Compétences expatriées : du disours à la mobilisation réelle
Longtemps cantonnée au rôle de pourvoyeuse de devises, la diaspora tunisienne s’impose de plus en plus comme un acteur économique et diplomatique de premier plan.
Au sommet de l’État, le Président Kaïs Saïed multiplie les appels aux quelque deux millions de Tunisiens établis à l’étranger, les invitant à dépasser le réflexe du transfert familial pour investir directement dans l’économie nationale. De la simplification des procédures administratives à la digitalisation des services consulaires, en passant par bien d’autres réformes, l’État est passé à l’action en matière de levée des obstacles qui, depuis des années, découragent les binationaux les plus qualifiés de franchir le pas. En présentant la diaspora comme un pilier de la souveraineté économique, il en fait un enjeu politique autant qu’économique.
Sur le terrain, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) relaie ce discours avec des chiffres à l’appui. Lors de la conférence régionale consacrée aux Tunisiens résidant à l’étranger relevant du deuxième district, organisée le mercredi 29 juillet 2026 à Tunis sous le thème « Nos compétences à l’étranger, un moteur du développement national », le président de l’Utica, Samir Majoul, a rappelé que les transferts ont atteint 8,8 milliards de dinars en 2025 et pourraient dépasser les 9 milliards cette année. Cette manne financière reste réelle, mais le patronat souhaite la voir se transformer en participations, en créations d’entreprises et en transferts de compétences, plutôt qu’en simple soutien aux familles restées au pays.
Lors de cette conférence, le gouverneur de Tunis, Imed Boukhris, a proposé de son côté une stratégie décennale (2027-2035) pour mobiliser la diaspora à travers la digitalisation des démarches, des avantages fiscaux régionaux, de nouveaux produits financiers (emprunt obligataire, fonds dédié) et la mise en réseau des compétences expatriées. Il est vrai que l’investissement ne se pilote pas au coup par coup. Fixer un cadre à long terme avec des indicateurs chiffrés offre de la visibilité et de la prévisibilité, deux conditions indispensables pour rassurer les investisseurs expatriés face à l’instabilité législative.
Et pendant que l’État et le patronat théorisent cette mobilisation, la diaspora s’organise déjà d’elle-même. La création à Berne de l’Association des compétences tunisiennes aux Nations unies illustre ce mouvement venu de la base. Des fonctionnaires internationaux d’origine tunisienne, dispersés dans les agences onusiennes, ont choisi de se fédérer pour mettre leur expertise au service de leur pays et renforcer sa présence dans les enceintes multilatérales.
Les compétences sont là et elles sont prêtes, le capital est disponible. Reste à concrétiser davantage l’intention en action.



