Canicule : La Tunisie anticipe le défi énergétique
Aujourd’hui, portée par la vision stratégique du Chef de l’État, une volonté ferme émerge pour engager la refonte globale de notre secteur énergétique et redonner au service public sa pleine efficacité. Cette ambition de moderniser nos infrastructures ne répond pas seulement à des impératifs techniques, mais elle doit se traduire, dès le court terme, par une priorité absolue consistant à sanctuariser la dignité des foyers tunisiens en sécurisant leur accès au quotidien à l’électricité.
LA PRESSE — À plus long terme, la transition écologique de la Tunisie passera par des actions concrètes et de bon sens. L’allègement des lourdeurs administratives et la création de mécanismes incitatifs, à l’image de crédits à taux zéro pour aider les ménages à s’équiper en énergies propres, permettront d’ancrer durablement le pays dans cette nouvelle ère.
Les délestages et les nuits sans lumière ne relèvent d’aucune fatalité climatique qui nous condamnerait à l’impuissance. Il s’agit d’un défi structurel que l’État a résolument entrepris de relever. En conjuguant le savoir-faire de nos ingénieurs à cette volonté politique affirmée, la Tunisie dispose de tous les atouts pour franchir les derniers obstacles qui subsistent. Le moment est venu de faire entrer, une fois pour toutes, notre pays dans l’ère de la souveraineté énergétique.
La Tunisie concrétise une stratégie solaire engagée dès 2021
En misant très tôt sur le photovoltaïque plutôt que d’attendre l’aggravation de la facture énergétique, le Président Kaïs Saïed aura fait un pari qui commence aujourd’hui à porter ses fruits. Il s’agit d’une Tunisie qui produit sa propre lumière avant que l’obscurité ne s’impose.
A ce titre, on rappelle que cinq nouvelles lois relatives à des centrales photovoltaïques à Sidi Bouzid et à Gafsa viennent d’être promulguées. Derrière cette ratification, une stratégie assumée depuis plusieurs années par le Chef de l’État. Une ferme volonté de faire du soleil tunisien l’arme absolue contre la dépendance énergétique, avant que la facture des hydrocarbures ne devienne intenable.
Le Journal officiel de la République tunisienne, daté du vendredi 15 mai 2026, l’a confirmé noir sur blanc. Le Président Kaïs Saïed a ratifié cinq lois relatives à des projets de centrales photovoltaïques dans les gouvernorats de Sidi Bouzid et de Gafsa. Un acte administratif, en apparence, mais qui vient en réalité couronner une vision présidentielle patiemment construite depuis le Conseil des ministres du 2 décembre 2021, lorsque cinq projets d’une capacité cumulée de 500 MW avaient été lancés.
Les textes promulgués valident des conventions de concession et des contrats de location de terrains conclus entre l’État tunisien et des groupes internationaux de premier plan : Qair International, pour les centrales d’El Khobna et d’El Ksar, le norvégien Scatec ASA pour Mezzouna, et Voltalia pour Segdoud. Autant de projets adoptés par l’Assemblée des représentants du peuple le 28 avril 2026, puis par le Conseil national des régions et des districts le 13 mai, pour des investissements dépassant 1,6 milliard de dinars.
Il faut bien préciser que rien, dans cette accélération, n’est le fruit du hasard. Le Président y pensait déjà bien avant que la guerre et la crise énergétique mondiale ne viennent rappeler à tous les pays qui importent leur énergie à quel point ils sont vulnérables. En misant tôt sur le soleil tunisien, qui offre plus de 3.000 heures d’ensoleillement par an en moyenne et jusqu’à 3.400 heures dans le golfe de Gabès selon l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie, il a fait un choix simple qui consiste à bâtir notre indépendance énergétique sur une richesse que nous avons sous la main, plutôt que de continuer à dépendre d’importations chères et incertaines.
Le terrain confirme cette anticipation. La centrale de Metbasta, près de Kairouan, d’une puissance de 100 MW, a été inaugurée en décembre 2025 et alimente déjà environ 43.000 foyers. Le 21 avril dernier, une nouvelle centrale de 50 MW a été inagurée à El Khobna, marquant le passage à l’exécution de la première tranche d’un programme national de 500 MW réparti sur cinq gouvernorats, pour 135 millions de dinars investis. Cette seule installation devrait faire économiser à la Steg environ 8 millions de dollars en coûts d’exploitation et réduire les importations de gaz naturel de 13 millions de dollars par an.
Le pari de l’anticipation
La promulgation de mai 2026 marque ainsi une nouvelle étape dans la mise en œuvre du programme, dont les autorités ont fait un axe prioritaire de leur politique énergétique. Les autorités ont choisi de maintenir le cap, convaincues que le coût de l’inaction énergétique serait, à terme, bien plus élevé que celui de l’investissement engagé aujourd’hui.
Car l’objectif dépasse largement les seuls projets déjà ratifiés. Le programme national vise 1.700 MW d’énergies renouvelables d’ici à 2027, avec des économies annuelles estimées à 200 millions de dollars, et une part des renouvelables portée à 35 % de la production électrique d’ici à 2030. À cette ambition solaire s’ajoute le projet Elmed, au câble sous-marin de 220 km entre le Cap Bon et la Sicile, qui doit connecter d’ici à 2030 les réseaux électriques tunisien et européen et transformer la Tunisie en exportatrice d’électricité propre.
Le pari de l’anticipation est en passe d’être gagné. Des décrets de 2021 aux chantiers concrets de 2026, la Tunisie a choisi son camp, celui de l’audace contre la fatalité. Alors que le réseau se prépare à se connecter à l’Europe (projet Elmed) , le message envoyé au reste du monde est limpide. La Tunisie ne cherche plus sa place dans la transition écologique mondiale, mais elle est en train de la sécuriser, par sa propre lumière et pour sa propre souveraineté.
Les défis auxquels est confrontée la Tunisie ne lui sont d’ailleurs pas propres. Partout dans le monde, les réseaux électriques sont mis à rude épreuve par la multiplication des épisodes de chaleur extrême. En France, ces derniers jours, la canicule a entraîné la surchauffe de transformateurs et de câbles, privant près de 50 000 foyers d’électricité, rapportent des médias français. Selon plusieurs études européennes, les coupures d’électricité demeurent une réalité dans de nombreux pays.
Plus qu’une exception tunisienne, la sécurisation de l’approvisionnement électrique est devenue un enjeu mondial. La différence se fera désormais dans la capacité des États à anticiper, investir et accélérer leur transition énergétique pour garantir, demain, une électricité plus résiliente et plus souveraine.



