Djerba mise sur le biogaz et l’éolien pour transformer ses déchets en électricité
Porté par l’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie (ANME), le projet pilote de Djerba ambitionne d’offrir une double réponse à la crise de la gestion des ordures et aux besoins croissants en électricité, dessinant un modèle reproductible à l’échelle nationale.
Confrontée depuis plusieurs années à la prolifération des ordures, l’île des Lotophages est devenue le centre névralgique de la stratégie tunisienne de recyclage. Issu d’une étude environnementale menée en 2021, un plan complet d’économie circulaire a été déployé pour traiter de manière globale le volume annuel de 60 000 tonnes de déchets produits localement.
La moitié de ce gisement est constituée de matière organique, intégrant 10 000 tonnes issues de la filière hôtelière et triées à la source. Pour valoriser cette ressource, le schéma de traitement déploie plusieurs filières complémentaires. Les déchets organiques triés approvisionnent une unité de production de biogaz, tandis que les résidus organiques restants sont transformés par compostage aérobique en engrais naturel destiné au secteur agricole. De leur côté, les matériaux recyclables comme le plastique, le verre, l’aluminium et le fer réintègrent les circuits industriels, alors que les déchets non valorisables font l’objet d’une incinération avec récupération d’énergie.
Comme le rappelle Imed Landoulsi, directeur à l’ANME, la méthanisation représente d’abord une réponse d’assainissement avant d’être un vecteur d’électricité. La captation du méthane issu des ordures organiques est cruciale : ce gaz à effet de serre présente un potentiel de réchauffement global 20 à 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.
Ce modèle s’appuie sur des initiatives ayant déjà fait leurs preuves. Dans le gouvernorat de Sousse, le site pilote d’Oued Laya produit conjointement de l’électricité et de la chaleur grâce au biogaz. Plus tôt, une collaboration internationale avec la Chine a permis d’équiper une exploitation avicole de 20 000 volailles, où 4 tonnes quotidiennes de fientes sont désormais converties en énergie propre et en fertilisant biologique.
L’éolien, un atout stratégique pour compléter le mix énergétique
Parallèlement à la valorisation des déchets, la Tunisie poursuit le développement de son parc éolien, entamé dans les années 1980. Le pays compte désormais des infrastructures majeures, à l’image du site de Sidi Daoud près d’Haouaria, dont la puissance a atteint 54 MW en 2009, ou encore du projet de Bizerte (réparti entre Metline et Kchabta) d’une capacité ciblée de 190 MW.
Afin de guider ces investissements stratégiques, l’ANME a élaboré et mis à jour son atlas éolien national en 2009 et 2014, mesurant la vitesse ainsi que la direction des vent sur l’ensemble du territoire. Si le déploiement d’éoliennes exige un capital initial conséquent, le coût du kilowattheure produit s’avère particulièrement compétitif sur des installations à grande échelle.
Imed Landoulsi pointe toutefois la nécessité d’anticiper la gestion opérationnelle de ces équipements. Les turbines impliquent un mois de maintenance technique annuelle et disposent d’une durée de vie limitée entre 20 et 25 ans. Malgré ces contraintes, l’éolien conserve une valeur clé dans la stratégie nationale : sa capacité à injecter de l’électricité sur le réseau pendant la nuit offre un complément indispensable à l’énergie solaire, en attendant la maturité technologique et financière des solutions de stockage de masse.



