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52 424 dollars : le “prix du bonheur” de la Tunisie… et elle est 2e en Afrique

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  • 18 août 2026
  • 8 min de lecture
52 424 dollars : le “prix du bonheur” de la Tunisie… et elle est 2e en Afrique

À combien s’arrête l’effet de l’argent sur le bien-être ? Une analyse de Remitly, fondée sur des travaux de l’université américaine de Purdue et ajustée aux réalités économiques locales, estime à 52 424 dollars par an le seuil de “satiété des revenus” en Tunisie. Le pays arrive ainsi deuxième en Afrique, derrière l’Égypte et devant l’Algérie. Une donnée qui ne mesure pas le bonheur des Tunisiens, mais le niveau de revenu à partir duquel gagner davantage aurait, statistiquement, un effet plus limité sur la satisfaction de vie.

Il existe des questions auxquelles on ne peut pas répondre uniquement avec des chiffres. Peut-on acheter le bonheur ? L’argent rend-il réellement plus heureux ? Et surtout, existe-t-il un niveau de revenu au-delà duquel gagner davantage ne change plus grand-chose à la manière dont on évalue sa vie ?

C’est à cette dernière question que tente de répondre l’analyse 2026 publiée par la société internationale de transfert d’argent Remitly. Son approche s’appuie sur les travaux de chercheurs de l’université américaine de Purdue consacrés au lien entre revenus et bien-être. Remitly a ensuite actualisé les données en tenant compte notamment du pouvoir d’achat local et de l’inflation.

Le résultat est présenté sous une appellation volontairement accrocheuse : le “prix du bonheur”.

Mais derrière cette formule se cache une notion plus précise : la “satiété des revenus”. Il s’agit du point à partir duquel une hausse supplémentaire des revenus n’entraînerait plus d’amélioration significative de la satisfaction de vie mesurée dans les données étudiées.

La Tunisie décroche la 2e place africaine

Pour la Tunisie, le chiffre est particulièrement remarquable : 52 424 dollars par an. Selon les données reprises de l’analyse de Remitly, la Tunisie occupe ainsi la deuxième place parmi les 32 pays africains couverts, derrière l’Égypte, dont le seuil est estimé à 59 675 dollars, et devant l’Algérie, à 48 248 dollars.

Le classement africain est ensuite nettement moins élevé. Djibouti arrive quatrième avec 25 811 dollars, suivi des Comores avec 25 772 dollars et de la République centrafricaine avec 24 557 dollars. Le Burundi atteint 23 509 dollars, le Niger 22 877 dollars, le Ghana 22 698 dollars et le Gabon 22 470 dollars.

Le contraste est donc saisissant : le seuil tunisien est plus de deux fois supérieur à celui du Gabon et de l’Éthiopie, même si cette comparaison doit être interprétée avec prudence. Car un seuil plus élevé ne signifie absolument pas qu’un pays est plus heureux.

Un classement qui ne mesure pas le bonheur

C’est probablement la première précaution à retenir. Dire que la Tunisie est deuxième en Afrique dans ce classement ne signifie pas que les Tunisiens sont les deuxièmes Africains les plus heureux. Le classement ne mesure pas directement le bonheur collectif, la qualité de vie ou le niveau de satisfaction des populations.

Il mesure autre chose : le niveau de revenu auquel l’effet positif d’un revenu supplémentaire sur le bien-être est supposé commencer à s’essouffler. Autrement dit, le chiffre de 52 424 dollars ne doit pas être lu comme “le salaire qu’un Tunisien doit gagner pour être heureux”. Il s’agit d’un seuil statistique, calculé à partir de données sur le revenu et le bien-être.

Cette distinction est essentielle, d’autant que la réalité quotidienne d’un ménage ne se résume évidemment pas à son revenu. Le logement, la santé, l’éducation, la sécurité, les relations sociales, le temps libre ou encore la possibilité de se projeter dans l’avenir jouent également un rôle dans le bien-être.

Remitly souligne d’ailleurs lui-même que le niveau d’éducation peut influencer le seuil de satiété et que l’étude porte sur des comparaisons entre groupes de revenus plutôt que sur l’évolution émotionnelle d’une même personne après une augmentation salariale.

Pourquoi de tels écarts entre les pays ?

La différence entre la Tunisie, l’Égypte, l’Algérie et les autres pays africains ne doit pas être interprétée comme une simple hiérarchie de richesse.

La méthodologie cherche précisément à tenir compte du fait qu’un dollar ne permet pas d’acheter la même quantité de biens et de services partout dans le monde.

Pour établir ses estimations, Remitly est parti des travaux de Purdue sur la “satiété” des revenus, puis a utilisé des données de parité de pouvoir d’achat du Fonds monétaire international pour convertir les seuils en fonction des réalités locales. Les montants ont ensuite été reconvertis en dollars le 25 mars 2026 et ajustés pour tenir compte de l’inflation depuis l’étude de Purdue. Les données sont indiquées comme étant valables à mars 2026.

Le classement doit donc être lu comme une comparaison du pouvoir d’achat associé au seuil de satiété, et non comme une comparaison directe des salaires effectivement perçus par les populations.

L’Afrique derrière les grands marchés mondiaux

À l’échelle mondiale, les écarts deviennent encore plus impressionnants. Sur les 123 pays disposant de données, 18 affichent un “prix du bonheur” supérieur à 100 000 dollars. La majorité se trouve en Europe, auxquels s’ajoutent notamment les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Le record mondial est détenu par l’Islande, avec un seuil de 163 579 dollars par an. Elle est suivie de l’Australie, avec 161 302 dollars, de la Suisse, avec 154 504 dollars, de la Nouvelle-Zélande, avec 137 361 dollars, puis des États-Unis, avec 134 827 dollars. Ces chiffres sont également repris dans les données de l’analyse 2026. Le Royaume-Uni atteint 120 248 dollars, le Canada 113 755 dollars et la Chine 71 201 dollars. La comparaison est particulièrement intéressante pour la Tunisie : avec 52 424 dollars, son seuil reste très inférieur à celui des grandes économies développées, mais il se situe nettement au-dessus de la majorité des pays africains étudiés.

Et à l’autre extrémité ?

L’analyse compte également dix pays parmi les plus faibles seuils de satiété, principalement en Afrique et en Amérique latine. L’Éthiopie ferme le classement mondial avec 10 176 dollars, suivie du Nigeria avec 12 273 dollars, du Rwanda avec 13 566 dollars, de la Mauritanie avec 14 732 dollars et de la Bolivie avec 15 156 dollars.

À première vue, ces chiffres pourraient donner l’impression que le bonheur coûte moins cher dans ces pays. Mais cette lecture serait trompeuse.

Remitly relève par exemple que le revenu annuel moyen en Éthiopie est estimé à environ 777 dollars, très loin des 10 176 dollars correspondant au seuil de satiété. Autrement dit, un seuil faible ne signifie pas nécessairement que la population atteint facilement ce niveau de revenu.

C’est là tout le paradoxe de ce classement : avoir un “prix du bonheur” relativement faible ne veut pas dire vivre dans de meilleures conditions ni disposer d’un revenu suffisant pour l’atteindre.

La Tunisie dans le monde arabe

La position tunisienne prend également un relief particulier lorsqu’on élargit la comparaison au monde arabe.

Dans les données disponibles, le Qatar affiche un seuil de 81 516 dollars, tandis que l’Arabie saoudite atteint 64 817 dollars. L’Égypte se situe à 59 675 dollars, devant la Tunisie à 52 424 dollars. La Tunisie se retrouve donc derrière plusieurs monarchies du Golfe en termes de seuil de satiété des revenus, mais devant l’Algérie et une grande partie des pays africains couverts par l’analyse.

Il faut toutefois rester prudent sur l’expression “classement du monde arabe” : l’analyse de Remitly ne constitue pas un classement régional officiel des pays arabes et tous les États arabes ne semblent pas nécessairement couverts de manière comparable dans les données disponibles. Il est donc plus rigoureux de parler de comparaison avec les pays arabes présents dans l’analyse.

Le paradoxe tunisien

Au fond, c’est peut-être cette dimension qui rend la donnée tunisienne intéressante. Un seuil de 52 424 dollars par an paraît considérable lorsqu’on le rapporte à la réalité des revenus en Tunisie. Et c’est précisément pour cela qu’il ne faut pas transformer ce chiffre en “salaire idéal” ou en montant à atteindre pour connaître le bonheur.

Il raconte plutôt quelque chose de plus subtil sur la relation entre revenus, coût de la vie et perception du bien-être.

La même somme ne procure pas le même niveau de confort à Tunis, à Reykjavik, à New York ou à Addis-Abeba. Les prix, les salaires, les services disponibles, les dépenses contraintes et le pouvoir d’achat modifient profondément la relation entre argent et satisfaction.

Et derrière les dollars et les classements, il reste une réalité très humaine : l’argent peut apporter davantage de sécurité, de liberté et de possibilités, mais il ne résume jamais à lui seul la manière dont une personne juge sa vie. C’est précisément la limite (et en même temps l’intérêt) de ce “prix du bonheur”.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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