Résigné et à bout de souffle, le bureau fédéral joue la carte d’un entraîneur tunisien, Chaâbani. Est-ce seulement une question d’entraîneur ?
La Presse — On le dit et le redit encore une fois, l’équipe nationale est victime de son entourage et des bureaux fédéraux faillibles qui ont défilé. Ce n’était pas souvent l’échec du sélectionneur, mais plutôt celui de l’entourage malsain et de la très mauvaise qualité des dirigeants et aussi des joueurs. Tunisien ou étranger, l’équipe nationale a échoué lamentablement dans plusieurs rendez-vous même avec des générations de joueurs meilleurs qu’aujourd’hui.
Et ceci ne date pas d’aujourd’hui. Des exemples ? Le fiasco de 1985 et 1994 avec Youssef Zouaoui, celui de 2002 avec Henri Michel et plus tard Souayah au mondial 2002, la petite et ratée coupe du monde 2006 sous la conduite de Lemerre, l’échec aux qualifications du mondial 2010 sous la conduite de Coelho puis Marchand, le triste épisode de Nabil Maâloul en 2013 et plus tard, au mondial 2018, les passages loupés et très décevants de Faouzi Benzarti dont celui de 2024 qui aurait coûté une place à la CAN, les passages controversés et moyens de Sami Trabelsi en 2013 et récemment à la dernière CAN, les mauvaises performances de Lamouchi et avant lui de Kebaïer. Finalement, notre équipe nationale a souvent déçu au long de son histoire à part quelques périodes lumineuses. Aujourd’hui et après l’insoutenable désastre du mondial américain, l’équipe nationale a besoin d’une refonte générale, car les mêmes causes ont produit les mêmes effets.
On est en train de continuer avec la même mauvaise approche, soit des palliatifs et des changements de sélectionneurs (une énorme fréquence ces dernières 10 années), sans que l’on touche au fond du problème et à l’environnement de la sélection. Ainsi, le bureau fédéral n’a pas encore idée pourquoi on est tombé si bas dans un mondial ouvert et accessible, on ne nous a pas dit comment changer l’état des lieux et améliorer la qualité du championnat et des joueurs tunisiens, ni d’ailleurs comment faire pour ne retenir que les meilleurs expatriés et binationaux.
Il y a un nouveau DTN désigné par le ministère des Sports qui a, sans doute, la mainmise sur la FTF. Et le monsieur a, comme ses prédécesseurs, choisi la solution de facilité : choisir un Tunisien pour faire plaisir à ceux qui l’attendent et donner l’impression d’un changement. Pas plus.
Chaâbani n’est pas libre
Mouine Chaâbani a eu une éclosion atypique en 2018 quand il a repris l’EST en demi-finale de la Ligue des champions. Après un énorme travail de Khaled Ben Yahia, l’adjoint a continué le travail et raflé, en toute surprise, deux ligues des champions.
Déjà, il a atteint un stade avancé en quelques mois, avant de réussir à la RSBerkane, club du tout puissant Faouzi Lakjaâ avec qui il gagne des titres locaux et continentaux (avec aussi une finale ratée en coupe de la CAF). Entre-temps, il ne laisse pas de bons souvenirs lors de son passage en Egypte à Ceramica ou à Al Masry, avant de rater sur toute la ligne son furtif retour à l’EST en 2023 avec une finale de coupe perdue contre l’OB et un limogeage au début de l’exercice 23-24.
Au Maroc, il a fait de gros progrès profitant du statut de Berkane et des moyens disponibles. Néanmoins, Mouine Chaâbani n’a aucune expérience des sélections (Le travail, l’approche et les méthodes de travail ne sont pas les mêmes). En plus, il est lié par un contrat à Berkane avec une importante clause de résiliation. Le club marocain va-t-il accepter de laisser partir un technicien qui croit en lui ? Les discussions avancent bien en tout cas.
Chaâbani veut tenter l’expérience même s’il n’a pas déjà vécu un passage pareil au passé.
Il a donné un accord de principe, alors que les dirigeants marocains se sont montrés plus souples ces dernières heures en acceptant de réduire de moitié le montant de la clause de résiliation. La FTF devra donc payer un montant qui reste conséquent pour s’offrir les services de Mouine Chaâbani.
En même temps, d’autres noms tunisiens ou étrangers sont disponibles et ne coûtent pas si cher. Mais il semble fort que le bureau fédéral et le ministre des Sports le veulent à tout prix.



