Solidarité : Le don, une culture qui résiste aux crises
Malgré les crises et les difficultés du quotidien, la générosité des Tunisiens continue de s’exprimer à travers des gestes simples et solidaires.
Qu’il s’agisse de dons alimentaires, de vêtements ou de temps offert, la fibre du partage reste vivante et résiliente.
Cette culture du don, discrète mais sincère, s’impose comme un ciment social face aux épreuves.
La Presse — Ces jeunes filles sont des volontaires qui, les jours de leur congé, se mettent au service d’organismes de bienfaisance pour essayer de ramener le plus possible d’aide en victuailles. Tout est accepté, à l’exception bien sûr des produits périssables.
«Nous sommes des élèves d’une école pilote de l’Ariana. A part nous deux, il y a deux filles et deux garçons qui sont volontaires pour inciter les citoyens qui en ont les moyens à donner soit leur surplus, soit ce qu’ils pourraient acheter conformément aux besoins des centres destinataires.
Nous avons constaté qu’en dépit des difficultés que vivent bien des familles, par cette chaleur, ces coupures d’eau et d’électricité, la fibre sensible que chacun a en nous ne s’est pas éteinte. Les citoyens donnent. Surtout lorsqu’il s’agit de la fin du mois où on se sent plus à l’aise. Lorsqu’on vient pour faire des emplettes mensuelles et acheter en plus de ce dont on a besoin, un kilo de pâte, du couscous, une boîte de concentré de tomate, de l’huile, etc., ça ne pèse pas lourd», nous confie une de ces deux jeunes qui s’adonnent à cette activité depuis un bon bout de temps.
«Il y a des gens qui nous ont donné des produits alimentaires et qui sont revenus pour nous remettre un colis de vêtements. Ce n’est pas prévu, mais nous avons accepté de prendre en charge ce don rien que pour ne pas décevoir cette dame qui semblait heureuse de son geste. Nous l’avons remis à qui de droit. C’est dire que le tunisien est généreux et je suis personnellement surprise par cette générosité spontanée. C’est une façon d’exprimer une solidarité qui ne demandait qu’à s’affirmer».
Donner, il y a plusieurs façons de le faire. Tout d’abord, celui qui donne a intérêt à ne pas en faire un argument de publicité pour sa personne. Pour qu’on en parle et qu’on dise qu’il est généreux. Les grands parents ont toujours incité à cette discrétion qui protège la dignité de ceux qui ont reçu quelque chose. «La main gauche ne doit pas savoir ce qu’a donné la main droite», dit-on. Nous avons constaté qu’entretiens, photos et séquences en boucle occupent le web durant un bon bout de temps. Ces personnes ont fait don de quelque chose et on a voulu qu’on le sache !
Le donateur prouve ainsi sa sincérité et affirme qu’il ne prétend à rien, par respect à celui qui était dans le besoin et à qui il a tendu la main. C’est la clé du bonheur.
Il n’y a pas que l’argent qu’on peut donner
À Galdacao, en Espagne, une idée simple s’est transformée en une initiative humanitaire des plus inspirantes : un réfrigérateur communautaire a été mis en place. Il permet d’aider les plus démunis tout en réduisant le gaspillage alimentaire.
L’histoire a commencé en 2015 lorsque le bénévole Álvaro Sáez a lancé le premier réfrigérateur communautaire d’Espagne après avoir constaté que de nombreuses familles en difficulté financière peinent à se nourrir, tandis qu’une quantité importante d’aliments parfaitement consommables était gaspillée.
L’objectif n’était pas simplement de créer un projet caritatif traditionnel, mais plutôt de préserver la dignité de chacun. Le réfrigérateur est ouvert à tous ceux qui souhaitent donner leurs surplus alimentaires, et chacun peut se servir librement, sans formalités ni questions.
Avec le soutien des autorités locales, le réfrigérateur a été installé dans un espace public, devenant un point de rencontre central pour les habitants, les restaurants et les commerces.
Voila ce qu’on peut faire dans un pays qui n’a pas besoin de commissions pour étudier, délibérer et décider que «ce sera fait dans les meilleurs délais».
On peut offrir son temps. Les maisons de retraite, les villages SOS, les hôpitaux, surtout pour enfants, etc, ont besoin de présence d’hommes et de femmes, d’enfants, au contact facile et aimant, pour signifier à ceux qui sont là que personne ne les a oubliés.
Faire du bénévolat dans bien des domaines pour aider à planter des arbres, à faire partie de la Protection civile, à être maître nageur sauveteur et secouriste, nettoyer les plages, les centres-villes, etc. Il y a des séniors surtout qui possèdent encore du répondant et qui pourraient transmettre leur savoir-faire aux jeunes. Les séniors japonais le font et tout en étant retraités, ils se rendent toujours bénévolement à leur travail avec la même régularité pour faire bénéficier les jeunes de leur expérience.
Il y a des médecins tunisiens (hommes et femmes) qui ont continué à recevoir gratuitement des malades. Ils ne souhaitent pas communiquer leurs noms, mais cela existe.
«Agir avec le cœur» est une éducation que l’on reçoit dès le plus jeune âge. On y revient régulièrement dans les textes de lecture, dans les contes pour enfants, pour entretenir cette fibre sensible. On n’en est pas encore là et nous avons intérêt à y venir, comme l’ont fait bien des pays où leurs traditions sont pourtant plus rigoureuses, plus individualistes que les nôtres.
Pourtant, cette générosité s’exprime de la plus belle des façons lors du mois de Ramadan avec des repas de rupture du jeûne partout.
Imaginons les surplus des restaurants et des hôtels remis aux nécessiteux ou aux organismes de solidarité pour combler le vide ou améliorer l’ordinaire, ce que cela peut représenter pour ceux qui en ont besoin.
Ce sera certainement mieux que d’en faire des plats fourre-tout qui provoqueront des intoxications et des accidents graves, tel que nous le constatons ces derniers temps.
Le partage, c’est une culture.
Terminons par ce qu’en a dit Thomas Jefferson: «Celui qui allume sa chandelle à la mienne se donne de la lumière sans me plonger dans l’obscurité».



