Economie

Lutte anti-corruption en Afrique : Des signaux encore contrastés

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  • 11 septembre 2026
  • 7 min de lecture
Lutte anti-corruption en Afrique : Des signaux encore contrastés

Après plusieurs années de recul, la lutte contre la corruption semble amorcer un redressement sur le continent africain. Les données préliminaires de l’Indice « Ibrahim de la gouvernance africaine pour 2026 » révèlent toutefois une réalité profondément contrastée. Si certains pays enregistrent des progrès spectaculaires, près de 60 % de la population africaine vit dans des pays où la situation s’est détériorée depuis 2016. La Tunisie figure parmi les dix pays les mieux classés et se distingue particulièrement dans le domaine des marchés publics.

La Presse — Après une décennie marquée par des avancées limitées et de nombreux retournements, la lutte contre la corruption en Afrique montre quelques signes de reprise. C’est l’un des principaux constats du rapport publié en juillet 2026 par la Fondation « Mo Ibrahim », sur la base des résultats préliminaires de l’édition 2026 de l’Indice « Ibrahim de la gouvernance africaine » (Iiag).

Entre 2016 et 2025, le score moyen du continent en matière de lutte contre la corruption est passé de 38,6 à 39,1 points sur 100. Une progression de seulement 0,5 point sur dix ans, qui traduit la lenteur des transformations engagées. Derrière cette évolution modeste se cache cependant une trajectoire plus mouvementée. Après une dégradation enregistrée jusqu’en 2020, la tendance s’est inversée et le continent a gagné 1,4 point depuis cette date.

Une amélioration croissante

La Fondation « Mo Ibrahim » évoque ainsi une « amélioration croissante » depuis le début de la décennie. Cette reprise reste néanmoins insuffisante pour masquer les profondes disparités entre les pays africains. Sur les 54 pays étudiés, 28 ont enregistré une détérioration de leur situation depuis 2016. Ils regroupent près de 58,8 % de la population du continent. À l’inverse, 26 pays, représentant 41,2 % de la population africaine, ont progressé.

Le constat est donc paradoxal : l’Afrique affiche, dans son ensemble, une légère amélioration, mais une majorité d’Africains vivent dans des pays où la lutte contre la corruption s’est affaiblie au cours de la dernière décennie.

Les écarts entre les pays sont considérables. Les Seychelles constituent le cas le plus spectaculaire, avec une progression de 26,3 points entre 2016 et 2025. Le pays rejoint désormais le Rwanda à la première place du classement africain, avec un score de 76,6 points.

Le Rwanda, qui occupe régulièrement les premières positions du classement, a également progressé de 2,6 points sur la décennie. Derrière ces deux pays figurent notamment Maurice, le Sénégal, le Bénin, le Botswana, la Namibie, le Cap-Vert, la Tunisie et le Burkina Faso.

À l’autre extrémité du classement, le Soudan du Sud reste le pays le moins bien noté, avec un score de 6,9 points en 2025, contre 11,6 en 2016. L’écart entre les meilleurs et les moins bons élèves atteint ainsi près de 70 points, illustrant l’ampleur des différences de gouvernance sur le continent.

Parmi les pays ayant enregistré les plus fortes progressions au cours de la décennie figurent également l’Angola, le Tchad, la Somalie et le Togo. Ces évolutions montrent qu’un redressement est possible, y compris dans des pays partant de niveaux particulièrement faibles. La Somalie, par exemple, reste classée parmi les derniers pays du continent, mais sa progression sur dix ans constitue un signal encourageant.

À l’inverse, les Comores, le Liberia, l’Afrique du Sud, le Niger et le Botswana figurent parmi les pays ayant connu les reculs les plus importants.

La Tunisie dans le Top 10 africain

La Tunisie figure parmi les dix pays africains les mieux classés en matière de lutte contre la corruption. Selon les données de la Fondation « Mo Ibrahim », elle occupe la neuvième position en 2025, avec un score de 55,9 points sur 100, contre 51,7 points en 2016. Le pays gagne ainsi 4,2 points sur la période et progresse de trois places dans le classement continental.

L’une des évolutions les plus marquantes concerne les procédures de passation des marchés publics. Sur cet indicateur, la Tunisie affiche une progression de 45,6 points depuis 2016, pour atteindre un score de 80,2 points en 2025. Cette évolution place le pays parmi ceux ayant enregistré les avancées les plus importantes du continent dans ce domaine.

Ces résultats témoignent d’une évolution globalement positive sur la dernière décennie et soulignent l’importance des dispositifs de transparence et de gouvernance dans le renforcement de l’environnement institutionnel. La Tunisie conserve ainsi une position relativement favorable à l’échelle africaine, aux côtés notamment des Seychelles, du Rwanda, de Maurice, du Sénégal et du Bénin.

À l’échelle régionale, l’Union du Maghreb arabe (UMA) enregistre la plus forte amélioration sur dix ans parmi les huit communautés économiques régionales analysées par la Fondation « Mo Ibrahim ». Son score moyen progresse de 4,6 points pour atteindre 40 points en 2025.

Le rapport relève surtout que les cinq États membres de l’UMA ont tous amélioré leur score depuis 2016, une situation unique parmi les communautés régionales étudiées.

Cette performance contraste avec celle de la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc), qui conserve le meilleur score moyen en 2025 avec 44,5 points, mais affiche un léger recul sur dix ans. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), qui couvre principalement des pays de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Est, ferme le classement régional avec un score moyen de 26,9 points.

Une confiance encore fragile

Le rapport examine six dimensions de la lutte contre la corruption : les mécanismes de lutte contre la corruption, l’absence de corruption dans les institutions publiques, les secteurs public et privé, les procédures de marchés publics et la perception de l’action anticorruption.

Les progrès les plus importants concernent l’absence de corruption dans le secteur privé, dont le score moyen africain a gagné 4,7 points depuis 2016. En revanche, la situation dans le secteur public demeure beaucoup plus préoccupante. Après une légère amélioration jusqu’en 2023, l’indicateur est retombé en 2025 au même niveau qu’en 2016. La perception de la lutte contre la corruption constitue le principal point faible. Elle a reculé de quatre points sur la décennie, même si une reprise est observée depuis son plus bas niveau atteint en 2022.

Ce constat met en évidence l’un des principaux défis du continent : améliorer les institutions et les mécanismes de contrôle ne suffit pas toujours à convaincre les citoyens que la corruption recule réellement. Le redressement observé depuis 2020 apparaît donc comme une évolution encourageante, mais encore fragile. Pour la Fondation « Mo Ibrahim », l’Afrique est passée d’une phase de dégradation à une phase de reprise. La diversité des trajectoires nationales montre cependant qu’aucune tendance continentale ne peut masquer les réalités propres à chaque pays.

Au-delà des lois et des institutions, l’enjeu sera désormais de transformer les mécanismes de lutte contre la corruption en résultats visibles et durables, capables de renforcer à la fois la transparence de l’action publique et la confiance des citoyens.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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