Un bref communiqué nous apprend de temps à autre qu’une «caravane» s’est dirigée vers une zone reculée du territoire. L’information passe sans qu’on lui accorde l’attention qu’on lui doit. Pourtant, que de vies ont été sauvées, que de personnes ont retrouvé la vue pour découvrir un monde dont elles n’entendaient que les sons, que de femmes ont été secourues alors qu’elles étaient en pleine détresse, que d’enfants ou de jeunes ont eu la joie de tenir en main un livre qu’ils voulaient bien acheter, sans avoir le moyen de le faire !
La Presse — Ces caravanes, nous en avions connu dans le passé : pour soigner le trachome, éradiqué du pays, pour rapprocher le livre de ceux qui n’en ont jamais tenu un en main, pour vacciner contre la rage, ou pour enrayer une épidémie déclenchée au moment où on s’y attendait le moins.
Elles ont été efficaces et à voir les résultats et bilans après chaque passage, il y a de quoi se demander pourquoi ne seraient-elles pas organisées autrement. Pour en faire des rendez-vous qui pourraient rendre service à tout le monde. Aux hôpitaux qui éprouvent des difficultés pour trouver des spécialistes capables de désengorger leurs services.
Au niveau de ce secteur, il faudrait se mettre à la place de ceux qui sont dans l’obligation de se déplacer, de se loger pour être à la date fixée proche du lieu d’une visite, de se nourrir et de reprendre péniblement le chemin du retour avec un rendez-vous fixé des mois après.
Il y a des mères de famille qui renoncent à aller se faire soigner face à ces difficultés et pour ne pas abandonner leurs enfants. Ces caravanes traitent des centaines de personnes à chacun de leur passage. Tout en rendant hommage à ces médecins hommes et femmes, ce personnel paramédical qui ne triche pas avec l’effort, il y a de quoi militer pour que cette façon d’agir soit confortée dans tous les secteurs.
Rapprocher les services médicaux et autres du citoyen est une initiative qui supprime bien des inconvénients que posent l’éloignement et l’indifférence de ceux qui se convertissent en faiseurs de roi, en accordant un rendez-vous. Cela a aussi l’avantage de mettre un terme au favoritisme et au copinage, en mettant tout le monde sur un pied d’égalité.
Dans certaines régions, le problème n’est pas l’absence de droit à la santé, mais la difficulté à exercer concrètement ce droit. Lorsqu’une femme doit dépendre d’un transport ou perdre une journée entière pour une consultation, le droit devient théorique. La proximité permet de lever une partie de ces obstacles.
«Pour les femmes éloignées des structures de soins, la proximité peut faire toute la différence. Les caravanes de santé apparaissent ainsi comme un moyen concret de réduire les inégalités territoriales et de rapprocher les services de celles qui en ont le plus besoin», a laissé entendre Nesrine Dali, spécialiste en plaidoyer au sein de la société civile,
Tout ces arguments, et il y en a plein d’autres, plaident en faveur de la mise en place de toute une structure qui ferait de ces caravanes une activité régulière directement en relation avec les services spécialisés, pour assurer la coordination et le suivi à l’effet d’intervenir en urgence le cas échéant.
L’avantage que présente notre géographie territoriale, avec des routes d’assez bonne qualité, pourrait renforcer les moyens d’investigation et de soins. Il appartient aux autorités régionales de s’équiper en conséquence, en choisissant les lieux où devraient stationner ces caravanes. Des lieux faciles d’accès, qui n’imposeraient pas de longs, rebutants et fastidieux déplacements, surtout pour les personnes âgées ou les mères de famille.
Une équipe composée de 14 médecins et 28 cadres paramédicaux ont dirigé, dernièrement une caravane sanitaire et sociale pluridisciplinaire à l’école primaire Hafsia à Borj El Amri, organisée par l’Association caritative Amine pour les malades du cancer et les orphelins, en coordination avec la direction régionale de la santé de La Manouba et le conseil local de Borj El Amri.
Cette caravane comportait plusieurs spécialités médicales dont l’ophtalmologie, l’orthopédie, la médecine générale, la pédiatrie, la gynécologie et obstétrique, la carcinologie, la gérontologie et la nutrition.
Des médicaments ont été fournis gratuitement aux bénéficiaires dans certaines spécialités médicales.
Cette caravane sanitaire et sociale s’inscrit dans le cadre des activités sociales et humanitaires visant à soutenir les catégories à revenu limité et à rapprocher les services de santé dans plusieurs régions du pays, notamment celles qui rencontrent des difficultés d’accès aux soins, afin de permettre à tous les habitants, quel que soit leur âge, de bénéficier de consultations médicales dans les meilleures conditions.
Les Scouts de Borj El Amri et le personnel de l’école primaire ont contribué à sécuriser et à organiser la caravane, depuis l’accueil des citoyens jusqu’à la préparation des salles pour les consultations médicales et les examens.
Le rôle des bibliothèques mobiles qui parcourent le territoire est immense. On reproche à nos enfants et jeunes de ne pas assez lire pour s’informer et se cultiver. Le reproche serait juste s’il y avait des bibliothèques partout. Il faut aller au-devant de cette frange des jeunes qui se contentent de puiser leur savoir dans les portables et tablettes, qui les absorbent sans leur procurer ce dont ils ont besoin.
Ces caravanes n’ont donc rien de folklorique organisées pour animer ou pour mettre en exergue l’activité d’un département, mais c’est bien une activité à prendre au sérieux, à encourager et à conforter.



