Plus de sept Tunisiens sur dix souhaitent que leur pays développe ses échanges avec le reste du monde, tandis que près d’un sur deux a déjà envisagé d’émigrer. C’est ce que révèle le rapport Beyond Borders: African Insights 2026 d’Afrobarometer, une enquête d’opinion menée dans 39 pays africains entre 2024 et 2025.
Ce baromètre, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de la population tunisienne adulte avec une marge d’erreur de ± 2,5 points à 95 % de confiance, dresse un portrait contrasté des aspirations nationales. Selon les données recueillies, 71 % des Tunisiens estiment que leur gouvernement devrait privilégier le développement des relations commerciales à l’échelle mondiale, plutôt que de les limiter à l’Afrique ou à la seule sous-région maghrébine. Cette ouverture affirmée contraste toutefois avec un rapport plus nuancé au libre-échange : 51 % des personnes interrogées s’y déclarent favorables, contre 42 % qui préfèrent des politiques protectionnistes pour protéger l’économie nationale.
Sur la question migratoire, les opinions tunisiennes apparaissent partagées. Si 51 % des répondants soutiennent la libre circulation des personnes à travers les frontières, 46 % souhaitent au contraire que les autorités limitent ces déplacements afin de préserver l’accès des citoyens aux emplois et aux opportunités économiques locales. Ce clivage reflète les tensions entre une aspiration à l’ouverture et la crainte d’une concurrence accrue sur le marché du travail.
L’enquête met également en lumière les obstacles perçus par les Tunisiens en matière de mobilité. Seuls 36 % considèrent qu’il est facile ou très facile de franchir les frontières pour travailler ou commercer. À l’inverse, une majorité de 53 % juge ces déplacements difficiles, voire très difficiles, un ressenti qui freine concrètement les ambitions d’échanges et d’emploi à l’étranger.
Le volet le plus frappant du rapport concerne la volonté d’exil. Près d’un Tunisien sur deux (49 %) déclare avoir déjà envisagé de quitter le pays. Parmi eux, 18 % y ont « beaucoup pensé », 11 % « assez » et 20 % « un peu ». Chez les jeunes âgés de 18 à 35 ans, la proportion monte à 51 % pour ceux qui affirment avoir sérieusement envisagé l’émigration, un signal fort adressé aux pouvoirs publics sur le sentiment d’avenir bouché des nouvelles générations.
Parmi les candidats au départ, l’Europe arrive très largement en tête des destinations souhaitées, avec 54 % des préférences. L’Amérique du Nord suit, loin derrière, avec 25 %. Seuls 12 % des Tunisiens envisagent de s’installer dans un autre pays africain, et 10 % se tournent vers une autre région du monde. Ce choix massif de l’Europe confirme l’attractivité persistante du Vieux Continent, malgré les durcissements des politiques migratoires ces dernières années.



