Alors que les coupures d’électricité entament leur deuxième semaine en Tunisie, le secteur industriel fait face à une situation critique. Intervenant, hier, sur une radio privée, Haythem Bouajila, Président de la Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement (FTTH), a dénoncé le manque de transparence et de coordination concernant la gestion du réseau électrique.
Dans un communiqué officiel publié par la FTTH, Haythem Bouajila souligne que ces interruptions surviennent de manière totalement imprévisible, sans aucun respect des plannings annoncés par la STEG. Cette instabilité permanente rend toute planification de la production quasi impossible. Elle endommage gravement les équipements électroniques sensibles et perturbe l’ensemble des chaînes de fabrication. Les industries à fonctionnement continu, telles que le textile, l’agroalimentaire ou les industries mécaniques, subissent de plein fouet ces dysfonctionnements.
Un pôle économique de 600 000 emplois menacé par la crise énergétique
Le président de la FTTH rappelle que les secteurs industriels exportateurs emploient près de 600 000 personnes et génèrent des dizaines de milliards de dinars en devises. Le textile-habillement, l’automobile, l’aéronautique et l’électronique constituent des piliers essentiels de l’économie tunisienne. La poursuite de cette crise énergétique met directement en péril la pérennité de ces filières stratégiques.
Au quotidien, des milliers de salariés se rendent dans les usines sans pouvoir exécuter leurs tâches. Les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), se trouvent dans l’incapacité d’honorer leurs engagements financiers, d’assurer le versement des salaires ou de régler leurs fournisseurs.
Malgré les démarches entreprises dès le deuxième jour de la crise auprès du ministère de l’Industrie, du ministère de l’Économie, de la TIA et de la FIPA, la situation sur le terrain reste inchangée. Les zones industrielles réparties sur l’ensemble des gouvernorats continuent de subir des coupures prolongées. À titre d’illustration, Haythem Bouajila précise que sa propre usine a accumulé 55 heures d’arrêt en seulement sept jours. Même les installations de panneaux solaires s’avèrent inopérantes lors des délestages, en l’absence de systèmes de stockage d’énergie adaptés.
Un risque majeur pour les exportations et l’attractivité de la Tunisie
Cette instabilité opérationnelle commence à altérer la crédibilité du site industriel tunisien auprès des donneurs d’ordre internationaux. Le non-respect des délais de livraison risque de détruire la confiance bâtie depuis des années, entraînant une annulation des commandes et une baisse nette des investissements directs étrangers.
Pour faire face à cette urgence, la Fédération Tunisienne du Textile et de l’Habillement préconise l’instauration d’un dialogue direct et transparent entre le gouvernement et les acteurs économiques. La FTTH appelle à la mise en place d’une feuille de route claire ainsi qu’au lancement d’une véritable stratégie nationale de transition énergétique. Cette politique doit encourager l’investissement dans les énergies renouvelables et le stockage électrique grâce à des incitations fiscales et des démarches administratives simplifiées.
Cette crise n’est pas un événement isolé, mais le résultat de plusieurs années de sous-investissement et d’un manque de planification dans le secteur de l’énergie. Sans une réaction rapide des autorités, les faillites d’entreprises et les destructions d’emplois risquent de transformer cette impasse économique en une crise sociale majeure.



