La Tunisie s’apprête à accélérer le déploiement des bornes de recharge pour véhicules électriques, parallèlement à l’élaboration d’un nouveau cadre réglementaire encadrant cette activité. Mais à mesure que le nombre de véhicules électriques augmentera, un autre enjeu se posera avec davantage d’acuité : la capacité du réseau électrique à absorber des milliers de points de recharge, notamment les stations rapides.
Le réseau électrique tunisien dispose actuellement d’une capacité suffisante pour répondre aux besoins liés à la recharge des véhicules électriques. Toutefois, le principal défi apparaîtra avec la multiplication des points de recharge et leur éventuelle concentration dans certaines zones, estime l’expert en efficacité énergétique Adnane Haddad.
Selon lui, la question du renforcement du réseau doit être anticipée dès maintenant afin d’éviter d’éventuelles tensions sur certaines portions du réseau lorsque le parc de véhicules électriques prendra de l’ampleur.
Une vingtaine de véhicules en charge peut déjà peser sur le réseau
L’expert souligne qu’une station accueillant simultanément une vingtaine de véhicules en recharge peut générer une hausse importante de la consommation électrique. Il devient alors nécessaire de vérifier au préalable la capacité du réseau local et des transformateurs à supporter ces charges supplémentaires.
Cette problématique pourrait être particulièrement importante dans les zones où plusieurs stations seraient installées à proximité les unes des autres ou dans les secteurs connaissant déjà une forte demande en électricité.
Pour limiter cette pression, Adnane Haddad préconise notamment le recours à la recharge intelligente. Cette technologie permet d’adapter et de programmer la fourniture d’électricité en fonction du nombre de véhicules connectés et de la capacité disponible sur le réseau.
L’objectif est de répartir la demande dans le temps et d’éviter que tous les véhicules ne sollicitent simultanément le réseau à leur puissance maximale.
Les stations rapides nécessitent des études spécifiques
Le défi est encore plus important pour les grandes stations de recharge rapide, dont les besoins en puissance sont nettement supérieurs à ceux des bornes classiques.
Ces installations nécessitent, selon l’expert, des équipements électriques spécifiques ainsi que des études préalables permettant de déterminer la puissance nécessaire et de vérifier la capacité du réseau à absorber les nouvelles charges.
La planification du déploiement des infrastructures de recharge devra donc être accompagnée d’une évaluation des capacités du réseau électrique local, notamment au niveau des transformateurs et des équipements de distribution.
Le développement de la mobilité électrique pourrait également constituer une opportunité pour accélérer l’intégration des énergies renouvelables dans le secteur du transport.
Adnane Haddad estime ainsi que les stations de recharge pourraient, à terme, être équipées de panneaux photovoltaïques afin de produire une partie de l’électricité nécessaire à la recharge des véhicules.
Une telle approche permettrait de rapprocher le développement de la mobilité électrique de la transition énergétique et de réduire la dépendance des infrastructures de recharge à l’électricité issue du réseau.
L’ANME travaille à développer le réseau de recharge
Parallèlement, les autorités tunisiennes ont commencé à préparer le développement des infrastructures nécessaires à l’essor de la mobilité électrique.
L’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) travaille avec des investisseurs privés à la mise en place d’un réseau de stations de recharge. Des établissements publics et des municipalités ont également commencé à installer des points de recharge dans leurs zones d’intervention.
Selon une déclaration précédente à l’Agence TAP d’Abdelhamid Kanouni, directeur de la gestion de l’efficacité énergétique dans le secteur du transport au sein de l’ANME, ces initiatives s’inscrivent dans la préparation de l’essor de la mobilité électrique en Tunisie.
Le développement du marché des véhicules électriques ne dépendra donc pas uniquement du nombre de voitures mises en circulation ou de bornes installées. La capacité du réseau électrique, la recharge intelligente et l’intégration du solaire seront également déterminantes pour accompagner cette transition sans créer de nouvelles contraintes sur le système électrique.
R.I



