Changement climatique : “Ce que nous vivons aujourd’hui pourrait être parmi les années les plus fraîches de l’avenir”, alerte Adel Ben Youssef
La vague de chaleur exceptionnelle qui touche la Tunisie cet été illustre l’accélération du changement climatique à l’échelle mondiale, a affirmé l’universitaire et spécialiste des politiques climatiques Adel Ben Youssef, estimant que les phénomènes extrêmes observés actuellement pourraient devenir plus fréquents et plus intenses dans les prochaines décennies.
Intervenant ce jeudi 23 juillet 2026 sur Express Fm, Adel Ben Youssef a souligné que l’épisode caniculaire actuel se distingue par son intensité et sa durée, tout en précisant qu’il ne concerne pas uniquement la Tunisie, mais l’ensemble du bassin méditerranéen.
L’Espagne connaît actuellement sa troisième vague de chaleur de la saison, tandis que la France vient également de sortir d’un nouvel épisode caniculaire, a-t-il rappelé.
Des phénomènes climatiques extrêmes plus rapides que prévu
Selon le spécialiste, les vagues de chaleur ne sont pas des phénomènes nouveaux, mais leur multiplication et leur régularité sont désormais directement liées aux effets du changement climatique.
“Ce que nous vivons aujourd’hui pourrait être parmi les années les plus fraîches comparé à ce qui nous attend dans les prochaines décennies”, a-t-il averti, soulignant que les experts prévoyaient initialement l’apparition de tels phénomènes vers 2050 ou 2060, alors qu’ils se manifestent déjà avec une intensité inhabituelle.
Il a expliqué cette évolution notamment par des perturbations des courants-jets atmosphériques, qui ont favorisé l’installation d’une dôme de chaleur sur la région méditerranéenne.
Une pression croissante sur le système électrique
Adel Ben Youssef a également évoqué l’impact direct de la hausse des températures sur la consommation énergétique, notamment avec l’utilisation massive des climatiseurs.
Il a indiqué que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) avait anticipé cette augmentation de la demande, mais que les défis restent importants, notamment en matière d’infrastructures.
Selon lui, les difficultés ne concernent pas uniquement la capacité de production électrique, mais également le réseau de transport et de distribution, qui nécessite une modernisation pour pouvoir absorber une demande plus élevée et intégrer davantage d’énergies renouvelables.
Il a expliqué que certaines perturbations peuvent être liées à la saturation des équipements existants, notamment les transformateurs et les réseaux soumis à de fortes charges durant les périodes de pointe.
Les énergies renouvelables freinées par les contraintes financières
L’universitaire a rappelé que les projets de développement de nouvelles capacités de production et de renforcement des énergies renouvelables existent depuis plusieurs années, mais que leur réalisation a été ralentie par des contraintes financières.
Il a notamment cité les conséquences de la pandémie de Covid-19, la guerre russo-ukrainienne et les différentes crises géopolitiques ayant pesé sur les finances publiques à l’échelle mondiale.
Pour Adel Ben Youssef, la réponse au défi climatique ne peut pas reposer uniquement sur les politiques publiques. Il a appelé les citoyens à adopter de nouveaux comportements en matière de consommation énergétique.
Il a également plaidé pour une nouvelle approche de sensibilisation, estimant que les campagnes traditionnelles d’économie d’énergie ne parviennent plus suffisamment à toucher les jeunes générations.
Un mois d’août encore sous surveillance et un automne incertain
L’expert prévoit une baisse progressive des températures au cours des deux prochaines semaines, avant un possible retour d’une vague de chaleur durant le mois d’août.
Il a toutefois mis en garde contre un automne potentiellement difficile, en raison d’un épisode El Niño particulièrement marqué, qu’il considère comme l’un des plus puissants observés depuis environ 150 ans, en raison de l’importante quantité de chaleur stockée dans les océans.
Selon lui, les conséquences du changement climatique représentent désormais un enjeu économique majeur. Des institutions internationales estiment que les pertes liées aux dérèglements climatiques pourraient atteindre 3 à 5 % du PIB, en raison des dégâts causés aux infrastructures, des perturbations économiques et de la baisse de certaines productions.
Retour aux solutions traditionnelles d’adaptation
En conclusion, Adel Ben Youssef a appelé à tirer les enseignements du patrimoine architectural traditionnel, notamment les techniques de construction favorisant la ventilation naturelle et l’adaptation aux fortes chaleurs.
Selon lui, une partie des solutions face aux défis climatiques actuels existe déjà dans les modes de vie anciens, mais doit être repensée et adaptée aux contraintes contemporaines.



