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Cap Bon : dans l’enfer de la canicule, des habitants privés d’électricité, d’eau et de sommeil

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  • 22 juillet 2026
  • 8 min de lecture
Cap Bon : dans l’enfer de la canicule, des habitants privés d’électricité, d’eau et de sommeil

Alors que la Tunisie traverse l’une des vagues de chaleur les plus intenses de ces dernières années, plusieurs localités du Cap Bon vivent depuis plusieurs jours une situation devenue difficilement supportable. À Tazarka, Haouaria, Dar Allouch ou encore dans plusieurs autres zones du gouvernorat de Nabeul, les habitants dénoncent des coupures répétées d’électricité et d’eau, parfois pendant plusieurs heures consécutives, plongeant des quartiers entiers dans une situation de quasi-black-out.

Sur le papier, les communiqués annoncent des coupures programmées destinées à préserver l’équilibre du réseau électrique national. Dans les faits, racontent les habitants, la réalité est tout autre : des interruptions longues, répétées, qui surviennent souvent au moment où les températures dépassent les 45 °C, voire atteignent localement des niveaux extrêmes.

À Tazarka, une ville côtière du Cap Bon, plusieurs habitants décrivent une situation qui dure depuis près d’une semaine. La ville semble fonctionner à deux vitesses : une petite partie du territoire, représentant à peine une fraction de la superficie urbaine, bénéficierait d’un approvisionnement relativement normal, tandis que la majorité des quartiers subissent des coupures quotidiennes.

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des habitants, certaines journées sont marquées par trois coupures successives pouvant atteindre près de cinq heures chacune.

Mais le problème ne s’arrête pas à l’électricité. L’interruption de l’eau potable vient aggraver une situation déjà éprouvante. Des habitants affirment rester parfois privés d’eau pendant deux jours ou davantage. Lorsque l’approvisionnement revient, il ne dure que quelques heures, souvent tôt le matin, avant une nouvelle interruption.

“Nous sommes coupés du monde”

Pour beaucoup d’habitants, la panne électrique n’est plus seulement un désagrément : elle bouleverse totalement le quotidien.

“Nous pouvons passer plus de six heures, voire dix heures, sans électricité et sans eau. Les téléphones finissent par s’éteindre, les appareils ne fonctionnent plus et nous sommes complètement coupés du monde”, témoigne Fatma.

Elle raconte une journée particulièrement difficile : “Hier mardi 21 juillet 2026, nous avons été privés d’électricité de midi jusqu’à 3 heures du matin. Vers 17 heures, mon téléphone s’est éteint faute de batterie. Je me suis couchée vers 4 heures du matin et, à mon réveil, j’ai découvert les incendies qui avaient touché plusieurs régions du pays. Des dizaines d’appels et de messages professionnels. Une journée entière m’a échappé à cause de cette coupure”.

Son interrogation résume le sentiment de nombreux habitants : “Quelle vie sommes-nous en train de vivre ? Que devient notre quotidien ? Aujourd’hui, nous suffoquons, au sens propre du terme”.

Des produits jetés, des médicaments introuvables

Les conséquences matérielles sont également lourdes. Une habitante raconte avoir dû jeter l’ensemble du contenu de son réfrigérateur après trois jours d’absence : “J’ai jeté le lait, le fromage, le beurre, les légumes, les fruits, les plats préparés, les œufs, les médicaments et même les produits congelés. Je n’avais pas le choix. Je ne pouvais pas prendre le risque de les consommer après une longue coupure”.

Mais au-delà des pertes alimentaires, l’inquiétude concerne aussi les besoins essentiels. “Même un sirop contre la fièvre pour mes enfants, je ne l’avais plus. Je ne pouvais pas l’acheter, car les pharmacies étaient elles aussi confrontées au même problème avec les coupures”, ajoute-t-elle.

“Pas d’eau, pas d’électricité, pas de paine”

Pour Maha, mère de trois enfants, ces journées resteront gravées comme une période d’angoisse. “Avec ces températures, il est impossible de dormir sans climatisation. On cherche un endroit où respirer, mais il n’y en a pas. Toute la famille suffoque”.

La canicule transforme ainsi chaque coupure en véritable épreuve physique, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies respiratoires.

Pour Ali, un habitant de Tazarka, la crise dépasse désormais le cadre domestique. “Je ne vais pas raconter de longues histoires. Aujourd’hui, mercredi, aucune boulangerie ne travaille. Il n’y a pas de pain dans toute la ville. Est-ce normal qu’en 2026, les conditions minimales d’une vie digne ne soient pas garanties ?”

Selon lui, plusieurs commerces ont été contraints de fermer : “Les grandes surfaces sont fermées parce que les systèmes sont à l’arrêt. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de pain, pas de farine… Mais qu’est-ce qui se passe ?”

Le tourisme frappé de plein fouet

La crise intervient également au plus mauvais moment pour une région qui vit largement de la saison estivale. À Haouaria, des vacanciers témoignent d’une expérience qu’ils qualifient de “cauchemardesque”.

Insaf, venue passer quatre jours de vacances dans la région, raconte : “J’ai dépensé beaucoup d’argent pour vivre une expérience terrible. Avec des températures qui dépassent les 46 °C, sans électricité, sans climatisation, sans eau… On ne peut même pas sortir tellement il fait chaud. Plusieurs restaurants étaient fermés et les cafés étaient pleins”.

Même sentiment pour Adem, un Tunisien résident à l’étranger venu passer dix jours à Dar Allouch : “J’ai dépensé des milliers de dinars pour rien. C’est l’expérience la plus terrible de ma vie. C’est probablement la dernière fois que je choisis la Tunisie pour mes vacances”.

Des témoignages qui illustrent l’impact direct de la crise sur l’image touristique du Cap Bon, une région qui accueille chaque été des milliers de visiteurs tunisiens et étrangers.

Un décalage entre les annonces et la réalité du terrain

L’une des principales critiques exprimées par les habitants concerne la communication autour des coupures.

Chaque jour, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) publie des alertes annonçant les zones concernées par les interruptions et les horaires prévus. Mais plusieurs citoyens dénoncent un écart important entre ces annonces et ce qu’ils vivent réellement.

À titre d’exemple, des habitants affirment que Tazarka ne figurait même pas dans certaines listes officielles de zones concernées entre hier mardi et aujourd’hui mercredi, alors que la ville connaissait plusieurs heures de coupure. Cette situation alimente un sentiment d’incompréhension et d’abandon.

Une crise qui dépasse la STEG : la question de l’anticipation

Au-delà des coupures elles-mêmes, plusieurs observateurs estiment que cette crise révèle des fragilités structurelles : hausse continue de la demande électrique, effets du changement climatique, retard dans les investissements et nécessité d’accélérer la transition énergétique.

Selon plusieurs analyses, la consommation électrique tunisienne augmente chaque année sous l’effet notamment de la généralisation de la climatisation et de la hausse des températures.

La crise actuelle pose donc une question centrale : la Tunisie dispose-t-elle aujourd’hui des infrastructures capables d’absorber les nouveaux besoins énergétiques ?

Pour certains responsables et experts, l’absence d’une planification suffisamment anticipatrice explique en partie la situation actuelle. Les appels se multiplient pour accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, afin de réduire la pression sur le système électrique national.

“Chaque heure de coupure a un coût”

Au-delà du confort des citoyens, les conséquences économiques sont considérables. Chaque heure sans électricité représente une perte pour les commerçants, les artisans, les agriculteurs, les entreprises et les établissements touristiques.

Dans une région comme le Cap Bon, où l’activité estivale représente une source majeure de revenus, les interruptions prolongées peuvent avoir des conséquences directes sur l’économie locale.

Face à cette situation, les citoyens réclament avant tout une communication plus claire et plus transparente de la part des autorités et des entreprises publiques concernées.

Ils demandent que la STEG et la SONEDE expliquent précisément : les raisons des coupures, les zones réellement concernées, les délais prévus de rétablissement, les mesures d’urgence mises en place et les projets destinés à éviter la répétition d’une telle crise.

Car derrière les chiffres, les communiqués et les programmes de délestage, il y a une réalité humaine : des familles qui passent des nuits blanches sous une chaleur extrême, des commerçants qui perdent leur marchandise, des touristes qui repartent déçus et des citoyens qui demandent simplement de pouvoir vivre dans des conditions normales.

Au Cap Bon comme dans plusieurs régions de Tunisie, la canicule n’est plus seulement une épreuve climatique. Elle est devenue le révélateur d’une crise plus profonde, celle de services essentiels qui peinent à répondre aux besoins d’une population confrontée à des températures exceptionnelles.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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