Prêt sur l’honneur à taux zéro : La volonté présidentielle au service d’une nouvelle politique sociale
Dès le 1er octobre 2026, la Tunisie s’apprête à tourner une page importante de sa politique sociale et économique. Le secteur bancaire met la dernière main au lancement d’un tout nouveau prêt sur l’honneur, entièrement sans intérêt. Porté directement par le Président Kaïs Saïed, ce projet traduit une volonté claire, celle de casser les codes du crédit traditionnel pour bâtir un système plus juste.
La Presse — En faisant du prêt sur l’honneur un levier d’émancipation, l’État entend inciter les banques à faire preuve de solidarité envers ceux que le système laisse habituellement de côté, à l’image des jeunes entrepreneurs, des artisans ou des créateurs de sociétés communautaires.
Une réforme d’État portée par un cadre juridique rigoureux
Ce tournant concrétise une vision défendue depuis longtemps par le Chef de l’État. Dès le 18 août 2023, lors d’une audience au Palais de Carthage, Kaïs Saïed rappelait fermement que les banques devaient participer à l’effort national et soutenir la politique sociale de l’État. Dénonçant une logique purement comptable et la lourdeur des frais imposés aux citoyens, il posait déjà les bases d’un crédit pensé comme un outil de lutte contre l’exclusion.
Cette orientation s’est traduite par un arsenal juridique précis. Lancé par la loi n°41 d’août 2024, le cadre a été consolidé par le décret du 23 juillet 2026, puis précisé par la circulaire de la Banque centrale de Tunisie du 1er septembre 2026. La grande nouveauté réside dans l’obligation légale faite aux banques de consacrer au moins 8 % de leurs bénéfices de l’année précédente à cette ligne solidaire, soit environ 120 millions de dinars sur la base des résultats 2025.
Fini donc les taux d’intérêt, les frais de dossier ou les commissions, car les garanties matérielles s’effacent désormais devant un simple engagement sur l’honneur. Les montants vont de 5.000 dinars pour les particuliers à 10.000 dinars pour les PME, et jusqu’à 25.000 dinars pour les sociétés communautaires, avec un remboursement étalé sur deux ans et une période de grâce pouvant atteindre six mois. Pour éviter le favoritisme et simplifier les démarches, l’ensemble des demandes passera dès le 1er octobre par une plateforme numérique dédiée.
Loin d’être une mesure isolée, ce dispositif s’inscrit au cœur du nouveau Plan de développement 2026-2030. En plaçant la justice sociale et l’autonomie des plus vulnérables au centre des priorités pour les cinq ans à venir, l’État fait du prêt sur l’honneur un premier test grandeur nature pour stimuler l’économie locale sans alourdir la dette publique.
Entre espoir d’inclusion et limites bancaires
Dans une dépêche publiée le 13 septembre à Tunis, l’agence TAP apporte un éclairage lucide sur les attentes et les contraintes du terrain. L’agence rappelle le constat sévère de la Banque mondiale, selon lequel à peine 37 % des Tunisiens possèdent un compte bancaire, un chiffre qui tombe à 29 % chez les femmes et 32 % chez les ménages modestes. Les chiffres de la BCT confirment ce blocage, avec une croissance des ouvertures de comptes d’à peine 1,6 % par an entre 2020 et 2024, signe que les banques restent frileuses et privilégient les revenus stables.
Sur le terrain, les avis d’experts recueillis par la TAP illustrent bien ce double visage. D’un côté, l’expert bancaire Mohamed Nkhili voit dans ce taux zéro un vrai moteur d’inclusion, car l’obligation d’ouvrir un compte pour faire une demande devrait naturellement inciter des milliers de personnes à quitter l’économie informelle du cash.
De l’autre, l’expert-comptable Sofiène Ourimi se montre plus pragmatique. Il rappelle que les banques garderont leurs critères habituels d’évaluation de la solvabilité. Selon lui, l’enveloppe de 120 millions de dinars ne permettra de toucher qu’environ 12.000 bénéficiaires, ce qui reste une goutte d’eau face à la demande réelle.
Au demeurant, l’arrivée des prêts sur l’honneur concrétise l’ambition présidentielle d’un État protecteur qui remet la finance au service du citoyen. Si la suppression des intérêts et des garanties est une avancée indéniable, la réussite du projet dépendra avant tout d’une chose, soit la capacité des autorités à assouplir le regard des banques pour que ce coup de pouce bénéficie vraiment aux travailleurs précaires et à ceux qui en ont le plus besoin.



