COP 31 : La voie vers la décarbonation et la résilience
La Conférence des Parties à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP31) se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026. Elle réunira les représentants des Etats, des institutions internationales, des collectivités, des entreprises et de la société civile du monde entier.
Dans un contexte marqué par l’accélération des impacts climatiques et la nécessité de renforcer la mise en œuvre de l’Accord de Paris, cette conférence constituera une étape majeure pour les discussions sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation au changement climatique, le financement climatique et la transition énergétique.
La Presse — Lors des assises de cette conférence, le Pacte mondial des Nations unies et ses différents réseaux pays présents se mobilisent pour amplifier les actions du secteur privé dans la lutte contre le changement climatique. La COP31 sera, en effet, l’occasion de valoriser les initiatives portées par les acteurs non étatiques et de renforcer la coopération internationale face à l’urgence climatique.
La Tunisie, pays participant à cet événement d’envergure, est, comme nombre de pays, de plus en plus touchée par les conséquences du changement climatique mondial. Afin de lutter contre l’augmentation des émissions, le pays s’est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. La contribution déterminée au niveau national (CDN) de la Tunisie prévoit de réduire les émissions de CO2 de 41 % d’ici 2030. Des efforts sont déployés également en vue de transformer l’économie nationale en adoptant une stratégie sobre en carbone et tournée vers l’avenir.
Le gouvernement prévoit la réduction des émissions dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’industrie, de l’agriculture, des déchets et des eaux usées. Avec une part avoisinant les 14% des émissions totales du pays, la production de ciment présente incontestablement un fort potentiel de réduction d’émissions. Le recours à des mécanismes de marché nationaux et internationaux et la tarification du CO2 sont susceptibles de constituer une solution efficace pour endiguer les émissions de gaz à effet de serre du pays.
La Tunisie honore ses engagements
Depuis sa ratification de l’Accord de Paris sur le climat, la Tunisie s’efforce activement afin d’honorer ses engagements internationaux et exprimer clairement sa volonté de se mobiliser à côté de la communauté internationale, pour lutter activement contre le changement climatique.
L’actualisation de la Contribution déterminée au niveau National (CDN) et sa soumission à la Ccnucc depuis 2021 viennent réaffirmer cette volonté.
L’élaboration de la Stratégie nationale bas carbone et résiliente aux changements climatiques (Snbc-RCC) avec un objectif ultime visant la neutralité carbone en 2050 témoigne aussi de l’engagement de la Tunisie de se mettre sur la trajectoire de 2°C (voire 1.5 °C) préconisée par l’Accord de Paris.
En s’engageant sur la scène internationale du climat et en tant que partie à la convention‑cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la Tunisie arrive avec une ambition renouvelée,celle de soumettre sa nouvelle contribution déterminée au niveau national, plaider pour un financement climatique équitable et accessible, et faire entendre sa voix dans les négociations sur l’adaptation, la résilience et la transition énergétique.
CDN 3.0 : une voie ambitieuse vers la décarbonation
L’élaboration de la CDN 3.0 a fait l’objet de plusieurs séances de dialogues approfondis menées dans les cinq districts du pays pour s’assurer que les objectifs climatiques s’alignent avec les réalités économiques et les vulnérabilités locales. « Cette démarche s’inscrit dans un cadre institutionnel en pleine mutation, marqué par les travaux en cours sur la future Loi Climat et l’opérationnalisation du Cadre de Transparence (CTR) de la Tunisie. Ces avancées permettront de renforcer le rôle de l’action climatique en tant qu’outil de coordination, avec un suivi rigoureux assurant précision et transparence », précisent Roudaina Zidi et Eya Djebbi, associées au projet «Renforcer le cadre de transparence de la CDN de la Tunisie», dans une étude publiée récemment par le Pnud, ayant pour thème : « la CDN 3.0 trace une voie ambitieuse vers décarbonation, adaptation et inclusion ».
Et d’ajouter qu’en matière d’atténuation, « la Tunisie s’engage à réduire son intensité carbone de 62 % d’ici 2035 par rapport à l’année de référence 2010, avec un objectif intermédiaire de 46,2 % en 2030. Cet effort de 62 % repose sur un partage équitable : 31 % d’efforts inconditionnels (financés par l’Etat, prouvant un engagement national accru) et 31 % conditionnés au soutien international ».
Pour y parvenir, le pays prévoit un déploiement massif des énergies renouvelables visant à atteindre 50 % du mix électrique (avec 5.960 MW installés d’ici 2030 et 10.200 MW d’ici 2035). Au-delà du secteur électrique, des actions massives sont prévues dans l’industrie, l’agriculture, les déchets, le recyclage, la valorisation énergétique et l’assainissement…
Atteindre l’objectif mondial sur l’adaptation
L’adaptation est au cœur de la CDN 3.0. Pour la Tunisie qui subit de plein fouet les stress hydriques et thermiques, « la planification repose sur une approche territoriale (au niveau des 5 districts du pays) et s’aligne de manière proactive sur les cibles du Cadre de l’objectif mondial sur l’adaptation (GGA). Cet alignement se traduit par des actions concrètes assorties d’indicateurs quantifiés visant à renforcer la résilience des systèmes clés ».
Par exemple, et face à la rareté des ressources, la CDN mise sur le dessalement et vise un taux ambitieux de réutilisation des eaux usées traitées atteignant 50 % d’ici 2035. Selon la même source, dans les domaines des infrastructures,santé et alerte précoce,« le pays prévoit la protection d’au moins 22 km de zones côtières particulièrement vulnérables (dont l’île de Djerba et le Golfe de Tunis) et la réhabilitation des zones humides associées. Les infrastructures critiques (hôpitaux, réseaux électriques) seront renforcées contre les inondations et les vagues de chaleur, avec un accent sur le déploiement de systèmes d’alerte précoce multirisques pour protéger les populations ».
Mobilisation financière
Une enveloppe de 55 milliards USD sera mobilisée pour la période 2026-2035, répartis comme suit : 47 % pour l’atténuation et 53 % pour l’adaptation, incluant le renforcement des capacités et le transfert technologique.
Pour relever ce défi, « la Tunisie compte s’appuyer sur la diplomatie climatique, les investissements concessionnels, et l’engagement du secteur privé. Elle mise activement sur les instruments de tarification carbone (notamment l’Article 6 de l’Accord de Paris) pour stimuler les investissements sur les projets bas carbone ».
Rappelons enfin que la Stratégie nationale bas carbone et résiliente au changement climatique (Snbc-RCC), mise en œuvre, constitue la feuille de route du pays pour aboutir à un développement durable, à faibles émissions de GES et résilient au changement climatique.
La Tunisie a opté pour l’élaboration d’une stratégie intégrant la composante transition bas-carbone, d’une part, et la résilience au changement climatique, d’autre part. L’élaboration d’une telle stratégie constitue une opportunité pour adopter un modèle de développement garantissant la croissance économique et le bien-être général de la population dans un contexte imposant une réactivité forte aux risques climatiques. En même temps, elle permettra au pays de respecter ses engagements pris à l’échelle internationale, notamment envers l’Accord de Paris (AP).



