Festival International de Boukornine – « Or KesTra » de Hamza Bouchnek : Une belle énergie
Le projet s’inscrit dans le prolongement du travail mené depuis plusieurs années par Hamza et Abdelhamid Bouchnek autour de la réhabilitation du patrimoine musical populaire tunisien. Les mélodies composées pour la série ramadanesque quittent ici l’écran pour acquérir une nouvelle autonomie.
La Presse — Mélomanes avertis et autres curieux ont découvert, le 2 août dernier, « Or KesTra», un projet de Hamza Bouchnek dans le cadre de la 44e édition du Festival international de Boukornine, lancée le 26 juillet et programmée jusqu’au 13 août.
Dans le public, certaines jeunes filles arboraient le foulard fleuri, symbole des ouvrières agricoles tunisiennes. Plus qu’un accessoire vestimentaire, ce foulard renvoie à ces femmes courageuses dont les conditions de vie et de travail ont été remises au cœur du débat public, notamment à travers la série ramadanesque «Ragouj ». Une manière éloquente d’afficher leur attachement à cet imaginaire artistique et social.

Avec « Or KesTra », le producteur et compositeur Hamza Bouchnek a invité le public à redécouvrir, essentiellement, les partitions écrites pour « Ragouj » (2024–2025) à travers de nouveaux arrangements orchestraux qui puisent dans différentes traditions musicales tunisiennes, entre autres malouf, stambali, mezoued et quelques influences flamenco. Le projet s’inscrit dans le prolongement du travail mené depuis plusieurs années par Hamza et Abdelhamid Bouchnek autour de la réhabilitation du patrimoine musical populaire tunisien. Les mélodies composées pour la série ramadanesque quittent ici l’écran pour acquérir une nouvelle autonomie. Débarrassées de leur fonction première d’accompagnement de l’image, elles deviennent de véritables pièces de concert, enrichies par une orchestration plus ample qui laisse respirer chaque instrument. Dimanche dernier à Hammam-Lif, on était loin de l’aspect spectaculaire habituel de ses concerts. Pas de mise en scène élaborée, ni de chorégraphie ni de vidéos, mais une scène plus ou moins épurée (hormis un dispositif visuel), instrumentale qui met à l’avant les musiciens et la diversité des sonorités, dans un esprit de « band ». Le spectacle revendiquait une dimension collective où les musiciens Baha Eddine Ben Fadhel (violon), Riadh Bedoui (clavier), Amine Saâdouni (basse), Mootaz Aouidi et Skander Ben Ammou (percussions), Laith Boulaares (chant et guitare), Skander Ben Abid (clarinette), Mehdi Jalel (guitare électrique), Bechir Jlassi (batterie), Dhirar Kefi (guitare acoustique), Saïd Zghal (trompette) et Hamza Bouchnek, lui-même au piano, occupaient une place centrale. Des moments de complicité, d’échange et de taquineries discrètes ont ponctué leurs interventions. « Ce concert, qui clôt la tournée estivale de ce projet, on le voulait pour nous, comme une répétition mesurée en live, et toi, cher public, tu nous y as rejoints », a lancé Hamza Bouchnek en présentant, vers la fin de la soirée, les musiciens qu’il considère avant tout comme des amis. Il n’a pas manqué de rendre hommage au regretté Kafon, figure marquante de la musique tunisienne et de la série « Ragouj », dont la disparition continue de marquer toute une génération d’artistes et de spectateurs.
Le public a eu droit à une véritable communion collective, mais aussi à de longues séquences instrumentales qui ont offert à chaque musicien l’occasion d’exprimer sa sensibilité, sa virtuosité et sa maîtrise technique. Les improvisations se sont succédé avec naturel, sans jamais rompre l’équilibre de l’ensemble, révélant toute la cohésion d’une formation où chaque instrument trouvait pleinement sa place. Les spectateurs les plus avertis reconnaissaient immédiatement plusieurs thèmes devenus familiers grâce aux séries « Nouba » et « Ragouj ». Certaines mélodies étaient fredonnées, quelques refrains repris spontanément, tandis que plusieurs personnes accompagnaient les rythmes en frappant des mains ou en esquissant quelques pas de danse. À travers cette musique, ce sont aussi les personnages, les scènes et les émotions des deux séries qui ressurgissaient dans les mémoires. Le spectacle a également été ponctué par les interventions du rappeur et comédien Issam Absi (alias Gamh), ainsi que de Mahmoud Saïdani au chant, deux artistes étroitement associés à l’univers imaginé par Abdelhamid Bouchnek. Leur présence a prolongé le dialogue entre musique, théâtre et fiction qui caractérise depuis plusieurs années les productions des deux frères. A la fin du concert, en évoquant ses prochains projets, Hamza Bouchnek a indiqué avoir composé la bande originale du film d’épouvante « Bakma», nouvelle réalisation de son frère Abdelhamid Bouchnek — sélectionné au Festival international du film de Locarno — et annoncé de futures collaborations avec le réalisateur tunisien Mohamed Khalil Bahri pour un film comique, ainsi qu’un autre projet cinématographique à sortir en Italie.



