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Relations tuniso-libyennes – Kaïs Saïed : « Chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre »

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  • 6 septembre 2026
  • 6 min de lecture
Relations tuniso-libyennes – Kaïs Saïed : « Chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre »

Le Président Kaïs Saïed s’est entretenu, mardi, par téléphone avec le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed El-Menfi. Un échange qui a permis de réaffirmer la solidité des relations tuniso-libyennes autour de deux axes majeurs, à savoir la sécurité des frontières et la fluidité de la circulation des personnes et des marchandises, ainsi que l’évolution de la crise libyenne.

La Presse — L’appel intervient dans un contexte où les deux pays cherchent à renforcer leur coordination face aux défis sécuritaires, politiques et économiques qui pèsent sur leur espace frontalier commun. Les deux dirigeants ont aussi évoqué les liens unissant les deux peuples frères et la nécessité de surmonter ensemble les difficultés du moment. Cet échange conjugue ainsi une dimension bilatérale directe et un enjeu régional plus large, la stabilité de la Libye étant présentée comme directement liée à la sécurité de la Tunisie et de son espace frontalier.

Prévenir les crises et fluidifier les frontières

Le Chef de l’Etat a mis en relief, à cette occasion, la nécessité d’intensifier le rythme de la concertation entre les deux pays, afin de transformer le dialogue politique en un mécanisme permanent capable de traiter les dossiers communs avant qu’ils ne dégénèrent en crises. Il va sans dire que plusieurs postes-frontières relient aujourd’hui la Tunisie et la Libye, et leur bon fonctionnement pèse directement sur l’économie des régions concernées, en particulier dans le sud-est tunisien, où il conditionne la mobilité des travailleurs et l’activité économique locale.

Pour notre pays, la fluidité de ces passages ne relève donc pas seulement de la diplomatie, elle détermine une bonne part des échanges commerciaux et du quotidien des populations frontalières.

Cette dynamique commerciale reste mesurable, malgré les difficultés persistantes qui ont affecté le commerce transfrontalier entre les deux pays et les conditions de passage parfois éprouvantes, faut-il le signaler, pour les Tunisiens aux postes-frontières. Les échanges entre les deux pays ont, en effet, progressé de 11 % en 2025, pour atteindre environ 2,89 milliards de dinars. Une progression qui confirme la place que tient déjà la Libye parmi les partenaires économiques de la Tunisie, dans un voisinage appelé à se renforcer davantage encore.

Sur le plan politique, Kaïs Saïed a réaffirmé une constante de la diplomatie tunisienne. La Libye est un État souverain, et seule une solution « libyco-libyenne », portée par la volonté des Libyens eux-mêmes, peut résoudre durablement la crise. Il a, à cet effet, exprimé sa confiance dans la capacité des Libyens à parvenir à un compromis interne, estimant que le rôle des acteurs extérieurs doit se limiter à faciliter ce consensus sans s’y substituer. Cette constance, loin d’être conjoncturelle, s’inscrit dans une continuité diplomatique qui remonte à 2019.

Une diplomatie de la constance

Ce n’est pas une nouveauté. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Kaïs Saïed défend inlassablement la même ligne pour la Libye, celle de préserver l’unité et l’intégrité territoriale du pays, de laisser les Libyens décider seuls de leur sort et de refuser toute ingérence étrangère susceptible de prolonger les divisions.

Lors de son récent appel avec Mohamed El-Menfi, il a repris cette formule devenue familière, celle de “la position constante de la Tunisie”, insistant surtout sur un point, les Libyens disposent eux-mêmes des capacités nécessaires pour trouver une solution qu’ils accepteront et qui garantira la sécurité et la stabilité de leur pays, une manière de rappeler que ce sont eux, avant tout, qui doivent rester aux commandes du processus.

Notre pays a traduit cette ligne par des actes concrets, de l’accueil du Forum de dialogue politique libyen à l’appel lancé aux responsables du pays à unifier leurs positions autour d’un projet national commun, en passant par des prises de position réitérées dans les enceintes arabe, africaine et tripartite avec l’Algérie et l’Égypte. Toutes convergent vers le même objectif, un règlement porté par le dialogue et la réconciliation, sous l’accompagnement de l’ONU et à l’écart de toute ingérence extérieure.

La déclaration de septembre 2026 s’inscrit dans cette continuité, plaçant une nouvelle fois la volonté des Libyens au cœur du règlement de la crise, avec pour horizon la reconstruction des institutions, la réconciliation nationale et le retour à la sécurité et à la stabilité du pays.

Un enjeu de sécurité nationale pour la Tunisie

Cette position répond aussi à une préoccupation directement liée à la sécurité nationale tunisienne. La Tunisie partage une longue frontière avec la Libye et considère, depuis plusieurs années, que la stabilité de son voisin oriental constitue un facteur essentiel de sa propre sécurité. Une Libye durablement divisée, caractérisée par la concurrence entre institutions, la présence de groupes armés et les interventions de puissances étrangères, représente nécessairement un risque pour l’ensemble de son environnement régional.

Notre pays entend ainsi maintenir un dialogue étroit avec les autorités libyennes, malgré les divisions institutionnelles qui continuent de peser sur la stabilisation du pays. C’est pourquoi le Chef de l’État a martelé, lors de cet échange téléphonique récent, que « chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre comme il veille à la sienne propre », affirmant que les exemples illustrant la profondeur et la solidité des relations entre les deux peuples sont innombrables et difficiles à recenser.

Au final, les deux pays sont liés par leur géographie, leurs populations, leurs échanges et, surtout, par une même exigence de sécurité. Ce qui se passe en Libye ne peut donc pas laisser la Tunisie indifférente, pas plus que l’instabilité aux frontières ne peut être sans conséquence pour les Libyens.

En défendant une solution que les Libyens peuvent eux-mêmes accepter, tout en maintenant le dialogue avec leurs responsables, notre pays cherche, d’abord, à préserver un voisinage stable et apaisé. La formule de Kaïs Saïed résume finalement cette proximité : « Chaque frère doit veiller scrupuleusement à la sécurité de l’autre comme il veille à la sienne propre».

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Auteur

Samir DRIDI

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