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Géoparc Dahar : connaissez-vous ce joyau tunisien vieux de 250 millions d’années ?

  • 16 août 2026
  • 10 min de lecture
Géoparc Dahar : connaissez-vous ce joyau tunisien vieux de 250 millions d’années ?

Plus qu’un musée à ciel ouvert, le 1er Géoparc du Dahar s’étend sur 6 375 km² dans le Sud-Est de la Tunisie, entre les gouvernorats de Gabès, Tataouine et Médenine. C’est une destination mondiale unique pour une immersion dans un site doté d’une richesse géologique, paléontologique, culturelle et touristique exceptionnelle.
Il abrite le seul affleurement marin du Permien supérieur du continent africain situé à Jebel Tebaga (Médenine) qui a été formé il y a plus de 250 millions d’années (Ma), autant d’atouts qui ont permis son inscription officielle à l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, les Sciences et la Culture (Unesco) sur la liste des Géoparcs mondiaux.

Inscription officielle du Géoparc Dahar le 15 avril 2026 à l’Unesco

L’inscription officielle du site au patrimoine mondial a été validée à l’unanimité le 15 avril 2026 à Paris, lors de la 224e Session du Conseil exécutif de l’Unesco.
Il devient ainsi le premier en Tunisie, le troisième pays ayant obtenu ce label en Afrique après le Maroc (Géoparc M’Goun) et la Tanzanie (Géoparc Ngorongoro-Lengai), et dans le monde arabe aux côtés de l’Arabie Saoudite (Géoparcs Nord de Riyadh et Salma).
Le nombre total de sites est, à cette date, porté à 241 Géoparcs mondiaux répartis dans 51 pays sur une superficie de près de 885 000 km². Ce label a été le fruit d’une coordination entre les ministères, les organismes publics, les collectivités locales, le secteur privé et la société civile.
En effet, lors du Conseil Exécutif de l’Unesco qui a validé à l’unanimité cette décision, l’Ambassadeur Délégué Permanent de la Tunisie auprès de cette organisation, Dhia Khaled, avait souligné « l’importance stratégique de l’inscription du Géoparc Dahar » sur la liste onusienne qui « reflète l’engagement ferme de notre pays de préserver et de valoriser son patrimoine géoculturel, tant au niveau national que régional ».
Cette inscription est de nature à insuffler une dynamique nouvelle au développement régional et local, tout en renforçant le positionnement de la Tunisie parmi les principales destinations du tourisme culturel, alternatif et écoresponsable, a-t-il ajouté.

Génie architectural et ingénierie plurimillénaire face à l’aridité

Côté architectural, il est composé d’habitats troglodytes, de Ksour (greniers collectifs fortifiés) et de grottes creusées dans les flancs est et sud aux propriétés isothermiques et de Jessour (systèmes ancestraux d’irrigation).
Ces techniques relèvent d’un génie plurimillénaire, preuves de l’adaptation à cette géologie aride par les populations locales et du lien étroit entre science de la terre et patrimoine culturel.
Le Géoparc Dahar constitue, à ce titre, un puissant levier de développement à valoriser, au service de la résilience économique, de l’écotourisme et du géotourisme écoresponsable des communautés.
Il se caractérise par une diversité singulière des milieux naturels, des ressources géologiques et des activités socioéconomiques et culturelles locales des près de 330 000 personnes vivant dans cette aire comptant 12 communes de Matmata au Nord à Remada au Sud de ce joyau, où l’agriculture et l’élevage, façonnés par des conditions environnementales arides, constituent les principales activités économiques.
Elles reflètent l’adaptation humaine à cet environnement contraignant se manifeste à travers des systèmes traditionnels, tels que de gestion de l’eau et des moulins à huile, qui relient étroitement la géologie au patrimoine culturel et témoignent de solutions ingénieuses face à la pénurie d’eau et aux températures extrêmes, explique l’Unesco.
Le tourisme s’y développe progressivement, notamment grâce au solide réseau routier et à la proximité de l’aéroport international de Djerba-Zarzis, à 90 minutes de route. Cette aire voudrait ainsi offrir aux visiteurs une expérience authentique, leur permettant de découvrir les savoir-faire artisanaux, la gastronomie et les pratiques traditionnelles.

Qu’est-ce qu’un Géoparc mondial ?

Un Géoparc mondial Unesco est une zone géographique unique où des sites et des paysages d’importance géologique internationale doivent être gérés selon une stratégie globale de protection, d’éducation et de développement durable.
L’appellation « Géoparc mondial UNESCO » a été créée en 2015 pour, désigner des territoires reconnus pour la richesse de leur patrimoine géologique.
Formations rocheuses, massifs montagneux ou volcaniques, grottes, canyons, sites fossilifères ou ancien paysages désertiques, tous témoignent de l’histoire, de l’évolution et du climat de notre planète.
Ces sites associent préservation, éducation à l’environnement et développement durable, tout en accompagnant les peuples autochtones et les communautés locales dans la valorisation de leur culture et de leurs savoir-faire, selon Khaled El-Enany, Directeur général de l’Unesco.
Chaque année, de nouveaux sites sont intégrés au réseau sur décision du Conseil exécutif de l’UNESCO, à l’issue d’une évaluation des candidatures par le Conseil des Géoparcs mondiaux UNESCO, composé d’experts internationaux, ajoute la même source.

Label vert d’un Géoparc temporaire sous peine de carton jaune ou rouge

Chaque Géoparc mondial Unesco reçoit cette désignation pour une période de quatre ans, après quoi le fonctionnement et la qualité de chaque site sont réexaminés en profondeur au cours d’un processus de revalidation, explique l’organisation onusienne.
Dans le cadre du processus de revalidation, le Géoparc mondial Unesco examiné doit préparer un rapport d’activité, et deux évaluateurs effectueront une mission de terrain pour revalider sa qualité fondée sur ce rapport.
Au cas où le Géoparc continue de satisfaire aux exigences, la zone restera un domaine mondial Unesco pour une période supplémentaire de quatre ans (soit un « carton vert »).
Lorsque le site ne remplit plus les critères, l’organisme de gestion en sera informé et devra prendre des mesures appropriées dans un délai de deux ans (« carton jaune »).
Mais si le site ne répond plus aux conditions, dans les deux ans suivant la réception d’un « carton jaune », la zone perdra son statut de Géoparc mondial Unesco (soit un « carton rouge »).

Caractéristiques d’importance internationale, témoin géologique des 250 derniers millions d’années

Le géoparc Dahar offre un témoignage remarquable de l’histoire géologique des 250 derniers millions d’années (Ma), qui met en lumière l’évolution de la Terre.
Occupant la bordure nord-est de la plate-forme saharienne, la région se distingue par ses couches sédimentaires tabulaires bien préservées, ainsi que par ses caractéristiques pétrographiques et minéralogiques et ses reliefs façonnés par l’érosion et l’altération.
Elle se trouve à proximité de la faille de l’Atlantique Sud, l’un des ensembles de failles les plus anciens et les plus importants d’Afrique.
Le territoire de Dahar se trouve à l’endroit où le Grand rift s’est ouvert il y a environ 200 Ma, ce qui a déclenché la formation de l’océan Téthys et la division de la Pangée (La Terre alors composée d’un seul bloc) en deux parties, le Gondwana et la Laurasie. Le djebel Tebaga est un site d’importance internationale qui abrite le seul affleurement marin datant du Permien supérieur, riche en fossiles et en biohermes. La région est également remarquable en raison de son patrimoine paléontologique.
Le Jebel Tebaga qui offre un panorama intéressant, est encore intact et n’a pas été modifié par l’activité humaine. Il revêt un grand intérêt scientifique et esthétique remarquable. L’Office National des Mines, en sa qualité de dépositaire du patrimoine géologique du pays, veille à la sauvegarde de ce patrimoine par l’interdiction de toute sorte d’exploitation de ses ressources naturelles et a établi des stratégies de conservation des sites géologiques remarquables à travers un projet de loi, affirme l’Unesco.

Nouvelle espèce de dinosaures le Tataouinea hannibalis et crocodile géant marin le Machimosaurus rex

La région est également remarquable pour son patrimoine paléontologique. Les émergences successives entre la fin du Jurassique et le début du Crétacé (il y a 150 à 100 millions d’années) ont préservé des restes de théropodes, de sauropodes et de reptiles, dont deux nouvelles espèces à savoir, le dinosaure herbivore de la famille des Rebbachisauridés le Tataouinea hannibalis et le Machimosaurus rex, l’un des plus grands crocodiles marins, témoignant de son unicité à travers des émergences successives durant cette période.
Ainsi, Dahar contient des sites de dinosaures significatifs datant du Jurassique supérieur au Crétacé inférieur lorsque le soulèvement tectonique a provoqué plusieurs périodes d’émergence prolongée de la plate-forme saharienne. Pendant cette période, des théropodes, des sauropodes et des reptiles parcouraient le territoire.

Le Géoparc : levier de développement territorial durable et moteur de partenariats

Le Géoparc mondial Unesco donne des moyens d’action aux communautés locales et leur permet de développer des partenariats cohérents dans le but commun de promouvoir les processus géologiques, les caractéristiques, les périodes, les thèmes historiques liés à la géologie ou la beauté géologique exceptionnelle de la région.
Il est créé dans le cadre d’un processus impliquant tous les acteurs et autorités locaux et régionaux concernés par la zone tels que les propriétaires fonciers, les groupes communautaires, les prestataires de services touristiques, les populations autochtones et les organisations locales.
Mais ce processus exige un véritable engagement communautaire pour développer une stratégie globale pour un partenariat local solide et multiple avec un soutien public et politique à long terme, tout en protégeant le patrimoine géologique de la région.

But des Géoparcs : lier la géologie à la société humaine

Si un Géoparc mondial UNESCO doit présenter un patrimoine géologique d’importance internationale, son but est d’explorer, développer et célébrer les liens entre ce patrimoine géologique et tous les autres aspects du patrimoine naturel, culturel et immatériel de la région.
Il s’agit de reconnecter la société humaine, à tous les niveaux, à la planète qui nous abrite et de célébrer la façon dont notre planète et son histoire longue de 4 600 millions d’années ont façonné tous les aspects de nos vies et de nos sociétés, souligne l’agence onusienne.
En faisant prendre conscience de l’importance du patrimoine géologique de la région dans l’histoire et la société d’aujourd’hui, le Géoparc donne aux populations locales un sentiment de fierté pour leur région et renforce leur identification avec celle-ci.
Un effet escompté est la création d’entreprises locales innovantes, de nouveaux emplois et des cours de formation de haute qualité nécessaires pour que de nouvelles sources de revenus soient générées par le géotourisme, tout en protégeant les ressources géologiques de la région, un atout majeur à protéger et à valoriser pour les générations actuelles et futures.

 

Auteur

La Presse avec TAP

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