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Chaleur en plein hiver, pluies intenses… À quoi doit s’attendre la Tunisie ?

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  • 12 septembre 2026
  • 10 min de lecture
Chaleur en plein hiver, pluies intenses… À quoi doit s’attendre la Tunisie ?

L’automne et l’hiver 2026-2027 pourraient présenter des caractéristiques inhabituelles, dans un contexte marqué par la poursuite du réchauffement climatique et le retour du phénomène El Niño. Des températures supérieures aux moyennes, des épisodes de chaleur inhabituels en hiver et des précipitations potentiellement importantes mais concentrées sur de courtes périodes pourraient notamment marquer les prochains mois. L’ingénieur environnemental et expert des questions climatiques, Hamdi Hachad, appelle surtout à anticiper les conséquences de ces changements sur les infrastructures, l’agriculture et les modes de vie.

L’automne et l’hiver 2026-2027 pourraient être “exceptionnels”, selon l’ingénieur environnemental et expert des questions climatiques Hamdi Hachad, qui souligne toutefois que l’établissement de prévisions précises nécessite l’analyse d’un ensemble de données scientifiques et climatiques.

Intervenant vendredi soir 11 septembre 2026 sur Diwan FM, l’expert a expliqué que plusieurs éléments doivent être pris en considération avant de tirer des conclusions sur l’évolution des conditions météorologiques au cours des prochains mois.

Il évoque néanmoins un quasi-consensus dans les milieux universitaires et de recherche ainsi qu’au sein d’organisations de référence quant au caractère potentiellement exceptionnel de l’automne et de l’hiver 2026.

Trois années parmi les plus chaudes jamais enregistrées

Pour Hamdi Hachad, cette situation doit d’abord être replacée dans le contexte plus large de l’évolution des températures à l’échelle mondiale.

Depuis plusieurs années, une tendance générale à la hausse des températures est observée. L’expert relève qu’une légère pause avait pu être observée autour de 2020, notamment au début de la pandémie de Covid-19, avant que la tendance haussière ne reprenne.

Selon lui, trois années consécutives ont ensuite enregistré des niveaux de température particulièrement élevés à l’échelle mondiale : 2023 occupe la deuxième position, 2024 la première et 2025 la troisième.

Quant à 2026, elle devrait, selon ses projections, figurer elle aussi parmi les années les plus chaudes lorsque les données de l’année seront définitivement établies.

“La Tunisie n’est évidemment pas isolée face à cette évolution. Les phénomènes climatiques ne tiennent pas compte des frontières politiques et concernent différentes régions du monde”,  rappelle l’expert.

Hamdi Hachad revient aussi sur un autre indicateur du changement climatique. En juillet, ou au cours de la première semaine de juillet 2024, la hausse de la température moyenne mondiale avait dépassé pour la première fois le seuil de 1,5 degré, un niveau qui, selon les éléments évoqués par l’expert, n’avait pas été atteint depuis environ 127.000 ans, au regard des connaissances issues de la climatologie et de la paléoclimatologie.

Il estime ainsi que les températures actuellement enregistrées pourraient être sans précédent dans l’histoire humaine telle qu’elle est connue et étudiée.

El Niño, un phénomène naturel qui revient dans un contexte exceptionnel

À cette tendance de fond s’ajoute le phénomène El Niño, auquel l’expert attribue également une importance dans l’analyse des prochains mois.

“El Niño est un phénomène naturel résultant d’une interaction entre l’atmosphère terrestre et la couche superficielle des eaux de l’océan, notamment dans la partie orientale de l’océan Pacifique”, rappelle l’expert.

Hamdi Hachad explique que son appellation remonte aux pêcheurs équatoriens, qui avaient observé, durant la période de décembre correspondant aux fêtes de Noël, une hausse de la température des eaux océaniques. Le terme espagnol “El Niño”, qui signifie “ l’enfant”, fait ainsi référence à l’Enfant Jésus.

Sur le plan scientifique, l’expert évoque notamment la zone dite “Niño 3.4”, utilisée pour effectuer des mesures et suivre l’évolution du phénomène. Lorsque les températures de la couche superficielle de l’océan augmentent dans cette zone, avec une hausse pouvant atteindre environ 2 à 2,2 degrés, les conditions correspondant au phénomène El Niño sont réunies.

Un phénomène similaire avait déjà été observé autour de 2014-2015, mais il n’avait pas été particulièrement intense. Après une dizaine d’années, El Niño revient donc, mais dans un contexte que l’expert qualifie d’exceptionnel, marqué notamment par la hausse globale des températures.

Des pluies potentiellement importantes, mais concentrées

Dans ce contexte, Hamdi Hachad estime que la Tunisie pourrait connaître, durant l’automne, des températures supérieures aux moyennes saisonnières accompagnées de précipitations importantes concentrées sur de courtes périodes.

Pour l’hiver, en revanche, il ne prévoit pas nécessairement un refroidissement plus marqué.

“La tendance générale est que les hivers commencent à être plus chauds qu’auparavant”, explique-t-il en substance, observant que les périodes de froid persistent mais que le caractère thermique de l’hiver évolue progressivement.

Selon lui, il ne faudra donc pas s’étonner de voir survenir, au cours de l’hiver 2026-2027, des épisodes de chaleur au cœur même de la saison froide.

Le réchauffement global pourrait également accentuer les extrêmes climatiques dans certaines régions, tandis que d’autres pourraient connaître des épisodes de froid plus marqués. L’évolution du climat ne signifie donc pas la disparition du froid, mais une modification des équilibres et une plus grande variabilité des phénomènes.

Des conséquences directes sur l’agriculture

Ces changements ne sont pas sans conséquences sur l’agriculture. La diminution des périodes de froid peut notamment perturber le cycle de développement de certaines plantes. L’expert cite le cas de cultures dont la maturation pourrait intervenir plus tôt que prévu.

Certaines plantes ont besoin d’une période suffisamment froide pour accomplir correctement leur cycle biologique. Lorsque les températures restent trop élevées, les étapes de floraison et de fructification peuvent être modifiées.

Cette évolution peut avoir un effet domino, comparable à ce que l’on appelle l’“effet papillon”, explique Hamdi Hachad : une modification relativement limitée d’un élément du système climatique peut entraîner des conséquences sur l’ensemble du cycle de développement des cultures.

Il cite notamment des variétés qui nécessitent des périodes de froid pour mûrir correctement et souligne que la diminution de ces périodes pourrait modifier progressivement les cycles agricoles connus jusqu’ici.

Le nouveau climat pourrait aussi favoriser de nouvelles cultures

L’expert refuse toutefois de présenter cette transformation uniquement sous un angle négatif. Le changement climatique pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles cultures en Tunisie, notamment à des espèces qui étaient jusque-là associées aux régions tropicales.

Hamdi Hachad évoque ainsi avec surprise la présence sur le marché tunisien d’ananas produits localement, même si leurs prix restent élevés. Il cite également des expériences de culture de mangues, ainsi que le développement de certaines cultures de jojoba et de papayes.

Ces produits, autrefois principalement considérés comme des fruits importés ou associés aux jus et aux produits exotiques, commencent ainsi à faire leur apparition dans le paysage agricole tunisien.

Selon lui, certaines régions pourraient même, à l’avenir, se spécialiser dans des cultures aujourd’hui considérées comme inhabituelles en Tunisie. Il cite, à titre d’exemple, la possibilité que certaines zones deviennent connues pour la production de mangues.

Cette évolution pourrait en outre transformer progressivement la composition du marché tunisien des fruits et légumes.

Dans vingt ou trente ans, estime l’expert, les produits disponibles sur les marchés tunisiens pourraient ne plus être exactement les mêmes qu’aujourd’hui, aussi bien en termes de variétés que de nature et de qualité des récoltes.

Adapter les infrastructures avant de subir les conséquences

Face à ces changements, Hamdi Hachad insiste sur la nécessité d’adapter les infrastructures et les politiques publiques.

Il cite notamment le stockage de l’eau et la gestion des eaux pluviales, appelant à développer les infrastructures permettant de récupérer et d’orienter les eaux de pluie vers les zones qui pourraient en avoir besoin, notamment pour l’irrigation.

La Tunisie dispose déjà, selon lui, de certaines connaissances et techniques dans ce domaine, mais les modes de vie modernes auraient contribué à faire perdre certains réflexes traditionnels d’adaptation. Le changement climatique impose également de revoir les méthodes de construction.

L’expert estime que les bâtiments ne devraient pas être conçus sans tenir compte des conditions climatiques locales. L’isolation thermique et les matériaux utilisés doivent notamment être adaptés à l’évolution des températures.

À défaut, les habitations peuvent progressivement devenir de véritables “cages thermiques” ou “pièges thermiques”, particulièrement difficiles à supporter en cas de coupure d’électricité ou d’absence de climatisation.

Construire sans respecter les normes d’isolation thermique et sans intégrer les évolutions des variables climatiques revient ainsi, selon lui, à créer un problème auquel il faudra ensuite tenter de répondre par la climatisation.

“Nous n’avons plus beaucoup de temps”

Hamdi Hachad souligne que certaines études envisageaient déjà, pour 2030-2034, des situations qui commencent à se manifester plus tôt. Le fait d’être déjà confronté à certaines de ces évolutions en 2026 montre, selon lui, que le calendrier pourrait s’être accéléré.

“Nous n’avons plus beaucoup de temps”, résume-t-il, appelant à une véritable prise de conscience.

Pour l’expert, l’objectif ne doit cependant pas être d’attendre un choc climatique pour réagir. Ce choc doit plutôt provoquer une réaction consciente, scientifique et comportementale.

Les questions à poser sont donc, selon lui : comment s’adapter ? Que faut-il faire ? Quelles solutions peuvent être mises en œuvre ? Que peut faire chaque citoyen et que doit entreprendre l’État ? Quelles infrastructures faut-il développer ?

L’agriculteur, “un laboratoire naturel”

Cette adaptation concerne également directement le monde agricole. Hamdi Hachad s’interroge sur la pertinence de maintenir les mêmes modèles agricoles alors que les conditions climatiques évoluent.

Il estime que certaines cultures pourraient être mieux adaptées aux nouvelles conditions et insiste sur le rôle des agriculteurs, qu’il qualifie en quelque sorte de “laboratoires naturels”.

Leur expérience directe des transformations du climat et des cultures pourrait apporter des enseignements précieux aux chercheurs et aux décideurs.

Pour relever ce défi, il estime nécessaire de mobiliser toutes les compétences et tous les secteurs, afin de construire collectivement des réponses adaptées aux nouvelles réalités climatiques.

L’enjeu, conclut en substance l’expert, n’est donc pas uniquement de savoir si l’automne ou l’hiver prochains seront plus chauds, plus froids ou plus pluvieux. Il consiste surtout à comprendre que le climat tunisien évolue déjà et que les infrastructures, les pratiques agricoles, les modes de construction et les comportements devront évoluer avec lui.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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