Présentée comme l’une des mesures sociales majeures de la loi de finances 2026, l’initiative permettant à chaque famille tunisienne d’importer une voiture sous conditions préférentielles peine encore à franchir l’étape de l’application concrète. Si le dispositif a bien été adopté par l’Assemblée des représentants du peuple, plusieurs interrogations subsistent autour de son financement, de son cadre réglementaire et de ses modalités pratiques de mise en œuvre.
Le dossier a été remis au centre des débats après les déclarations de la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, lors d’une séance plénière à l’Assemblée des représentants du peuple fin juillet 2026. La ministre a indiqué que l’application du programme nécessite encore de résoudre plusieurs problématiques d’ordre financier, juridique et administratif.
Selon la ministre, les services concernés travaillent sur les mécanismes permettant de rendre la mesure opérationnelle, mais plusieurs obstacles restent à surmonter.
Une mesure adoptée, mais sans mécanisme totalement opérationnel
En effet, le programme “une voiture pour chaque famille” avait suscité un fort intérêt lors de son introduction dans la loi de finances 2026, en raison de sa dimension sociale et de son objectif affiché de faciliter l’accès des ménages tunisiens à un véhicule. Lors des débats parlementaires, la mesure avait été adoptée à une large majorité avec 131 voix pour, deux contre et une abstention.
Toutefois, dès cette phase, des réserves avaient été exprimées concernant sa faisabilité. La ministre des Finances avait notamment alerté sur les contraintes liées à la réglementation des changes, à la mobilisation des devises nécessaires aux importations automobiles et aux conséquences potentielles sur les équilibres financiers extérieurs du pays.
La question centrale reste aujourd’hui celle du passage du texte légal à un dispositif applicable sur le terrain.
Le financement en devises, principal défi
L’une des principales difficultés concerne la capacité à financer l’importation des véhicules dans un contexte où les réserves en devises doivent également couvrir les besoins essentiels du pays, notamment les importations de céréales, d’énergie et de produits de base.
La mise en place d’un tel programme pourrait entraîner une hausse importante de la demande en monnaie étrangère, avec un impact potentiel sur les équilibres extérieurs. Au-delà de l’aspect financier, la question de l’organisation administrative demeure également posée.
Le texte adopté ne définit pas encore de manière détaillée les mécanismes permettant : d’enregistrer les demandes des familles ; de déterminer les bénéficiaires en cas de dépassement des capacités disponibles ; de fixer les critères de priorité ; de désigner clairement l’administration chargée du suivi du programme.
Selon les informations rapportées, l’idée d’une plateforme numérique dédiée aux inscriptions figure parmi les pistes envisagées afin d’assurer davantage de transparence dans la gestion des demandes.
Un dispositif à distinguer de la “voiture populaire”
Les responsables ont également souligné que le nouveau programme ne dispose pas encore du même cadre administratif que celui de la voiture populaire, qui bénéficie depuis plusieurs années d’un dispositif réglementaire spécifique.
La voiture populaire repose sur des critères précis concernant les véhicules concernés, les concessionnaires habilités et les conditions d’accès. À l’inverse, le programme “une voiture pour chaque famille” nécessite encore la définition de plusieurs règles pratiques avant son entrée en application effective.
Par ailleurs, pour de nombreux Tunisiens, cette mesure représentait une réponse à une problématique devenue centrale : le coût élevé des véhicules neufs et la difficulté croissante d’acquisition d’une voiture dans un contexte marqué par l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat.
Mais sa concrétisation doit également tenir compte des contraintes macroéconomiques du pays, notamment la disponibilité des devises, l’équilibre de la balance commerciale et l’impact environnemental d’une augmentation massive des importations automobiles.
Le programme n’est donc pas remis en cause dans son principe, mais sa mise en œuvre nécessite encore des arbitrages et des solutions techniques.
Et entre l’attente des ménages et les contraintes économiques nationales, “une voiture pour chaque famille” reste ainsi l’une des promesses les plus commentées de la loi de finances 2026, mais dont la concrétisation dépend encore de la mise en place d’un cadre opérationnel clair.



