Et maintenant, que peut faire le ministère des Affaires culturelles ? L’abandon du biopic hollywoodien consacré à Hannibal, porté par Denzel Washington, relance la question d’un hommage tunisien à cette figure historique majeure, alors que le projet américain vient officiellement d’être enterré.
Le film censé faire revivre le vainqueur de Cannes sur grand écran, avec Denzel Washington dans la peau du stratège carthaginois, ne verra finalement pas le jour. Après plus de trois années d’attente, le biopic consacré à Hannibal vient d’être abandonné.
C’est le chef opérateur Robert Richardson qui a levé le voile sur cette annulation auprès de médias américains. Il confie avoir consacré une dizaine de semaines à ce tournage avant que tout ne s’arrête net, la phase de préproduction ayant été interrompue sans préavis.
En cause : une enveloppe budgétaire devenue incontrôlable, estimée à 200 millions de dollars, jugée trop lourde pour permettre au film de poursuivre son développement.
Le projet portait la signature d’Antoine Fuqua, cinéaste également derrière le récent long-métrage consacré à Michael Jackson, actuellement à l’affiche des salles obscures. Le scénario, lui, avait été confié à John Logan, plume reconnue pour son travail sur Gladiator, Aviator, et déjà sur le biopic dédié au roi de la pop.
L’Italie devait accueillir les caméras cet été : l’équipe technique s’y était déjà rendue pour repérer les décors. L’ambition du long-métrage était de mettre en lumière les campagnes militaires menées par le général carthaginois contre Rome, durant la deuxième guerre punique, conflit qui s’est étendu de 218 à 201 avant notre ère.
Un dossier suivi de près depuis Tunis
L’affaire n’était pas passée inaperçue dans le paysage culturel et politique national, où Hannibal demeure une figure historique majeure. Dès décembre 2023, l’annonce d’un projet porté par Netflix autour du général carthaginois avait poussé le ministère des Affaires culturelles à réagir.
Le département ministériel avait alors pris l’attache de la plateforme américaine afin qu’une partie des scènes soit tournée sur le sol tunisien. C’est ce qu’avait révélé la ministre des Affaires culturelles, Hayet Guettat Guermazi, lors de son audition devant l’Assemblée des représentants du peuple consacrée au budget 2024 de son ministère.
Le sujet avait par ailleurs suscité des interrogations parlementaires : le député Yassine Mami avait alors dénoncé l’absence d’informations transmises par les autorités tunisiennes sur ce tournage, appelant à la vigilance face à un possible risque de distorsion des faits historiques.
Plus largement, l’annonce de ce projet avait divisé l’opinion publique. Une partie de la société civile y voyait un hommage légitime rendu à une figure historique nationale, quand d’autres critiquaient le choix de Denzel Washington pour incarner Hannibal. Un point de convergence subsistait toutefois entre ces positions : la crainte partagée d’une entorse à la vérité historique.
Avec l’abandon désormais confirmé du projet américain, reste à savoir si le ministère des Affaires culturelles saisira l’occasion pour porter lui-même une initiative destinée à honorer la mémoire d’Hannibal, considéré par beaucoup en Tunisie comme un enfant du pays.



