Les graines de la Tunisie de demain
On aime parler du chômage, du découragement et de ces jeunes qui rêvent de larguer les amarres. Mais on parle beaucoup moins de ceux qui restent, ceux qui entreprennent, innovent et construisent, souvent avec peu de moyens et sans attendre que toutes les conditions soient réunies. Pourtant, leurs parcours racontent eux aussi une part de la Tunisie d’aujourd’hui, celle qui avance discrètement et sûrement par le travail, l’audace et la persévérance.
Loin du fatalisme ambiant, une Tunisie audacieuse continue d’imposer son excellence à l’échelle internationale. La démonstration récente de notre jeune équipe de robotique en Chine, rentrée au pays chargée de 45 médailles sous l’impulsion de l’Atast, approchant désormais le seuil vertigineux des 700 distinctions mondiales, n’a rien d’une anomalie statistique. Elle est le produit d’années d’abnégation associative, d’entraînement discipliné et d’une foi inébranlable dans notre intelligence collective.
Mais ce sursaut ne se limite pas aux seuls podiums de la haute technologie. Des laboratoires de recherche à Gabès aux initiatives d’économie sociale qui redonnent de l’élan aux régions marginalisées du Sud, une même résistance créative est à l’œuvre. Partout, des femmes et des hommes transforment nos blocages logistiques, financiers ou structurels en solutions pragmatiques.
Il ne s’agit évidemment pas de céder à un optimisme béat ni de minimiser la gravité des crises, des pénuries et des ruptures momentanées d’eau minérale dans plusieurs points de vente cet été, qui continuent de toucher le quotidien des Tunisiens. Ces difficultés exigent des réponses concrètes, rapides et durables. Reconnaître cette vitalité n’est pas un exercice de complaisance, mais un devoir de lucidité. Si le doute est légitime, il devient toxique lorsqu’il aveugle. Nous disposons d’un capital humain d’une valeur inestimable, capable de rivaliser avec les meilleurs standards globaux malgré des moyens dérisoires.
L’enjeu n’est plus seulement de célébrer ces exploits au coup par coup, mais d’interroger notre capacité collective à les retenir. Que faudra-t-il pour que ces talents cessent de trouver à l’étranger la reconnaissance et le terrain d’épanouissement qu’on leur refuse ici ?
Cette Tunisie-là ne fait pas toujours la une, surtout dans certains médias étrangers, davantage attirés par les polémiques et les récits à charge que par les réalités qui racontent autrement le pays. Elle avance pourtant en silence, un projet après l’autre, une médaille après l’autre, comme autant de graines semées pour demain. C’est dans cette énergie faite de travail, d’audace et de persévérance qu’il faut aussi chercher l’espoir et les promesses d’avenir de la Tunisie.



