Réseaux sociaux : Un fléau pour les plus jeunes
Ses petits doigts ressemblaient à des grains de pin d’Alep. Ils voltigeaient sur l’écran du portable de sa mère assise à ses côtés dans une rame de métro où tous ceux qui ont eu le courage de monter suaient sang et eau. Le seul qui semblait complètement hors du lieu et du temps, c’était ce gamin qui devait être âgé de six à huit ans. Des perles de sueur roulaient sur ses joues, mais il ne semblait pas s’en rendre compte. Le jeu auquel il s’adonnait l’absorbait complètement.
La Presse — «Cela fait un bon bout de temps que je lui ai retiré le portable qu’on lui a offert à l’occasion de son anniversaire, nous confia sa mère. D’ailleurs il essaie d’en profiter davantage en jouant avec le mien le temps du voyage. Il a droit à une heure par jour après les devoirs. Pas plus. C’était un accro des jeux et en quelques manipulations, il saisit la façon de jouer. Il m’a confié qu’il inventera des jeux une fois grand. En attendant, je négocie avec lui une table de multiplication apprise un quart d’heure de portable. Dès que l’enjeu est clair, il apprend très vite».
Il faudrait reconnaître que cet enfant est bien élevé et discipliné. Ce n’est pas aussi facile avec d’autres gamins plus durs à tenir en main. Les parents absents pour cause de travail, ils n’ont affaire qu’à la grande sœur qui plie. Et cela a pour conséquences des heures, plongés dans un web aussi riche en jeux que malfaisants par la variété des sujets offerts.
L’utilisation du web, de l’internet en général, est à l’ordre du jour dans le monde entier.
La France a décidé de promulguer une loi pour bannir les moins de 15 ans des grandes plateformes en ligne, comme Instagram et TikTok. Le pays s’inscrit ainsi dans un mouvement global qui a pris de l’ampleur en quelques années, porté par certains progrès techniques et les débats sur la pornographie en ligne.
Le journaliste américain Conor Friedersdorf expose une idée un peu folle : «Il faudrait bannir les enfants d’Internet». Pornographie, radicalisation, harcèlement… Le web est «un lieu où la violence est plus crue que dans n’importe quel film interdit aux moins de 18 ans, la sexualité plus explicite que dans un strip club», écrit-il.
Pour protéger les plus jeunes, il faudrait créer un Internet séparé, avec des services uniquement pensés pour les enfants et les adolescents
Pour la partie française, «c’est une avancée majeure, on ouvre la voie en Europe pour la protection de nos enfants, de nos adolescents. On continue».
Mais qu’en est-il en Tunisie ? Ce sont presque les mêmes préoccupations.
La réponse s’organise via un arsenal législatif strict (Décret-loi 54 sur la cybercriminalité et loi sur la protection des données) et des agences nationales dédiées.
Cette addiction aux jeux vidéo, reconnue comme trouble mental par l’OMS, est devenue une véritable obsession. Les conséquences passent par l’isolement social, les troubles du sommeil, la sédentarité qui réduit considérablement les mouvements et aboutit à une obésité qui, associée aux saletés que l’on vend et que les enfants engloutissent, gagne du terrain. Sans compter les résultats scolaires qui en subissent un coup dur. La fatigue consécutive au jeu influe sur la concentration dont l’enfant a besoin en classe.
La mère de ce gamin qui jongle avec sa tablette parle parfaitement anglais et qui refuse la langue française et la langue arabe (!?) est enseignante. Elle sait de quoi il retourne.
«L’enfant est incapable d’organiser son temps de jeu et s’isole, privilégiant le monde virtuel au détriment de ses relations sociales. Il n’a plus de parents, cousins, cousines, amis, voisins, etc. Il est difficile de le reprendre en main, car les réactions sont souvent des crises de colère et d’anxiété. Le fait de le conseiller est assimilé à une punition à laquelle il se soumet mais qu’il juge incompatible avec la situation. Sans compter les effets de l’écran qui se répercutent sur la vue.
L’internet est devenu un véritable danger depuis que sont apparus des jeux en groupe, des paris où il y a de l’argent qui circule, des programmes que l’on se conseille. Cela conduit à une véritable obsession. C’est un problème mondial et non pas une exclusivité tunisienne.
Les dispositions juridiques et institutionnelles en Tunisie existent pour lutter contre la cybercriminalité. L’utilisation des réseaux de communication pour produire ou diffuser de fausses nouvelles dans le but de nuire ou de semer la terreur garantit le droit à la protection de la vie privée et encadre strictement la collecte et le transfert des données.
Mais comment instaurer une prise en main de l’enfant pour lui éviter les dérives et les menaces qui pèsent sur sa santé physique et mental? Nous devons agir davantage au niveau de ce créneau délicat mais qu’il s’agit de reprendre en main tout en ajustant les dispositions juridiques existantes ou à promulguer pour convaincre et conforter ce qui existe».



