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Avec 1 500 euros par mois, que vaut réellement la retraite d’un Français en Tunisie ?

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  • 23 août 2026
  • 9 min de lecture
Avec 1 500 euros par mois, que vaut réellement la retraite d’un Français en Tunisie ?

Coût de la vie, climat, proximité géographique, francophonie et régime fiscal favorable : la Tunisie apparaît une nouvelle fois parmi les destinations privilégiées des retraités français. Un phénomène régulièrement mis en avant par les médias français, mais qui mérite d’être nuancé : si le pays dispose d’atouts réels, l’installation à l’étranger suppose aussi de prendre en compte les questions de santé, de résidence, de fiscalité et de coût réel de la vie.
La Tunisie revient sur le devant de la scène comme destination de retraite pour les Français. Deux publications françaises récentes, parues les 19 et 20 août 2026, remettent en lumière l’intérêt porté par les seniors de l’Hexagone au pays, et particulièrement à l’île de Djerba.
Dans un article publié le 20 août, le magazine Grazia présente Houmt Souk, capitale administrative de Djerba, comme une destination susceptible de séduire les retraités français à la recherche d’un cadre de vie plus abordable et ensoleillé. La publication met notamment en avant le climat, la proximité avec la France, la francophonie et le coût de la vie.
La veille, le site Europe Infos consacrait également un article à la question, en plaçant la Tunisie aux côtés du Maroc et du Sénégal parmi les destinations africaines permettant, selon lui, d’envisager une retraite avec un budget mensuel de l’ordre de 1.500 euros.
Ces articles ne constituent toutefois pas, à eux seuls, la preuve d’une arrivée massive de retraités français en Tunisie. Ils témoignent surtout d’un regain d’intérêt médiatique pour une destination déjà connue de longue date des candidats à l’expatriation.

La Tunisie dans le Top 10 des destinations de retraite

Cet intérêt trouve néanmoins un écho dans un classement consacré aux meilleures destinations de retraite à l’étranger.
Selon le palmarès 2026 de Retraite sans Frontières, la Tunisie occupe la septième place mondiale, derrière le Maroc, classé sixième, tandis que le Sénégal arrive huitième. Le Portugal, l’Espagne, la Grèce, la Thaïlande et l’île Maurice occupent les premières places.
Le classement repose notamment sur plusieurs critères : le pouvoir d’achat, qui représente 20 % de la note, mais aussi le climat, la qualité des soins, la sécurité et l’accessibilité.
La septième place tunisienne s’explique ainsi moins par un seul avantage que par une combinaison de facteurs.
Le pays est relativement proche de l’Europe, facilement accessible par avion, francophone dans une large partie de ses services et dispose d’un coût de la vie inférieur à celui de nombreuses destinations européennes. Djerba, Hammamet, Sousse ou encore certaines zones du Grand Tunis constituent depuis plusieurs années des points d’attraction pour les étrangers à la recherche d’un cadre de vie permanent ou semi-permanent.

Djerba, vitrine d’une retraite au soleil

Dans son article du 20 août, Grazia choisit précisément Houmt Souk pour illustrer cette tendance. La publication décrit une ville à taille humaine, marquée par ses ruelles, son architecture traditionnelle, son port et son environnement méditerranéen.
Le choix de Djerba n’est pas anodin. L’île réunit plusieurs éléments recherchés par les retraités européens : proximité de la mer, climat doux une grande partie de l’année, offre touristique développée, présence de services destinés aux étrangers et environnement francophone.
Mais l’attrait de Djerba ne doit pas être résumé à une carte postale. Pour un retraité qui envisage d’y vivre à l’année, les critères deviennent rapidement beaucoup plus concrets : logement permanent, accès aux soins, mobilité, démarches administratives, fiscalité, transferts bancaires et maintien des liens avec la famille restée en France.
C’est précisément sur cette dimension économique que les publications françaises insistent.

Un pouvoir d’achat qui peut changer d’échelle

Avec une pension de 1.500 euros par mois, le coût du logement et des dépenses quotidiennes constitue évidemment un élément central du choix.
Europe Infos présente la Tunisie comme l’une des trois options africaines permettant de réduire la pression exercée par les dépenses courantes par rapport à certaines régions d’Espagne ou du Portugal. Mais l’article souligne lui-même que le budget réel dépend fortement du quartier choisi, du niveau de confort recherché, des dépenses de santé, du transport, des assurances et des habitudes de consommation.
Cette nuance est importante. Il serait en effet réducteur de présenter la Tunisie comme une destination où 1.500 euros garantiraient automatiquement un niveau de vie élevé. Le coût d’un logement peut varier considérablement selon la ville, le quartier et la proximité du littoral. De même, le recours fréquent aux produits importés, aux services haut de gamme ou aux soins privés peut rapidement alourdir le budget. Autrement dit, le gain de pouvoir d’achat existe, mais il dépend du mode de vie.

L’avantage fiscal, un argument de poids

Parmi les arguments les plus souvent cités figure également la fiscalité. Sur ce point, il existe bel et bien un dispositif officiel. Le ministère tunisien des Finances précise que le revenu net des pensions et rentes viagères provenant de l’étranger bénéficie d’une déduction forfaitaire de 80 %, lorsque les pensions sont transférées en Tunisie, conformément aux conditions prévues par la législation.
Il ne s’agit donc pas d’une exonération pure et simple de 80 % de l’impôt. En pratique, l’abattement porte sur l’assiette imposable : 80 % de la pension est déduit pour déterminer le revenu net soumis au barème, sous réserve du respect des conditions légales.
La loi de finances pour 2026 a, par ailleurs, modifié le régime général applicable aux pensions en relevant progressivement l’abattement de droit commun à partir de 2027. Le dispositif spécifique concernant les pensions de source étrangère transférées en Tunisie reste toutefois distinct.
Cet avantage constitue un élément d’attractivité non négligeable pour les retraités étrangers qui envisagent de faire de la Tunisie leur lieu de résidence.

La santé, l’autre équation à ne pas négliger

Le coût de la vie ne constitue toutefois qu’une partie du calcul. Pour une personne retraitée, la question de la santé peut devenir déterminante. Sur ce terrain également, la Tunisie bénéficie d’un cadre particulier avec la France.
Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss) rappelle que la convention franco-tunisienne de sécurité sociale du 26 juin 2003 permet, sous certaines conditions, aux ressortissants français ou tunisiens titulaires d’une pension de vieillesse du régime français de bénéficier d’une couverture maladie en Tunisie au titre de leur retraite française.
Ce dispositif constitue un facteur de sécurisation important pour les retraités concernés. Il ne signifie toutefois pas que toutes les dépenses médicales sont automatiquement prises en charge ni que les situations individuelles sont identiques. Les droits dépendent notamment du parcours professionnel, du régime de retraite et de la situation personnelle.

Une attractivité ancienne, mais un profil qui évolue

L’intérêt des retraités français pour la Tunisie n’est d’ailleurs pas nouveau. Une enquête publiée par Le Monde en 2019 indiquait que la Tunisie comptait alors environ 22.000 pensionnés français résidents, tout en précisant qu’une grande partie était constituée de veuves ou de personnes ayant un lien historique avec le pays.
Cette donnée ancienne doit être maniée avec prudence et ne permet évidemment pas d’établir le nombre actuel de retraités français installés en Tunisie. Elle rappelle néanmoins une réalité : la relation entre la Tunisie et les retraités français ne date pas des articles publiés en août 2026.
Ce qui change aujourd’hui, c’est peut-être davantage la manière dont cette destination est perçue. Alors que l’Espagne et le Portugal ont longtemps concentré l’attention des retraités européens à la recherche de soleil et de proximité, la hausse des prix immobiliers dans certaines zones très demandées pousse une partie des candidats à élargir leur horizon.
Le Maroc, la Tunisie et le Sénégal apparaissent ainsi régulièrement dans les nouveaux comparatifs.

Une opportunité pour la Tunisie, mais pas un eldorado

La médiatisation récente de Djerba et, plus largement, de la Tunisie comme destination de retraite peut donc être lue comme un signal intéressant pour le pays. Elle traduit l’existence d’une demande internationale pour un mode de vie combinant climat, proximité de l’Europe et coût relativement maîtrisé.
Mais transformer cette attractivité en véritable avantage économique suppose davantage que des plages et des loyers abordables.
Pour séduire durablement des retraités étrangers, la Tunisie doit pouvoir proposer un environnement où le logement, la santé, les services, les transports, les démarches administratives et la sécurité répondent aux attentes d’une population qui, par définition, accorde une importance particulière à la stabilité et à la qualité des services.
C’est finalement ce que révèlent, en creux, les deux articles français publiés cette semaine : derrière l’’image séduisante du retraité français prenant son café au soleil à Djerba, il y a surtout une décision très concrète. Où vivre avec sa pension, comment préserver son pouvoir d’achat et comment vieillir dans de bonnes conditions ?
Sur cette équation, la Tunisie possède de sérieux arguments. Elle n’est toutefois pas la seule destination, et son attractivité ne saurait être mesurée uniquement à travers les slogans du type “vivre mieux qu’en France”. Les données disponibles invitent plutôt à parler d’une destination compétitive et reconnue, dont le potentiel auprès des retraités européens reste important.

 

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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