Editorial

Gestion de l’eau : l’exigence de la coresponsabilité

Avatar photo
  • 20 juillet 2026
  • 3 min de lecture
Gestion de l’eau : l’exigence de la coresponsabilité

Chaque été, le même scénario, ou presque, se répète avec une régularité décourageante et consternante. À la moindre montée du mercure, la distribution de l’eau connaît ses premières perturbations, et les robinets se font capricieux, au grand dam de citoyens éprouvés au quotidien. L’été 2026 ne fait pas exception à la règle. 

Cette situation n’est pas propre à la Tunisie, mais elle est vécue surtout dans les pays de la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) qui est la zone la plus touchée par le stress hydrique dans le monde. Il  serait donc injuste de prétendre que rien ne bouge en Tunisie.  

Les efforts consentis par l’État et les chantiers engagés commencent à porter leurs fruits, même si le chemin vers la sécurité hydrique reste encore long. Ce rendez-vous estival, année après année, nous rappelle l’urgence de poursuivre un travail de fond pour tourner définitivement  la page des tensions hydriques.

Poussées à bout par la canicule de juin 2026, les infrastructures hydrauliques tunisiennes ont enregistré un pic de 423 incidents, illustrant l’urgence cruciale de moderniser le réseau public, selon l’Observatoire tunisien de l’eau.

Face à cette crise structurelle, la riposte s’organise à travers des projets d’envergure menés depuis plusieurs années, dont l’accélération du dessalement, le pari sur les eaux usées recyclées via la « Stratégie Eau 2050 », le remplacement périodique des conduites obsolètes et les projets de transfert interrégionaux visant à ce que l’eau du Nord vienne enfin soulager le Sud et l’intérieur du pays. 

C’est dans cette dynamique que s’inscrit d’ailleurs l’inauguration, le 18 juin dernier, de la station de dessalement de Sfax, fruit d’un partenariat tuniso-japonais. Avec sa capacité initiale de 100 000 m³/jour, extensible à 250 000 m³, cette infrastructure classée, comme la plus grande du pays, doit sécuriser durablement l’approvisionnement d’une région stratégique.

Mais, comme le veut l’adage, le diable se cache dans les détails. En arrière-plan de ces avancées réelles, subsistent ces travers bien connus que l’on résume sous l’expression de mentalité du «beylik». Un mélange d’irresponsabilité, de gaspillage, voire de corruption, envers les biens publics, qui vient constamment fragiliser l’action de l’État.

C’est précisément pour s’attaquer à ces dysfonctionnements que le Président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu samedi dernier au complexe hydraulique de Ghdir El Golla relevant de la Sonede. L’inspection des installations a mis au jour de graves défaillances, notamment dans la coordination entre la station centrale et les districts régionaux. 

Exigeant des correctifs immédiats, le Chef de l’État a fermement rappelé que toute négligence avérée dans l’exercice des responsabilités donnerait lieu à des comptes à rendre. Dans la foulée, sa visite à Kantarat Bizerte (Kalâat el-Andalous) pour inspecter les travaux de protection contre les crues de l’oued Medjerda, a réaffirmé une priorité nationale. Il s’agit de trouver des solutions concrètes pour ne plus laisser filer la moindre goutte d’eau pluviale.

Loin d’être une simple fatalité climatique, la crise de l’eau relève d’une double responsabilité. Celle d’une gestion publique plus rigoureuse et celle d’un engagement citoyen au quotidien pour préserver cette ressource vitale.

Avatar photo
Auteur

Samir DRIDI

You cannot copy content of this page