Economie

Sondage Afrobarometer 2026 : l’Afrique, entre ouverture commerciale et défiance migratoire

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  • 5 août 2026
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Sondage Afrobarometer 2026 : l’Afrique, entre ouverture commerciale et défiance migratoire

Le rapport « African insights 2026 – Beyond borders », publié par le réseau de recherche Afrobarometer, explore le regard des citoyens de 38 pays africains sur la place de leur continent dans un ordre mondial en mutation.

 Les données, collectées en 2024 et 2025, dessinent le portrait d’un peuple tourné vers l’extérieur sur le plan économique, mais qui exprime une profonde réticence face à la mobilité des personnes, tout en refusant de choisir son camp dans la compétition entre grandes puissances.

L’étude révèle une adhésion croissante aux principes du libre-échange. Dans les 38 pays sondés, 62 % des citoyens estiment qu’il est préférable pour leur économie de faciliter les échanges avec d’autres pays, une progression notable par rapport aux 51 % enregistrés cinq ans plus tôt. Cette opinion est majoritaire dans 32 des pays étudiés. Par ailleurs, 66 % des Africains souhaitent que leur gouvernement élargisse ses relations commerciales à l’échelle mondiale, une préférence qui dépasse largement les options de prioriser le continent (20 %) ou la sous-région (8 %).

Ce soutien au libre-échange coexiste cependant avec une méconnaissance quasi générale de l’initiative phare censée le concrétiser. Seulement 13 % des personnes interrogées déclarent avoir entendu parler de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un chiffre qui culmine à 27 % en Guinée-Bissau et chute à 4 % en Mauritanie. Le rapport souligne que cette ignorance est moins marquée chez les diplômés de l’enseignement supérieur (26 %) et les consommateurs réguliers de médias.

Mobilité des personnes : un principe soutenu, une pratique entravée

Concernant la circulation des personnes, un clivage net apparaît entre l’opinion et la réalité. Une courte majorité (56 %) est favorable à la libre circulation au sein de leur sous-région pour travailler ou commencer. Mais dans les faits, 63 % des répondants jugent les déplacements transfrontaliers difficiles, et aucun pays ne compte une majorité de citoyens estimant que ces mouvements sont aisés.

L’envie d’émigrer, quant à elle, connaît une progression spectaculaire. Près de la moitié de la population (45 %) a envisagé de s’installer à l’étranger, dont 25 % y ont pensé « beaucoup ». Il s’agit d’une augmentation de 40 % par rapport aux niveaux observés dix ans plus tôt. Ce désir est plus prononcé chez les jeunes (32 % contre 11 % chez les plus de 55 ans) et les plus éduqués, et il est très majoritairement motivé par des raisons économiques : 50 % citent la recherche d’un emploi et 29 % la fuite de la pauvreté. Par ailleurs, les destinations envisagées évoluent : la proportion de ceux qui souhaiteraient migrer vers un autre pays africain est passée de 36 % à 26 % depuis 2016, tandis que l’Amérique du Nord gagne 7 points, passant à 28 % des intentions.

Immigration : une tolérance culturelle, un refus économique

Si les Africains se montrent accueillants envers les étrangers en tant que voisins (77 % les accepteraient ou ne verraient pas d’inconvénient à leur présence), l’acceptation se réduit considérablement lorsqu’il s’agit de leur impact économique. L’opinion publique est partagée sur la question de savoir si les immigrants sont bons (45 %) ou mauvais (44 %) pour l’économie nationale. De plus, des majorités significatives souhaitent une réduction du nombre de demandeurs d’emploi (64 %) et de réfugiés (70 %) admis dans leur pays. Le rapport note un résultat contre-intuitif : contrairement à d’autres régions du monde, ce sont les citoyens les plus éduqués, les plus qualifiés et les plus aisés qui expriment la plus grande résistance à l’immigration, probablement en raison d’une perception de concurrence directe sur des marchés du travail déjà très restreints.

Puissances mondiales : une approche non-alignée et pragmatique

Dans le domaine géopolitique, la Chine est perçue comme ayant l’influence économique et politique la plus positive (62 %), devant les États-Unis (52 %) et l’Union européenne (50 %). La Russie, malgré une notoriété croissante, recueille un taux d’opinions positives de 36 %, tandis que les anciennes puissances coloniales voient leur popularité décliner à 41 %.

L’étude met en évidence un refus clair de se positionner dans une compétition binaire. Les attitudes envers les grandes puissances sont positivement corrélées, ce qui indique que les Africains ne considèrent pas ces influences comme un jeu à somme nulle. Cette logique se retrouve dans le conflit en Ukraine : parmi ceux qui en ont entendu parler, 72 % souhaitent que leur pays reste neutre, un sentiment majoritaire dans 37 pays sur 38.

Représentation mondiale et justice climatique : des attentes fortes

Les citoyens expriment une confiance relative dans leurs institutions : 55 % ont une opinion positive de l’influence de l’Union africaine, et 56 % de celle de leur communauté économique régionale. Mais la revendication la plus marquante est la demande d’une plus grande voix sur la scène internationale. Une écrasante majorité (71 %) estime que les pays africains devraient avoir davantage d’influence dans les instances de décision mondiale comme l’ONU, une position partagée dans tous les pays sondés, à l’exception de l’Angola.

Enfin, sur le climat, le rapport note que 43 % des Africains font preuve de « littératie climatique », soit une connaissance du phénomène et de son origine humaine. Les impacts sont déjà perçus par la moitié de la population (51 %), qui constate une aggravation des sécheresses et des mauvaises récoltes. Les citoyens informés sont 80 % à déclarer que le changement climatique détériore les conditions de vie dans leur pays. En conséquence, une majorité d’entre eux estiment que les pays riches ont un devoir d’assistance (85 %) et doivent agir immédiatement (83 %). La proportion de citoyens informés qui attribuent la responsabilité première de la lutte aux nations développées a bondi, passant en moyenne de 14 points de pourcentage entre 2021 et 2025, traduisant une exigence croissante de justice climatique.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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