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Eau et électricité en Tunisie : une crise moins climatique que structurelle, selon Khouloud Toumi

  • 28 août 2026
  • 3 min de lecture
Eau et électricité en Tunisie : une crise moins climatique que structurelle, selon Khouloud Toumi

La canicule et les pics de consommation ne suffisent pas à expliquer les coupures d’eau et d’électricité qui touchent la Tunisie. Pour l’analyste économique Khouloud Toumi, la véritable cause se situe ailleurs : dans le sous-investissement chronique des infrastructures et dans la gouvernance défaillante des entreprises publiques.

Dans une publication mise en ligne le 27 août 2026 sur son compte Facebook, l’économiste conteste les explications purement climatiques ou saisonnières avancées jusqu’ici. Selon elle, la question à poser n’est pas pourquoi la demande a augmenté, mais pourquoi un choc pourtant prévisible s’est transformé en crise du service.

Toumi rappelle que la disponibilité de l’eau ne garantit pas la capacité à la pomper, la traiter et la distribuer efficacement. L’état des réseaux et leur capacité d’investissement pèsent autant que le niveau des ressources disponibles. Or l’accumulation du sous-investissement ne se voit pas immédiatement dans les comptes. Elle se traduit plus tard par une dégradation du service, des coûts de maintenance en hausse et des coupures.

L’analyste insiste également sur l’interdépendance entre les deux secteurs. L’eau nécessite de l’électricité pour être pompée et traitée, tandis que la production électrique repose elle-même sur un approvisionnement en eau stable. Traiter ces deux filières séparément, avertit-elle, expose à une mauvaise évaluation des risques, la fragilité de l’une pouvant se propager à l’autre puis au reste de l’économie. Elle illustre ce mécanisme par le marché de l’eau en bouteille : quand la fiabilité du réseau public recule, une partie de la demande bascule vers le secteur privé, sans que celui-ci puisse toujours absorber ce report, ses propres capacités de production étant parfois déjà sous pression.

Pour l’économiste, le cœur du problème réside dans la relation entre l’État et les entreprises publiques. Ces dernières sont sommées d’atteindre des objectifs économiques et sociaux multiples sans disposer des ressources ni de l’autonomie nécessaires. Faute de pouvoir couvrir leurs coûts, recouvrer leurs créances ou financer leurs investissements, elles perdent progressivement leur capacité à maintenir un service de qualité. La publication appelle à clarifier qui décide, qui finance et qui répond du résultat, plutôt que de faire porter la responsabilité à un seul acteur.

La jeune économiste pointe la dépendance aux importations d’énergie, d’équipements et de pièces détachées, qui exige des devises pour la consommation courante, mais tout autant pour préserver l’appareil productif. Comprimer les importations sans distinguer celles qui soutiennent la production de celles qui nourrissent uniquement la consommation risquerait, selon Toumi, de fragiliser davantage l’économie à moyen terme.

Auteur

S. M.

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