Société

Reportage – coupure d’électricité et commerce : Tout bloque !

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  • 25 juillet 2026
  • 7 min de lecture
Reportage – coupure d’électricité et commerce : Tout bloque !

Ils n’auraient jamais imaginé que l’été 2026 puisse être synonyme de pertes et de gâchis ! Pourtant, c’est ce qui leur est arrivé depuis que la Steg a décidé de recourir aux coupures d’électricité répétitives. Les petits entrepreneurs — comme les grands d’ailleurs — pâtissent sous l’effet d’une pseudo-solution qui, pour rationaliser la consommation d’énergie électrique pousse un nombre considérable d’entreprises et de PME à la faillite.

C’est que les dommages risquent, souvent, d’être lourds et le climat commercial et professionnel s’envenime sous l’effet de cet autoritarisme. Tel un réceptacle qu’on décide de perforer de peur qu’il déborde, la situation devient critique pour ceux qui ne cherchent qu’à gagner leur pain quotidien.

La Presse — En sillonnant le milieu urbain, l’on constate sans effort que certains commerces baissent le rideau, le temps que le calvaire des coupures finisse. Certains commerçants s’adonnent au tri de la marchandise périmée à défaut de réfrigération alors que d’autres, nettement plus nombreux, ferment les yeux sur la dangerosité de ces produits  et continuent à les proposer aux clients, comme si de rien n’était…

Amara Laâbidi est commerçant de produits d’alimentation générale à Ras Tabia au Bardo 2. Son frigo est à moitié vide. Deux jours auparavant, la Steg avait coupé l’électricité pour une durée de trois heures, un temps suffisant pour abîmer des quantités importantes de produits laitiers et autres. « Ce ne sont que les produits qui m’ont été fournis ce matin.

J’ai mis toute la marchandise périmée dans des cartons, soit des produits laitiers et dérivés. Ils me seront remboursés par le fournisseur mais je crains que cela prenne beaucoup de temps », indique-t-il, perplexe. Amara avait entendu dire que l’électricité a été coupée également durant la nuit, au moment où il était chez lui. « Si cela perdure, ajoute-t-il, je ferais mieux de fermer boutique jusqu’à nouvel ordre. Ne rien vendre me nuirait moins ».

Dommages et… méfiance !

Sur la route X3, menant aux Jardins d’El Menzah, Amira Khelifi, commerçante, tient la caisse dans la supérette familiale. Juste derrière elle, des boîtes de margarine sont exposées. «  Je les ai mises ici juste pour que l’étagère ne reste pas vide. Mais elles ne sont aucunement vendables car non recommandées à la consommation », indique-t-elle, en remuant l’une des boîtes dont le son qu’elle produit en dit long sur la texture liquide du produit.

Dans cette zone, et depuis plus d’une semaine, les habitants et les commerçants vivent au rythme des coupures frénétiques de l’électricité. « Chaque jour, nous endurons trois coupures d’électricité d’une durée minimale d’une heure et demie, chacune. Finalement, des quantités importantes de produits fragiles ont été périmées. Mais le comble, c’est que l’un de nos réfrigérateurs a été abîmé », indique-t-elle.

Le propriétaire de la supérette a fait appel à un technicien réparateur pour remettre en fonction ledit frigo. Il n’a pas cherché à se mettre en contact avec la Steg, la partie responsable de l’incident ! « Cela ne servira à rien de les contacter. Ils risquent de nous faire perdre du temps pour rien », renchérit-elle, méfiante.

Sans électricité, rien ne marche !

Un peu plus loin, et plus précisément aux Jardins d’El Menzah, les commerces baignent dans le noir. L’électricité est coupée depuis 10h00. Dorsaf travaille dans un centre de coiffure. Se trouvant dans l’incapacité d’offrir la moindre prestation au profit de toute cliente, elle patiente ainsi que sa collègue, pas très loin de la porte, jusqu’à ce que la Steg daigne relancer l’électricité et leur permettre — enfin — de travailler. « Ces coupures sont devenues quotidiennes. Au début, elles duraient environ une demi-heure. Mais hier, nous avons dû marquer une pause de 10h00 à 15h00. Comme vous voyez, le salon est vide. C’est que toutes nos prestations nécessitent de l’électricité : le brushing, l’épilation à la cire, l’onglerie… », explique-t-elle, ennuyée.

Six cents dinars partis en fumée !

Les restaurateurs aussi peinent à travailler dans ces conditions lamentables et irritables. Hfayedh Mannaï détient un Fast-food aux Jardins d’El Menzah. Il vient d’acheter la marchandise nécessaire à son travail pour la journée. Sauf que le cauchemar reprend… «  Hier, j’ai dû jeter toute la marchandise périmée, soit d’une valeur de près de six cents dinars.

Les volailles à elles seules m’avaient coûté trois cents dinars. Et je crains de faire de même aujourd’hui, à défaut de réfrigération », souligne-t-il. Tout comme Amara, il n’écarte pas l’éventualité d’une fermeture provisoire, dans l’attente que les choses rentrent dans l’ordre. « Néanmoins, ce sera injuste pour les employés. Ils ont des charges, des familles à nourrir, un loyer à payer etc. », ajoute-t-il, contraint.

Après nous, le déluge !

Si certains prennent leur mal en patience et continuent, un tant soit peu, à assumer leur responsabilité commerciale et éthique, dans la mesure où ils contribuent à la préservation de la santé publique en se débarrassant des marchandises périmées, d’autres, par contre, font preuve d’égocentrisme. Pour ceux-là, seul le gain compte.

Ils semblent ignorer que les intoxications alimentaires peuvent être fatales causant des maladies gravissimes comme celles cancéreuses. En dépit de ces informations, des marchandises mal conservées sont proposées aux clients, aux enfants, aux malades… Dans une boulangerie-pâtisserie, située sur la route X3, le courant électrique fait défaut.

Ni la climatisation ni l’éclairage et encore moins les réfrigérateurs ne fonctionnent. Pourtant, l’activité commerciale, elle, est menée quasi normalement. Certes, les clients ne se bousculaient pas. Mais les produits qui devraient être conservés à des températures minimales, garnissent les vitrines : près d’une centaine de pièces de gâteaux à la crème ainsi que des « fricassés », sont proposés avec un bonus garantit : une intoxication alimentaire ! Idem pour une autre boulangerie-pâtisserie, située aux jardins d’El Menzah qui continue à proposer des sandwichs, des soufflets et des pizzas garnis de thon, de jambon, de sauce tomate, d’harissa, de fromage et d’œufs ; ingrédients rapidement périssables. Toujours dans cette zone, une supérette privée d’électricité poursuit son activité ; son propriétaire n’a pas pris la peine de mettre les produits périmés de côté.

Conscients de leur leurre, les responsables de ces commerces n’ont pas accepté de témoigner. Seul un jeune détenant un kiosque à Ras Tabia a avoué qu’il n’a pas fait le tri des produits périmés. « C’était juste une coupure de trois heures », dit-il, inconscient de l’effet de la canicule sur sa marchandise.

Atteinte à l’activité commerciale des petits et moyens projets, à la stabilité financière des ménages mais aussi, une réelle menace pour la santé publique ; tel est l’autre revers de la médaille ! Certes, il est difficile d’intervenir dans les deux premiers dégâts précités. Néanmoins, les services du contrôle sanitaire sont vivement appelés à sauver la situation en délestant le marché des produits périmés.

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Auteur

Dorra BEN SALEM

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