Economie

Marché du travail : Le diplôme seul ne suffit plus !

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  • 8 septembre 2026
  • 9 min de lecture
Marché du travail : Le diplôme seul ne suffit plus !

Trouver un emploi après des années d’études n’a jamais été aussi difficile pour de nombreux jeunes diplômés. La question de l’employabilité devient plus que jamais centrale. Le diplôme reste une porte d’entrée essentielle, mais il ne suffit plus toujours à faire la différence. Dans un marché du travail en pleine mutation, savoir s’adapter, développer de nouvelles compétences et démontrer concrètement ce que l’on sait faire devient un véritable atout. L’intelligence artificielle pourrait, à ce titre, offrir de nouvelles opportunités pour mieux se préparer aux attentes des entreprises.

La Presse — Etre embauché immédiatement après l’obtention d’un diplôme est devenu un véritable parcours pour de nombreux jeunes Tunisiens. Malgré plusieurs années d’études et des qualifications parfois solides, l’entrée sur le marché du travail reste difficile. Au deuxième trimestre de l’année en cours, 26,6 % des diplômés de l’enseignement supérieur étaient au chômage, selon les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS).

Un chiffre qui rappelle l’ampleur du défi de l’employabilité. Car aujourd’hui, le diplôme, aussi important soit-il, ne suffit plus toujours à ouvrir les portes de l’entreprise. Les recruteurs recherchent également des candidats capables de s’adapter, d’acquérir rapidement de nouvelles compétences et, surtout, de démontrer concrètement ce qu’ils savent faire.

Des exemples réussis

Dans un marché du travail en pleine transformation, marqué notamment par l’essor de l’intelligence artificielle, la question n’est donc plus seulement de savoir ce que l’on a étudié, mais aussi ce que l’on est capable de faire avec ses connaissances.

Wafa Laâmiri, CEO de Crit Tunisie, décrypte ces nouvelles réalités et explique comment les jeunes diplômés peuvent utiliser les nouveaux outils, notamment l’intelligence artificielle, pour renforcer leurs compétences et améliorer leur employabilité.

Le chiffre de 26,6 % prend d’autant plus de relief qu’il s’inscrit dans une évolution préoccupante. En l’espace de six mois, le taux de chômage des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur est passé de 22,5 % au quatrième trimestre 2025 à 26,6 % au deuxième trimestre 2026, soit une progression de plus de quatre points. Publié par l’Institut national de la statistique (INS) en août 2026, cet indicateur illustre les difficultés persistantes d’insertion des diplômés sur le marché du travail.

Cette situation intervient par ailleurs dans un contexte où les compétences recherchées évoluent rapidement, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle. À cet égard, l’« African AI Governance Index », qui évalue les politiques et les dispositifs de gouvernance de l’intelligence artificielle dans 55 pays africains, apporte un autre éclairage. L’indice prend notamment en compte le cadre institutionnel et réglementaire, les politiques publiques dédiées à l’IA, les programmes de formation, le nombre de diplômés ainsi que l’écosystème des start-up.

Le Rwanda, par exemple, figure parmi les pays africains les mieux positionnés, grâce à une stratégie et à un cadre de gouvernance de l’IA particulièrement avancés.

Pour Wafa Laâmiri, l’intelligence artificielle peut justement constituer un véritable levier pour renforcer l’employabilité des jeunes diplômés et les aider à mieux répondre aux nouvelles exigences du marché du travail.

L’IA ne résoudra évidemment pas, à elle seule, le problème structurel du chômage en Tunisie. Les politiques publiques, les entreprises et les établissements de formation ont un rôle essentiel à jouer. En attendant des réponses structurelles plus profondes, l’intelligence artificielle peut devenir un outil concret permettant aux jeunes diplômés de mieux valoriser leurs compétences et de se préparer aux nouveaux besoins du marché. Le diplôme reste important, bien évidemment. Aujourd’hui, il faut surtout être capable de démontrer concrètement ce que l’on sait faire.

L’IA, véritable levier de performance

Partageant son expérience, Wafa Laamiri explique que son agence de recrutement, Crit Tunisie, a mis en place un agent d’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas simplement d’un chatbot, mais d’un véritable outil destiné à améliorer et à optimiser le processus interne de recrutement.

Les résultats sont significatifs. La responsable souligne qu’une amélioration de la productivité pouvant atteindre 50 % a été constatée. Globalement, le délai de recrutement, ou « time to hire », est passé de quatre à six semaines à deux ou trois semaines.

Pour Laamiri, cette expérience démontre que l’intelligence artificielle peut constituer un véritable levier de performance. Elle insiste également sur le fait que cette technologie peut devenir un outil au service de l’employabilité.

Un jeune diplômé peut, par exemple, utiliser l’IA pour réaliser un diagnostic de son profil. En intégrant des informations sur son diplôme, ses compétences, ses stages, ses expériences, ses centres d’intérêt et les métiers auxquels il aspire, il peut identifier les postes les plus adaptés à son profil.

L’objectif, précise-t-elle, n’est pas de laisser l’IA décider à la place du candidat, mais de l’utiliser comme un outil d’analyse et d’orientation.

L’IA peut ainsi aider à identifier les compétences manquantes, les formations à suivre et les expériences à développer pour améliorer son employabilité. Elle peut également contribuer à construire un parcours de formation personnalisé, en fonction des besoins du marché et des objectifs professionnels du candidat.

Le véritable enjeu est donc de passer du diplôme à la compétence démontrée.

Prenons un exemple concret : vous êtes diplômé en ressources humaines et vous souhaitez devenir chargé de recrutement. Au lieu de vous présenter uniquement avec un diplôme en ressources humaines, vous pouvez utiliser l’IA pour développer de nouvelles compétences et réaliser des projets concrets.

Vous pouvez apprendre à rédiger des prompts efficaces, à utiliser des outils d’IA générative, à rechercher et analyser des CV, à préparer des entretiens ou encore à concevoir un processus de recrutement assisté par l’intelligence artificielle.

Vous pouvez même créer un projet concret : imaginer et présenter un processus de recrutement augmenté par l’IA.

Le jour où vous vous présentez devant un recruteur, votre discours change. Vous ne dites plus simplement : « J’ai un diplôme en ressources humaines et je cherche un poste de chargé de recrutement» Vous pouvez désormais dire : « J’ai un diplôme en ressources humaines, je maîtrise certains outils d’IA, je sais effectuer du sourcing, analyser des profils et concevoir un processus de recrutement optimisé par l’intelligence artificielle»

Comme le fait valoir Wafa Laamiri, c’est cette capacité à démontrer concrètement ce que l’on sait faire qui peut faire la différence sur le marché du travail. Et cette logique peut s’appliquer à tous les secteurs.

Les compétences qui font la différence

Dans ce contexte, Wafa Laamiri met en avant plusieurs compétences qui deviennent particulièrement importantes dans un marché du travail en pleine transformation. La première concerne naturellement la maîtrise des outils d’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas simplement de connaître leur existence, mais de savoir les utiliser de manière pertinente dans son activité. De nombreuses formations gratuites sont aujourd’hui disponibles, en complément de formations certifiantes ou payantes.

L’enjeu est surtout de comprendre comment intégrer intelligemment l’IA dans son travail, qu’il s’agisse de rédiger un rapport, d’analyser des données, de programmer, de créer du contenu, de rechercher des informations ou encore d’automatiser certaines tâches. La maîtrise de ces outils devient progressivement une compétence professionnelle à part entière. Mais savoir utiliser l’IA ne dispense pas de réfléchir. Au contraire. La capacité d’analyse et l’esprit critique deviennent essentiels alors que l’intelligence artificielle peut produire rapidement des réponses, des analyses et du contenu. Ces résultats doivent être vérifiés, analysés et interprétés. L’utilisateur doit donc conserver son jugement et ne pas accepter automatiquement ce que produit une machine.

Autre évolution importante : la capacité à démontrer ce que l’on sait faire. Un CV ne peut plus être le seul élément permettant de présenter sa valeur à un recruteur. Il devient essentiel d’être capable d’identifier un problème, de travailler sur celui-ci et de proposer une solution concrète. Les projets, les réalisations et les compétences prennent ainsi une place croissante dans l’évaluation d’un candidat.

Cette évolution ne signifie pas pour autant que la technologie remplace les qualités humaines. Bien au contraire. La communication, l’esprit d’équipe, l’écoute active, la créativité, la capacité à résoudre des problèmes et l’intelligence relationnelle restent essentielles. Plus les outils technologiques progressent, plus certaines compétences humaines prennent de la valeur.

Enfin, l’adaptabilité et l’apprentissage continu apparaissent comme une compétence fondamentale dans un monde professionnel en constante évolution. Les métiers changent, de nouvelles compétences apparaissent et les outils se renouvellent rapidement. La capacité à apprendre en continu et à s’adapter doit donc devenir une véritable culture professionnelle.

Le diplôme est une première étape, mais il ne doit pas constituer le point final d’un parcours professionnel.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la question n’est plus seulement de savoir ce que vous avez étudié, mais également ce que vous êtes capable de faire, de créer, de résoudre et d’apporter à une entreprise.

L’intelligence artificielle peut accompagner cette démarche. Elle peut aider à identifier ses compétences, à détecter ses lacunes, à construire un parcours de formation et à réaliser des projets concrets. Elle reste toutefois un outil.

La véritable valeur ajoutée réside dans la capacité à apprendre, à analyser, à créer et à s’adapter.

Le conseil du jour de Wafa Laamiri est donc clair : ne pas s’enfermer dans son diplôme, développer ses compétences, utiliser l’IA intelligemment et, surtout, apprendre à démontrer concrètement ce que l’on sait faire.

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Auteur

Sabrine AHMED

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