La prévention des inondations repose sur un réseau complexe d’évacuation des eaux pluviales qui comprend des ouvrages hydrauliques, des retenues collinaires, des bassins, des installations hydrauliques…, dont l’aménagement et l’entretien relèvent des ministères de l’Agriculture, de l’Equipement ainsi que des collectivités locales.
Pour garantir l’efficacité de ces infrastructures, la synergie et la coordination entre les municipalités et les ministères de l’Agriculture et de l’Équipement est prépondérante, chacun jouant un rôle dans le bon fonctionnement de l’ensemble des installations de ce système. Le ministère de l’Équipement déploie dès le début de chaque année un programme préventif axé sur la préparation des saisons pluvieuses.
Intervenant à la radio sur la question de la gestion du système d’évacuation des eaux relevant du ministère, Chokri Khlifi, directeur du service des eaux urbaines au ministère de l’Équipement, a souligné que les opérations de curage et de drainage sont exécutées de manière systématique afin de prévenir les engorgements lorsque d’abondantes précipitations surviennent.
Les chiffres témoignent d’un effort soutenu : après avoir nettoyé 3 800 kilomètres linéaires de cours d’eau en 2026, les services du ministère ont déjà traité plus de 2 600 km entre janvier et août, atteignant ainsi 70 % de l’objectif annuel. À cela s’ajoute le curage de 70 hectares de bassins et de retenues hydrauliques au cours de la même année.
Incivilités et lacunes d’aménagement : les obstacles sur le terrain
Malgré l’avancement jugé satisfaisant des préparatifs pour l’automne et l’hiver, l’efficacité des efforts du ministère et des autres institutions impliqués se heurte à des obstacles sur le terrain à une pression urbaine continue sur le réseau à laquelle s’ajoute le comportement incivique des citoyens responsable de l’accumulation de déchets sauvages dans les différentes installations d’évacuation des eaux pluviales.
Les équipes techniques du ministère de l’Equipement sont parfois contraintes d’intervenir plus de quatre fois sur les dispositifs relevant du ministère en raison du rejet anarchique de gravats et de déchets ménagers, a relevé le responsable. Par ailleurs, l’évacuation des eaux usées dans le réseau pluvial ne fait que compliquer davantage le bon fonctionnement des installations prévues pour l’évacuation des eaux pluviales.
Revenant sur les récentes accumulations d’eau observées notamment dans la zone de Bab Alioua suite aux fortes précipitations observées il y a deux jours, le directeur des eaux urbaines a relevé que suite à une inspection sur le terrain, il a pu constater de visu le bon fonctionnement des installations relevant du ministère de l’Equipement.
Selon lui, le problème réside principalement en amont : la bétonisation massive des zones urbaines et le manque de réseaux secondaires d’évacuation municipaux empêchent le ruissellement naturel des eaux vers les exutoires se trouvant, à la fin du système d’évacuation des eaux pluviales. Résultat : lors d’épisodes pluviométriques intenses, les eaux de pluie stagnent dans les artères, les quartiers et les cités des zones urbaines et provoquent des inondations.
Le changement climatique change la donne
Face à ce constat, le ministère de l’Équipement ne se limite pas à la gestion des grandes infrastructures. Ce dernier a proposé de mettre son expertise technique à la disposition des municipalités afin de les aider à concevoir et aménager des réseaux secondaires d’évacuation des eaux pluviales dans les cités et les communes. En parallèle, une coordination étroite avec les commissions régionales de lutte contre les catastrophes a permis d’identifier les « points noirs » et de mobiliser, à chaque fois, les équipements de pompage en cas d’inondations.
Cette réorganisation opérationnelle s’impose d’autant plus que la typologie des risques a évolué. Autrefois concentrées sur des zones spécifiques telles que le Grand Tunis, le Sahel, le Nord-Ouest ou Nabeul, les inondations peuvent désormais frapper l’ensemble du territoire national sous l’effet du dérèglement climatique et de la fréquence accrue des précipitations abondantes.



