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Coupure d’électricité continue : Quand l’été n’apporte plus la lumière

  • 16 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Coupure d’électricité continue : Quand l’été n’apporte plus la lumière

​En Tunisie, l’été a longtemps été synonyme de jasmin, de brise marine et de retrouvailles familiales. Aujourd’hui, pour des millions d’entre nous, il résonne avec un mot qui fait peur  (la coupure).

​Quand le thermomètre affiche 45⁰ à l’ombre, l’électricité n’est plus un confort. C’est une question de survie. Derrière chaque coupure soudaine, il y a un grand-père dont le concentrateur d’oxygène s’arrête brusquement, un bébé qui étouffe de chaleur dans un appartement sans air, un petit commerçant qui voit son stock de l’année pourrir en quelques heures, et des familles entières plongées dans une obscurité angoissante.

​Nous dire qu’il faut couper le courant pour éviter le pire — le fameux effondrement total du réseau (black-out) — est devenu une excuse usée. Ce n’est pas la météo qui nous trahit ; c’est le manque de courage politique et d’anticipation.

​Le grand paradoxe : un pays de soleil qui manque de lumière

​Il y a quelque chose d’incompréhensible, presque de tragique, dans notre situation.  Premièrement, le soleil nous brûle, mais ne nous éclaire pas. La Tunisie bénéficie de plus de 300 jours de soleil par an. Pourtant, nous produisons plus de 95% de notre électricité avec du gaz importé, payé au prix fort en devises. Notre dépendance nous coûte des milliards de dollars chaque année, alors que la solution brille juste au-dessus de nos têtes.

Deuxièmement, des projets piégés dans la paperasse. L’argent n’est pas toujours le problème. Des millions de dollars de financements internationaux (comme l’aide de la Banque mondiale) dorment dans des tiroirs ou avancent à pas de tortue, bloqués par une bureaucratie administrative d’un autre âge. Des projets de parcs solaires dans le Sud sont prêts, mais attendent désespérément d’être raccordés à un réseau national trop vieux pour les supporter.

Troisièmement, l’illusion de la modernité. On encourage les citoyens à acheter des voitures ou des motos électriques avec des avantages fiscaux. Mais comment peut-on imaginer brancher des milliers de véhicules sur un réseau électrique qui n’arrive même pas à faire fonctionner un ventilateur dans un dispensaire de région ? C’est décorer la façade d’une maison dont les fondations s’écroulent.

​Ces pays  dont on devrait s’inspirer

​D’autres pays, confrontés à des crises tout aussi graves, ont refusé la fatalité. Elles ont écouté l’urgence et libéré les énergies de leurs citoyens. A titre d’exemple, la Jordanie. Ce pays, après avoir perdu sa principale source de gaz importé en 2012,  a frôlé la paralysie. Plutôt que de subir, l’Etat a pris une décision simple : permettre à n’importe quel citoyen, entreprise ou usine de produire son propre courant solaire et de revendre le surplus au réseau national. Aujourd’hui, plus d’un quart de l’électricité jordanienne vient du soleil et du vent. Les coupures d’été ne sont plus qu’un mauvais  souvenir.

Un autre pays qui  a proposé un  bon sens  à son peuple. Face à une pénurie d’électricité majeure en 2019, le gouvernement vietnamien a proposé à sa population : « Installez des panneaux solaires sur vos toits, et nous vous rachèterons chaque kilowatt à un prix très avantageux. » En à peine deux ans, des millions de toits se sont couverts de bleu. Le pays a produit l’équivalent de trois fois la capacité électrique totale de la Tunisie, sans dépenser un centime d’argent public dans de grandes centrales.

​Et si  l’été tunisien redevenait une fête ?

​Pour redonner de la dignité aux Tunisiens et sécuriser nos foyers, deux étapes sont indispensables : Primo, il faut immédiatement  protéger les vies humaines. La Steg doit cesser les coupures surprises. Nous avons besoin d’un calendrier de délestage transparent, quartier par quartier, pour que les familles puissent s’organiser, mettre les malades à l’abri et protéger leurs appareils.

Il faut aussi , durant les heures les plus chaudes, que les grandes industries et les centres commerciaux doivent basculer sur leurs propres générateurs pour soulager le réseau des citoyens.

Secundo, il faut rendre le pouvoir solaire aux Tunisiens, et ce, par le fait de briser les monopoles administratifs . Dans ce cas, il faut simplifier  l’installation des panneaux solaires pour les particuliers. Un Tunisien qui veut produire son électricité ne devrait pas avoir à remplir des dizaines de formulaires pendant des mois.

En outre,  l’Etat doit s’allier aux banques pour proposer des financements sans aucun intérêt (0%) aux foyers de la classe moyenne pour s’équiper en kits solaires avec batteries de secours. Si chaque quartier compte 15 ou 20% de maisons autonomes, la pression sur le réseau national disparaîtra.

​On ne peut pas demander à un peuple de supporter l’insupportable année après année en lui répétant que « c’est la faute à la canicule ». La chaleur est une réalité due au changement climatique, mais l’obscurité est un choix politique.

​La Tunisie a la chance d’avoir un ciel généreux, des ingénieurs brillants et un peuple courageux qui ne demande qu’à vivre dignement. Il est temps de lever les verrous, d’ouvrir les fenêtres et de laisser enfin entrer la lumière.

Auteur

Lilia ELLOUZE

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