Croissance en hausse, inflation maîtrisée, endettement extérieur en baisse et progression des IDE: le rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Tunisie met en évidence une amélioration de plusieurs indicateurs clés, illustrant la résilience de l’économie nationale malgré un contexte international toujours incertain.
La Presse — La Banque centrale de Tunisie (BCT) vient de publier son rapport annuel 2025, dans lequel l’accent est particulièrement mis sur la résilience dont continue de faire preuve l’économie tunisienne. Si plusieurs indicateurs sont au vert, notamment la hausse de la croissance économique, la baisse du taux d’endettement extérieur à long terme, l’amélioration des flux d’investissements directs étrangers (IDE) ainsi que la maîtrise de l’inflation et témoignent des progrès accomplis, le gouverneur de la BCT n’a pas manqué de rappeler les défis qui persistent, au premier rang desquels figure le déficit énergétique chronique, qui continue d’accentuer les pressions sur les équilibres extérieurs.
Une croissance en hausse
« Au niveau national, malgré la persistance des tensions affectant les équilibres financiers et macroéconomiques, l’économie tunisienne a continué de faire preuve d’une résilience notable face aux multiples chocs auxquels elle a été confrontée », a affirmé le gouverneur de la BCT, Fethi Zouhaier Nouri, dans son mot d’introduction au rapport.
En effet, avec une croissance portée à 2,5% contre 1,6 % en 2024, l’activité économique a poursuivi son redressement en 2025, et ce, malgré un environnement mondial toujours contraignant, marqué par une montée des incertitudes économiques et géopolitiques ainsi que par une forte volatilité financière.
Cette croissance a été principalement tirée par les bonnes performances du secteur agricole, le dynamisme des services marchands, en particulier le tourisme, ainsi que par l’amélioration de certaines activités industrielles. Une évolution favorable qui s’est traduite, selon le gouverneur de la BCT, par une détente progressive du marché du travail, le taux de chômage ayant reculé à 15,2 %, contre 16,5% l’année précédente.
Une inflation maîtrisée
La décélération de l’inflation, qui est revenue à 5,3 % en moyenne annuelle, son niveau le plus faible depuis 2017, après avoir atteint 7 % en 2024, constitue également l’un des principaux acquis de l’année, contribuant au renforcement de la stabilité macroéconomique.
Le rapport explique que l’atténuation des tensions inflationnistes résulte non seulement des effets du resserrement monétaire mené au cours des dernières années, mais aussi du repli des prix internationaux des produits de base et de l’amélioration de l’offre intérieure, portée par une campagne agricole favorable grâce à des conditions climatiques propices.
Cette évolution a permis à la BCT d’amorcer un assouplissement graduel de sa politique monétaire à travers deux réductions successives de son taux directeur de 50 points de base chacune, en mars puis en décembre 2025, le ramenant à 7 %, marquant ainsi la fin d’un cycle de relèvement des taux engagé depuis 2022. «Cette orientation vise à soutenir l’activité économique tout en préservant l’objectif fondamental de stabilité des prix », a souligné le gouverneur de la BCT.
Renforcement des fondamentaux
Il a ajouté que, pareillement, sur le plan extérieur, les fondamentaux de l’économie tunisienne ont continué de faire preuve d’une résilience remarquable malgré un environnement international complexe. Si le déficit courant s’est creusé, passant de 1,6 % du PIB en 2024 à 2,3 % en 2025 — une évolution principalement imputable à la hausse de 15,2 % du déficit commercial (FOB-CAF), sous l’effet de la persistance du déficit énergétique structurel, qui représente plus de la moitié du déficit commercial total —, la consolidation des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger a largement permis d’en atténuer les effets.
Malgré un contexte mondial marqué par de fortes incertitudes, la hausse de 30 % des flux d’IDE traduit, quant à elle, le maintien de la confiance des investisseurs dans les perspectives de l’économie tunisienne. S’agissant des financements extérieurs, la mobilisation d’emprunts s’est limitée à moins de 4 milliards de dinars en 2025, tandis que les remboursements au titre du principal de la dette extérieure à long terme sont demeurés importants, atteignant 10,4 milliards de dinars, bien qu’en retrait par rapport à leur niveau de 2024.
Cette dynamique a permis, selon le rapport, d’alléger sensiblement le poids de la dette extérieure. Le taux d’endettement extérieur à long terme a ainsi été ramené à 39,5 % du PIB à la fin de 2025, contre 47,5 % un an auparavant. Par ailleurs, les avoirs nets en devises ont continué d’assurer une couverture confortable des importations, s’établissant à 25,1 milliards de dinars à la fin de l’année, soit l’équivalent de 106 jours d’importation.
Des défis qui subsistent
Toujours concernant les équilibres macroéconomiques, le rapport met en avant les avancées significatives enregistrées en matière d’assainissement des finances publiques. Le déficit budgétaire a ainsi reculé à 5,2 % du PIB, contre 6,3 % un an auparavant, tandis que le taux d’endettement public a diminué de 2,8 points de pourcentage pour s’établir à 82,1 % du PIB.
« Dans l’ensemble, ces performances reflètent les efforts continus de préservation des équilibres fondamentaux et traduisent la capacité d’adaptation de l’économie tunisienne face à un environnement international parmi les plus incertains des dernières décennies. Pour autant, nous devons rester lucides : les progrès accomplis ne sauraient occulter les défis qui subsistent», a averti Fethi Zouhaier Nouri.
Le gouverneur a rappelé que le déficit énergétique continue de constituer l’une des principales sources de vulnérabilité extérieure. Le recul de la production nationale d’hydrocarbures, conjugué à l’essoufflement des découvertes et au ralentissement des activités d’exploration, a progressivement renforcé la dépendance du pays aux approvisionnements extérieurs, accentuant les pressions sur les équilibres extérieurs.
Dans ce contexte, a-t-il indiqué, la dépendance énergétique, l’insuffisance de l’investissement productif ainsi que les mutations profondes et accélérées de l’environnement international soulignent l’urgence de renforcer la capacité d’adaptation du tissu productif national et d’accélérer la transition énergétique.



