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Tarente 2026 : trois sportifs tunisiens portés disparus en Italie, le spectre de la “migration sportive” refait surface

  • 30 août 2026
  • 6 min de lecture
Tarente 2026 : trois sportifs tunisiens portés disparus en Italie, le spectre de la “migration sportive” refait surface

La participation tunisienne aux Jeux méditerranéens de Tarente 2026 est désormais marquée par un phénomène qui dépasse le seul cadre sportif. Trois sportifs tunisiens ont, en quelques jours, disparu de leur délégation en Italie, relançant les interrogations sur les conditions offertes aux athlètes, la gestion des délégations à l’étranger et le phénomène de la migration sportive irrégulière.

Le dernier cas en date est celui de l’haltérophile Mohamed Amine Bouhajba, dont la disparition a été signalée vendredi à l’aéroport de Rome, quelques minutes avant le départ du vol interne vers Brindisi, dans le cadre du déplacement de la délégation tunisienne vers Tarente.

Selon Ridha Ayachi, chef de la délégation tunisienne d’haltérophilie, les membres du groupe n’ont constaté l’absence du sportif qu’une fois à bord de l’avion, après que l’équipage eut signalé qu’un siège correspondant à un passager enregistré était resté vacant. La fédération tunisienne d’haltérophilie a ensuite été informée de l’incident.

Bouhajba devait participer à l’épreuve des 65 kg. Il avait déjà remporté deux médailles de bronze aux Jeux méditerranéens d’Oran en 2022 ainsi que trois médailles de bronze aux Championnats d’Afrique 2026. Son absence constitue donc également une perte sportive pour la sélection tunisienne.

Trois cas en quelques jours

Cette affaire n’est pas isolée. Elle intervient après deux autres disparitions signalées au sein de la délégation tunisienne.
Le premier cas concerne la lutteuse Chahd Jeljeli, âgée de 20 ans. La sportive avait disparu du lieu d’hébergement de la délégation tunisienne et le chef de la délégation officielle, Hatem Mernaoui, avait confirmé que ses proches et responsables étaient sans nouvelles d’elle. Une enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances de sa disparition. Des informations ont par ailleurs fait état d’un possible départ vers la France, sans que les circonstances exactes de ce déplacement aient été établies publiquement.
Le deuxième cas concerne Mohamed Amine Saïdi, joueur tunisien de raffa. Le président de la Fédération tunisienne de boules et pétanque, Imed Bouzriba, avait indiqué à la TAP que le joueur était porté disparu depuis son arrivée à l’aéroport de Rome, alors que la délégation s’apprêtait à regagner la Tunisie. Des recherches ont été effectuées en coordination avec les responsables de la sécurité de l’aéroport, sans résultat.
Avec le cas de Bouhajba, le nombre de sportifs tunisiens portés disparus dans le cadre de cette participation atteint donc trois. La succession de ces incidents, dans un laps de temps particulièrement court, donne une nouvelle dimension à une problématique déjà apparue dans le sport tunisien.

Une “migration sportive” qui ne date pas d’aujourd’hui

Les événements de Tarente ne constituent pas un précédent isolé. En 2024, trois haltérophiles tunisiens (Hamza Ben Amor, Sajer Jebali et Loujayn Amara) avaient déjà disparu de la délégation nationale lors d’un déplacement à Madrid, selon plusieurs sources de presse.
Plus récemment, le cas de la championne tunisienne d’haltérophilie Ghofrane Belkhir a également relancé le débat. Après sa disparition de la délégation tunisienne à l’aéroport d’Oslo en 2025, elle a finalement officialisé en juillet 2026 son intégration à l’équipe nationale allemande. Elle représente désormais l’Allemagne en compétition internationale.


Cette évolution illustre une autre facette du phénomène : au-delà des départs non autorisés au cours des compétitions internationales, certains sportifs de haut niveau cherchent à poursuivre leur carrière dans des pays offrant de meilleures conditions d’entraînement, d’encadrement, de financement et de perspectives professionnelles.

Le sport tunisien face à la fuite de ses talents

Le phénomène intervient dans un contexte où le sport tunisien est confronté à d’importantes contraintes financières et structurelles. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, la Tunisie avait envoyé 26 athlètes, contre 63 à Tokyo en 2021. Le président du Comité national olympique tunisien avait alors évoqué notamment les difficultés financières, les infrastructures d’entraînement et les moyens limités de plusieurs fédérations.
Dans plusieurs disciplines individuelles, les sportifs sont confrontés à des parcours de préparation coûteux, à des moyens d’encadrement limités et à des perspectives professionnelles parfois incertaines. Ces difficultés peuvent contribuer à rendre plus attractives les opportunités offertes à l’étranger, notamment en Europe.
Il convient toutefois de ne pas établir automatiquement un lien entre les trois disparitions de Tarente et une volonté de migration irrégulière. Dans les cas de Jeljeli, Saïdi et Bouhajba, les autorités et responsables sportifs ont essentiellement fait état de disparitions ou de ruptures de contact. Les intentions précises des trois sportifs doivent encore être établies.

Des questions sur la gestion des délégations

La succession de ces incidents soulève néanmoins une autre question : celle des dispositifs de suivi et de contrôle des sportifs lors des déplacements internationaux.
Comment expliquer que trois membres d’une même délégation nationale puissent disparaître à quelques jours d’intervalle ? Les procédures d’accompagnement et de contrôle sont-elles suffisamment adaptées aux déplacements dans les grands aéroports européens ? Les responsables des fédérations disposent-ils de moyens suffisants pour assurer le suivi de leurs athlètes ? Et surtout, quelles sont les causes profondes qui peuvent pousser certains sportifs à ne pas regagner la Tunisie ?
Autant de questions auxquelles les enquêtes ouvertes à la suite de ces incidents pourraient apporter des éléments de réponse.
Car derrière les trois noms de Tarente se profile une problématique plus large : celle de la capacité du sport tunisien à retenir ses talents et à leur offrir des perspectives à la hauteur de leurs ambitions.
L’enjeu dépasse ainsi la seule sécurité des délégations. Il touche à la politique sportive, au financement des disciplines individuelles, à l’accompagnement des jeunes athlètes et, plus largement, à la capacité de la Tunisie à conserver les talents qu’elle forme.

Auteur

M. B

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