultat probant sans une réelle prise de conscience émanant de la base, en l’occurrence du citoyen lambda qui doit non seulement opter pour des gestes responsables et respectueux de la nature en limitant son usage personnel des sacs en plastique, mais en transmettant, par ailleurs, aux générations futures une véritable culture du respect de l’environnement.



