Étude : Les mathématiques au cœur du développement de la Tunisie
Dire que les mathématiques constituent le cœur battant du développement économique à l’heure où l’intelligence artificielle envahit la quasi-totalité de l’activité humaine n’est certainement pas un scoop en soi.
Se poser, en revanche, la question sur les vraies raisons du recul de la section Mathématiques dans l’enseignement et, partant, dans les domaines économiques vaut la réflexion, surtout dans un pays qui a constamment investi dans ses ressources humaines, les considérant comme la principale ressource du développement, faute de ressources naturelles conséquentes.
La Presse — La problématique a été décortiquée, jeudi, à l’Institut arabe des chefs d’entreprise, à la lumière des résultats d’une étude intitulée : «Les mathématiques au cœur du développement de la Tunisie : diagnostic, enjeux et stratégie de réforme», en présence d’éminentes personnalités à l’image de Mongi Safra, Fethi Sellaouti et Majdi Hassan. Et la coupure électrique, deux heures durant, n’a pas empêché un débat de qualité…
L’idée de base ayant servi d’axe de réflexion considérait que les mathématiques ne relèvent pas uniquement du domaine de l’éducation en tant que matière scientifique parmi d’autres, mais plutôt d’une assise horizontale indispensable dans la formation des ressources humaines qui vont conduire le développement économique, tous secteurs confondus.
L’étude tire la sonnette d’alarme face à une perte d’attractivité de la filière mathématiques dans l’enseignement, annonciateur d’ores et déjà de décélération de la croissance, puisque, constate-t-on, faute de suffisamment de matheux, le pays pourrait connaître une pénurie d’ingénieurs pour mettre en œuvre les objectifs de développement et de croissance.
Les chiffres révélés à cette occasion montrent que la proportion de bacheliers de la section mathématiques a reculé de 18% entre 2001 et 2005 pour s’établir à 6% entre 2021 et 2025, alors que la branche Economie et gestion a vu sa proportion augmenter de 20 à 33% sur la même période.
Pourtant, l’économie est en grande partie portée par le calcul et les maths. Les chiffres montrent aussi des disparités dans l’enseignement des mathématiques entre les régions côtières et intérieures. Certains lycées, en l’absence de prof de maths, confient l’enseignement de cette matière à des suppléants, des profils informatiques, voire littéraires!
Et le débat de s’étaler sur les raisons d’une sorte de «migration» des élèves vers la branche économique au détriment des maths, dont la formation et le rôle de l’enseignant dans l’encouragement ou le repli volontaire des élèves face aux problèmes mathématiques. Mais pas uniquement le professeur. L’on a considéré aussi que les manuels scolaires, le système éducatif tel qu’il est conçu actuellement, les cours particuliers et les élèves eux-mêmes, certains dangereusement plus déconcentrés que par le passé et bien d’autres facteurs, ont abouti à la situation actuelle.
Il y a également des disparités sociales et régionales, faisant en sorte que les talents potentiels n’arrivent pas tous à bout de leurs ambitions et les meilleurs parmi ceux qui arrivent sont captés par des écosystèmes étrangers, hélas plus compétitifs.
L’étude, sur la base des comparaisons avec d’autres pays qui excellent économiquement et mathématiquement, a suggéré une série de recommandations pour redresser la situation, sachant bien qu’il ne s’agit pas d’une mince affaire.
Il s’agit, entre autres, d’augmenter la compétence scientifique et pédagogique de l’enseignant de mathématiques, afin de garantir un enseignement exemplaire pour un maximum d’élèves. Il s’agit aussi de remédier au problème d’équité d’accès à un enseignement de mathématiques de qualité, car il s’est avéré que certains lycées ou régions intérieures ne disposent pas d’une section mathématiques au niveau de l’enseignement secondaire, privant ainsi des talents potentiels d’évoluer dans ce domaine.
Créer un système d’élite dans chaque lycée, encourager les associations et les concours de maths, prévoir des points de soutien pour les élèves considérés comme « moyens », moderniser les programmes, sont également des pistes de progrès permettant d’améliorer l’offre mathématique sur l’ensemble du territoire.
Tout un programme pour toute une génération…



