Forum de l’ONU : La Tunisie prône la souveraineté économique face au dogme financier mondial
Au Forum de l’ONU, le ministre de l’Économie et de la Planification a porté la vision souverainiste du Président Kaïs Saïed. Tout en présentant le bilan national des Objectifs de développement durable (ODD), il a appelé à une réforme du système financier mondial et à l’allègement de la dette, rejetant tout diktat extérieur.
La Presse —Mandaté par le Président de la République, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a conduit la délégation tunisienne aux travaux du Forum politique de haut niveau sur le développement durable, tenu du 13 au 15 juillet 2026 au siège des Nations unies à New York.
Cette session internationale intervient dans un climat de scepticisme généralisé. En 2015, 193 pays s’étaient donné rendez-vous en 2030 avec en point de mire l’éradication de la pauvreté, la préservation de la planète et une prospérité partagée à travers 17 ODD. Dix ans après, le constat est sans détour. En effet, sur les 139 cibles mesurables, un tiers à peine progresse à un rythme satisfaisant. Les chiffres sont alarmants. Une personne sur dix vit toujours dans l’extrême pauvreté et un quart de l’humanité n’a pas d’eau potable. Ce surplace n’est pas faute d’ambition, mais d’argent. Le dernier rapport de l’ONU pointe un trou de financement estimé à 4 000 milliards de dollars par an pour tenir les engagements de 2030, plombé par une aide au développement en chute historique et le poids de la dette sur les pays du Sud.
Quatre priorités pour une finance mondiale plus équitable
C’est précisément face à cette impasse financière globale que le ministre tunisien a relayé à la tribune un plaidoyer fort, articulé autour de quatre priorités majeures. La première concerne la refonte du système financier mondial pour le rendre plus équitable. Le deuxième volet vise le renforcement des mécanismes de financement pour les ODD. Pour soutenir la résilience des économies fragiles, Tunis préconise en troisième lieu d’accroître la mise à disposition de liquidités face aux crises. Enfin, le quatrième axe appelle à des solutions concrètes pour restructurer ou alléger la dette souveraine des États les plus vulnérables.
Sur le plan local, cette dynamique s’appuie sur des réalisations concrètes. Samir Abdelhafidh a ainsi exposé le troisième rapport volontaire national de la Tunisie (2026). Ce document dresse le bilan des progrès réalisés par le pays dans le cadre de l’Agenda 2030, ciblant particulièrement l’eau et l’assainissement, la transition énergétique, l’industrie, les infrastructures durables et les partenariats. Soit les cinq ODD prioritaires de cette session de l’ONU. À cette occasion, le ministre a réaffirmé que l’atteinte de ces objectifs exigeait une coopération internationale sincère, traduisant enfin les promesses internationales en actes.
Une doctrine souverainiste assumée depuis Carthage
Cette offensive diplomatique prolonge directement la doctrine défendue par Kaïs Saïed depuis son élection. Le Chef de l’État dénonce régulièrement un ordre financier international injuste envers les pays du Sud, hérité d’anciens rapports de force. Cette vision s’accompagne d’une méfiance Aassumée envers les conditions structurelles dictées par les bailleurs de fonds, notamment le FMI. Refusant de céder à des exigences extérieures contraires à la souveraineté nationale et à la justice sociale, le Chef de l’Etat privilégie des mécanismes d’aide sans conditionnalités, allant jusqu’à qualifier certaines dettes d’«illégitimes» méritant un réexamen plutôt qu’un remboursement aveugle.
Malgré cette fermeté souverainiste, notre pays ne s’isole pas, mais continue de fédérer ses partenaires historiques autour de ses propres choix. Le Pnud a d’ailleurs réaffirmé son engagement à soutenir la Tunisie dans la mise en œuvre de ses priorités. L’organisme onusien s’est engagé à mobiliser les ressources nécessaires pour accompagner les réformes et les projets inscrits dans le Plan de développement 2026-2030, récemment adopté par l’Assemblée des représentants du peuple.
En portant ce message à New York, le ministre de l’Économie a ainsi transposé sur l’échiquier mondial un combat de politique interne. Tunis défend une coopération internationale plus équilibrée, permettant aux États de décider souverainement de leurs politiques publiques sans avoir à appliquer les recettes toutes faites imposées par leurs créanciers. À l’heure où le système financier mondial montre ses limites, l’appel de la Tunisie à repenser le financement du développement apparaît désormais comme la planche de salut.



