Tunisie : 70% de l’énergie industrielle consommée par 400 entreprises
Quelque 400 grandes entreprises industrielles concentrent près de 70% de la consommation énergétique du secteur industriel en Tunisie, sur un total d’environ 5.000 entreprises, a indiqué le directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur industriel à l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), Mohamed Ali Saffi.
Ces entreprises affichent une consommation annuelle supérieure à 800 tonnes équivalent pétrole (TEP). Les programmes d’audit énergétique obligatoire et de cogénération mis en œuvre auprès de ces établissements ont permis de réduire en moyenne leur facture énergétique de 30% et leur consommation d’énergie primaire de 35%, selon le responsable.
Le secteur industriel figure ainsi parmi les priorités de la stratégie de transition énergétique. L’ANME, créée en 1985, œuvre notamment à renforcer le cadre réglementaire et les mécanismes d’incitation afin d’accompagner les entreprises dans la réduction de leurs coûts énergétiques et l’amélioration de leur compétitivité.
Des économies importantes grâce à la récupération de chaleur
La récupération de l’énergie jusque-là gaspillée constitue également un important gisement d’économies. Mohamed Ali Saffi a notamment cité un projet de récupération de chaleur fatale réalisé dans une cimenterie, pour un investissement d’environ 40 millions de dinars.
Cette installation a permis de réduire de 30% la consommation électrique de l’usine, générant des économies estimées à près de 15 millions de dinars par an sur la facture d’électricité. Le montant investi a ainsi été récupéré en moins de deux ans.
Selon les études techniques, cette technologie pourrait être davantage déployée dans le secteur cimentier, avec un potentiel de projets pouvant atteindre une capacité cumulée de 80 MW.
Des mécanismes pour faciliter le financement
Le financement demeure toutefois l’un des principaux enjeux du déploiement des projets d’efficacité énergétique, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises.
Dans ce cadre, une convention conclue avec la Société tunisienne de garantie prévoit la mise en place d’une ligne de garantie couvrant jusqu’à 75% du principal des crédits, avec un taux de prélèvement ne dépassant pas 2%. Le dispositif vise notamment à faciliter l’accès des PME au financement et à réduire les contraintes liées à l’autofinancement.
Le Fonds de transition énergétique propose, de son côté, des mécanismes permettant de couvrir jusqu’à 60% de l’autofinancement, avec des échéances de remboursement prolongées et des périodes de grâce pouvant atteindre trois ans.
Ces mécanismes sont complétés par des avantages fiscaux et douaniers destinés aux équipements d’efficacité énergétique, notamment une TVA réduite à 7% et des droits de douane ramenés à 10%.
Une feuille de route pour décarboner l’industrie
Sur le front de la décarbonation, une feuille de route nationale a été lancée en collaboration avec les ministères de l’Industrie et de l’Environnement. Elle vise notamment à préparer les entreprises tunisiennes aux nouvelles exigences environnementales internationales, en particulier au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne.
Le dispositif prévoit la formation d’experts et d’auditeurs ainsi que l’octroi d’une subvention du Fonds de transition énergétique couvrant 70% des coûts, dans la limite d’un plafond de 70.000 dinars, pour la réalisation des bilans et empreintes carbone.
Une plateforme numérique baptisée « DecarboTech » a également été lancée afin de permettre aux entreprises de procéder à une auto-évaluation de leur situation en matière de décarbonation.
Parallèlement, des travaux sont menés pour accompagner l’Institut national de la normalisation et de la propriété industrielle (INNORPI) dans l’obtention de l’accréditation internationale nécessaire à la validation des rapports carbone en Tunisie. Cette démarche devrait aboutir d’ici la fin de l’année ou au début de 2027.
37% d’économie d’énergie visés à l’horizon 2035
Ces différentes mesures s’inscrivent dans le cadre de la Stratégie nationale de l’énergie à l’horizon 2035, qui prévoit une réduction de 37% de la consommation énergétique totale, une hausse de la part des énergies renouvelables à 50% de la production d’électricité et une diminution de 62% de l’intensité carbone.
La prochaine phase devrait notamment porter sur le développement de zones industrielles durables et à mutualisation énergétique, avec pour objectif de renforcer l’efficacité énergétique tout en améliorant la compétitivité des entreprises industrielles.



